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Élection locale clé pour Trump : l’Alabama où l’exemple le plus frappant de la pauvreté absolue qui gangrène les États-Unis
©Reuters

American nightmare

Élection locale clé pour Trump : l’Alabama où l’exemple le plus frappant de la pauvreté absolue qui gangrène les États-Unis

L'Alabama tient aujourd'hui ses élections sénatoriales. Roy Moore, candidat sulfureux semble bien parti pour ravir le siège de Jeff Session. Dans un des Etats les plus pauvre du pays, Trump fait encore recette après plus d'un an de présidence.

Atlantico :  L'élection sénatoriale de l'Alabama aura lieu ce 12 décembre, dans un contexte tendu quant à la personnalité du sénateur en poste, Roy Moore, soutenu par Donald Trump. Au-delà des polémiques, l'Alabama a été directement visé par les déclarations de Philip Alston, rapporteur spécial auprès de l'ONU sur la question de la pauvreté extrême, celui-ci ayant déclaré, à propos de la pauvreté qui touche cette région "Je pense que cela est très rare dans le monde développé, cela n'est pas un spectacle que l'on voit habituellement, je dois dire que je n'avais vu cela auparavant". Quelle est la particularité de la pauvreté américaine dans cette région ? Dans quelle mesure est-elle, ou non, comparable à la situation européenne ? 

Laurent Chalard : Selon les données du Census Bureau, l’équivalent américain de l’Insee, pour l’année 2014, l’Alabama se caractérise par le quatrième plus fort taux de pauvreté des Etats des Etats-Unis, soit 19,2 % de la population totale, derrière la Louisiane, le Nouveau-Mexique et le Mississippi, qui détient le record national, soit un taux de 21,9 %. Trois de ces quatre Etats correspondent au Sud Profond (Deep South), où la minorité noire est plus nombreuse qu’ailleurs, en particulier dans les zones rurales. Cette pauvreté a donc un caractère ethnique certain.

La pauvreté américaine dans l’Alabama, comme dans les autres Etats du Sud Profond, se présente partiellement comme une pauvreté absolue, c’est-à-dire des conditions de vie et d’hygiène ne correspondant pas aux standards des pays développés. Par exemple, il peut se constater l’absence de système d’égouts dans les maisons, les eaux usées s’écoulant dans la nature, ce qui cause des problèmes de santé, ou encore une alimentation en électricité au caractère intermittent, les habitations n’étant pas (ou mal) rattachées aux réseaux d’infrastructures nationaux. 

Cette pauvreté absolue n’est pas comparable à ce que l’on retrouve en Europe occidentale, où la pauvreté, à l’exception des sans domiciles fixe et des roms, est une pauvreté relative, les pauvres bénéficiant du minimum vital pour assurer leurs besoins primaires (se nourrir, s’habiller, se loger) et leurs conditions de logement répondant à des normes de confort correctes.

Quelles sont les causes de cette situation ? Comment les Etats Unis en sont venus à créer de telles enclaves de pauvreté, d'une telle intensité ? 

Cette situation est le produit de deux principales causes, spécifiques à l’histoire des Etats-Unis.

La première tient à la mise en place du peuplement du pays. En effet, territoire peu densément peuplé à l’arrivée des colons européens, ces derniers ne vont pas l’occuper mètre carré par mètre carré, domestiquant partout la nature, mais de manière beaucoup plus lâche, c’est-à-dire qu’ils vont s’installer et ne domestiquer totalement la nature que dans les zones les plus favorables à l’implantation humaine, correspondant à une occupation en archipel du territoire, que l’on retrouve en Russie, avec les mêmes problèmes à la clé. En effet, il s’ensuit l’absence d’un quadrillage total de l’espace en services publics, que ce soit pour les réseaux d’assainissement ou d’électricité, contrairement à ce qui se constate en Europe occidentale, où l’espace est entièrement humanisé et équipé.

La seconde cause concerne l’échec de l’émancipation des noirs, suite à la fin de l’esclavage dans les plantations de coton, qui ne s’est pas traduite par une progression sociale. Les noirs ont été cantonnés à la pratique de l’agriculture dans des zones rurales enclavées, à l’écart des principaux territoires de développement économique, étant laissés pour compte et maintenus dans un statut de citoyens de second zone, la ségrégation raciale étant de règle jusque dans les années 1960. En conséquence, il s’est constitué une « black belt », qui se caractérise par la pauvreté, les problèmes sociaux et la criminalité.

Au-delà des causes, et alors que ce phénomène a pu être décrit, notamment par la littérature américaine, comment expliquer la perpétuation de la situation et l'apparente inaction des pouvoirs publics à l'égard de ces populations ?

La perpétuation de cette situation de pauvreté absolue est la conséquence de la philosophie de la société américaine. Dans les sociétés européennes, le concept d’égalité, hérité de la Révolution Française, joue un rôle majeur dans l’organisation des sociétés. Il est à l’origine des politiques d’Etat Providence, visant à réduire au maximum les inégalités, en particulier en supprimant la pauvreté absolue. Pour la majorité de la population européenne, l’Etat se doit d’apporter une aide aux plus démunis. A contrario, aux Etats-Unis, le concept de liberté l’emporte totalement, ce qui sous-entend que chaque homme est responsable de son destin. S’il est pauvre, c’est de sa faute et il n’existe aucune raison de l’aider. L’inégalité ne constitue pas un problème en soi et ne conduit consécutivement pas le citoyen américain aisé à avoir une mauvaise conscience de sa persistance. L’inégalité est perçue comme « naturelle », voulue par Dieu, dans un contexte psychologique, où la vision religieuse protestante prédomine. Les pouvoirs publics, ne faisant que suivre les désidératas de leurs électeurs, n’apparaissent donc guère actifs dans la résorption de ces problèmes. 

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