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Covid-19 France efficacité du couvre-feu stratégie Zéro Covid hôpital pandémie virus gouvernement
Covid-19 France efficacité du couvre-feu stratégie Zéro Covid hôpital pandémie virus gouvernement
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Stratégie gouvernementale

Efficacité du couvre-feu : petites questions sur une mesure anti-Covid de moins en moins respectée par les Français

Le gouvernement a fait le choix de ne pas reconfiner la population face à la pandémie de Covid-19. Le choix du couvre-feu dans la durée est-il pertinent ? Cette mesure montre-t-elle ses limites ? La stratégie Zéro Covid est-elle la seule solution pour arrêter durablement l’épidémie ?

Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico.fr : La crise sanitaire en France semble avoir atteint un plateau et les contaminations sont de l’ordre de 20 000 cas par jour sans variation importante depuis plusieurs semaines. Conserver aussi longtemps des mesures aussi contraignantes qu’un couvre-feu à 18 heures a-t-il un sens deux mois après leur mise en place ? Le couvre-feu a-t-il atteint ses limites en terme d’efficacité ?

Charles Reviens : Je rappelle d’abord que je ne suis ni scientifique ni médecin mais avant tout observateur des différentes politiques publiques et de leurs résultats pendant cette séquence extraordinaire confrontant les écosystèmes publics et sanitaires nationaux à un événement mondial d’impact inédit.

A date la France apparait effectivement dans une situation de « plateau » par apport à d’autres pays et ce sur tous les principaux indicateurs observés. Le pays est depuis décembre autour de 6 morts par million d’habitant et par jour et n’a pas connu le véritable incendie covid auquel le Royaume-Uni et encore plus le Portugal (30 morts par jour par million d’habitant début février) ont été confrontés.

Concernant le programme de vaccination, la France est à date dans la cohorte des pays de l’Union européenne avec 5 % de la population ayant reçu une première dose de vaccin, contre 17% aux Etats-Unis, 24 % au Royaume-Uni, 78 % en Israël… ou quasiment 0 % au Japon.

La France vit depuis onze mois et le premier confinement une situation d’éternel provisoire dont le dernier avatar est le couvre-feu à 18 heures mis en place le 14 janvier dernier en lieu et place d’un nouveau confinement général.

Le couvre-feu devait durer au moins quinze jours soit jusqu’au 28 janvier mais le ministre de la santé Olivier Véran n’a pas évoqué hier son retrait et l’exécutif semble souhaiter la stabilité du dispositif actuel au moins jusqu’à la fin des vacances scolaires soit le 8 mars prochain et a insisté sur les risques que l'épidémie de Covid-19 dérape, compte tenu de la contagiosité plus élevé du variant britannique, qui prend peu à peu la place de la souche historique du coronavirus en France :  « nous sommes parvenus à ne pas reconfiner le pays au mois de janvier, mais les semaines devant nous sont des semaines clés. Il n'a pas lieu d'alléger aujourd'hui le couvre-feu » et « "L'heure n'est pas encore au relâchement de nos efforts, encore moins au relâchement de notre vigilance collective".

Au-delà de la question de l’efficacité du couvre-feu bien synthétisée dans un article de Renaud Février dans L'Obs, il ne faut pas oublier qu’à côté du couvre-feu il y a le sujet essentiel de la fermeture de certaines activités économiques (cafés/restaurants, centres commerciaux de plus de 20 000 m2 depuis le 1er février) et culturelles (musées/théâtres/cinémas) avec des impacts socioéconomiques majeurs. Donc il faut tracer des perspectives d’une sortie du couvre-feu permettant de retourner dans les meilleurs délais à un fonctionnement normal de la société avec prise en compte du risque sanitaire covid mais aussi de tous les autres risques (santé publique au sens large, enjeux économiques et sociétaux).

Des chercheurs de l'université de Stanford ont remis en cause l’efficacité d’accentuer toujours plus les mesures restrictives dans une étude. Ils expliquent “que les avantages significatifs d’une croissance de NPI (intervention non pharmaceutiques) plus restrictives sont quasiment inexistants. Les réductions similaires de la croissance des cas peuvent être réalisables avec des interventions moins restrictives.”. Par quels biais scientifiques, pouvons-nous juger l’efficacité des mesures mises en place ?

L’étude de Stanford analyse l’efficacité comparée des différentes « mesures non pharmaceutiques » (NPI-non pharmaceutical interventions NPIs) entre les mesures très restrictives (« mrNPIs ») de type confinement généralisé ou fermetures d’activités économiques et les mesures moins restrictives (« lrNPIs ») à l’instar de ce qu’ont retenu le Japon ou la Suède. L’étude porte sur dix pays : Royaume-Uni, France, Allemagne, Iran, Italie, Pays-Bas, Espagne, Corée du Sud, Suède et Etats-Unis.

La conclusion de l’étude est qu’il n’y pas de claire supériorité à la mise en œuvre des mesures les plus restrictives, très disruptives des activités socio-économiques dans aucun pays et qu’il est tout à fait possible de parvenir à des résultats probants dans la gestion du covid avec des mesures moins disruptives.

L’analyse de la performance globale covid d’un pays donnée nécessite effectivement une analyse multifactorielle et les performances effectivement très similaires de la France et de la Suède démontrent effectivement qu’on parvenir à ces performances avec des programmes ou des politiques publiques extrêmement différentes en termes de contraintes imposées à la société.

En disant que la situation est sous-contrôlée, le gouvernement ne risque-t-il pas que la population adapte son comportement et ne respecte plus le couvre-feu ? La perception de la menace par la population doit-elle être prise en compte lors de la mise en place et l’application des mesures ?

Rappelons d’abord que nous en sommes à la 9ème phase de mesures générales relatives à la gestion de la pandémie covid-19 :

  • premier confinement le 17 mars 2020 ;
  • premier déconfinement, le 11 mai 2020 ;
  • couvre-feu dans neuf agglomérations de 21 heures à 6 heures le 17 octobre 2020 ;
  • couvre-feu généralisé le 22 octobre 2020 ;
  • deuxième confinement le 30 octobre 2020 ;
  • deuxième déconfinement, le 15 décembre 2020, confinement remplacé par un couvre-feu de 20 heures à 6 heures;
  • couvre-feu ramené à 18 heures pour 15 départements le 2 janvier 2021 ;
  • couvre-feu pour 25 départements le 12 janvier 2012 ;
  • couvre-feu généralisé à 18 heures sur tout le territoire, le 16 janvier 2021.

C’est un séquence sans fin claire à date et ce d’autant plus que le programme de vaccination est particulièrement lent en France comme dans tout le reste de l’Union européenne.

Ensuite l’efficacité des contraintes tient à leur respect et donc à leur crédibilité : comme globalement les gens sont intelligents et ont du bon sens, on peut considérer qu’un effort ou une contrainte sont d’autant plus acceptables et acceptés que cela sert à quelque chose et donc que l’efficacité des mesures suppose leur soutenabilité effective et le fait de dresser des perspectives claires et crédibles sur la sortie d’une configuration socioéconomique tout à fait exceptionnelle.

Une stratégie Zéro Covid est-elle la seule solution pour arrêter durablement l’épidémie ?

La stratégie Zéro Covid a fait l’objet de nombreuses analyses et contributions dans Atlantico et notamment celle d’ Antoine Flahaut. Elle consiste à ne pas accepter la circulation du virus et conduit donc à traquer tout foyer covid pour tenter d’empêcher toute diffusion sur le territoire. De fait cette stratégie a été très peu employée en Occident (à l’exception des pays du Pacifique Australie et Nouvelle-Zélande) mais massivement et avec apparemment des résultats particulièrement probants dans la plupart des pays développés d’Asie du Sud-Est. Des considérations culturelle et même anthropologiques sont sans doute à l’origine des difficultés à mette en œuvre de telles mesures dans nos pays, avec par exemple une utilisation massive de mesures de contrôle numérique qui font peur en Occident, sachant que les pays asiatiques répondent que le non contrôle du nombre limité de personnes contaminées et contaminantes conduit à restreindre les libertés économiques et sociales pour toute la population à l’instar des « mesures non pharmaceutiques très restrictives » mentionnées dans l’étude de Stanford.

Cette stratégie a donc de nombreux avocats en France avec notamment la palette de mesures suivante :

  • contrôle des frontière, devenue seulement très récemment une priorité politique, quasiment un an après d’autres pays notamment en Asie ;
  • identification rapide des cas contacts ;
  • isolement contrôlé des personnes contaminantes et contaminées.

Compte-tenu du niveau de circulation du virus en France, le cout d’entrée dans cette stratégie semble très élevé aux pouvoirs publics d’où la situation d’éternel provisoire que l’on constate à date. On peut noter l’apparition d’un débat sur les stratégies alternatives avec notamment le papier de certains membres du conseil scientifique français dans le Lancet. Le papier prône l’arrêt de la politique de stop and go (cf. les 9 mesures évoquée plus haut) et un contrat intergénérationnel où notamment les personnes les plus fragiles, notamment les personnes âgées, accepteraient des contraintes plus fortes pour faciliter la vie des plus jeunes.

A lire aussi : Un couvre-feu jusqu’à quand ? Petites questions sur l’efficacité d’une mesure anti-Covid de moins en moins respectée par les Français

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