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Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire continuent de s'accrocher dans la bataille qui les oppose à François Fillon et Jean-François Copé, donnés favoris, à la tête de l'UMP.
©Reuters

Figurants ?

En perdition dans les sondages : les petits candidats joueront-ils un rôle dans la bataille de l’UMP ?

Même s'ils peinent à récolter leur parrainages, les petits candidats comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand ou Bruno Le Maire continuent la course acharnée à la présidence de l'UMP. Un sondage Atlantico/Ifop montre toutefois qu'ils restent nettement distancés par les deux favoris, Jean-François Copé et François Fillon.

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po. Son dernier livre, Islamopsychose, est paru aux éditions Fayard. 

Pour en savoir plus, visitez son site Internet : thomas-guenole.fr

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A (re)lire, le sondage Atlantico/Ifop : Présidence de l’UMP : + 14 points en 15 jours, Fillon creuse l’écart avec Copé

Atlantico : En marge du duel annoncé entre François Fillon et Jean-François Copé, les autres prétendants à la direction de l'UMP veulent tirer leur épingle du jeu. Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire ou Xavier Bertrand ont-ils leur chance ?

Thomas Guénolé : Comme avant eux les adhérents du PS pour la primaire de 2006, ou les sympathisants socialistes pour celle de 2011, les adhérents de l’UMP vont probablement voter en fonction de trois facteurs. Le premier est l’état des sondages, qui agissent comme une prophétie auto-réalisatrice : c’est la fameuse idée « je voterais bien pour untel mais il n’a aucune chance de gagner. » Le deuxième est leur adhésion au message de tel ou tel candidat, ce qui explique en 2011 la percée spectaculaire d’Arnaud Montebourg. Le troisième est la mobilisation, dans l’appareil du parti, de rabatteurs de voix en faveur de tel ou tel candidat.

Le premier facteur, les sondages, pénalise aussi bien Nathalie Kosciusko-Morizet que Bruno Le Maire ou Xavier Bertrand. Cette prophétie auto-réalisatrice les enferme dans un statut de candidats de seconde division dont il est quasiment impossible de sortir. Tout au long de la campagne, leur traitement médiatique et la façon dont ils seront perçus par les adhérents de l’UMP ne seront probablement pas les mêmes que pour les deux favoris.

Le deuxième facteur, le message, est la véritable chance de percée pour chacun d’entre eux. Pour reprendre l’exemple d’Arnaud Montebourg, parvenir à exprimer un message porteur absent du discours des deux favoris – à l’époque François Hollande et Martine Aubry – génère un début de hausse dans les sondages, qui entraîne un traitement médiatique différent autour du thème du troisième homme, qui entraîne en retour une accélération de la hausse dans les sondages. Le mécanisme est comparable à celui, en bourse, d’une bulle spéculative. Toute la difficulté est alors, pour les candidats à la présidence de l’UMP enfermés en seconde division, de trouver un message à la fois porteur dans l’électorat de droite, encore inoccupé par les deux favoris, et qui ne les enferme pas dans une posture de témoignage sur un thème secondaire. En d’autres termes, ils sont condamnés à la créativité maîtrisée.

Le troisième facteur, les rabatteurs de voix, défavorise clairement Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, qui n’ont pas en la matière un réseau comparable à celui des deux favoris. En revanche, Xavier Bertrand, qui a été un temps secrétaire général de l’UMP, a pu se créer un embryon de réseau dans l’appareil. Il est donc moins pénalisé qu’eux sur ce terrain. Il faut toutefois noter que si ses sondages ne décollent pas, ce réseau se délitera, selon toute vraisemblance.

Quel rôle peuvent jouer ces "petits candidats" ?

Si on parle d’un rôle comme dans une pièce de théâtre, et si l’on simplifie à grands traits, nous avons la femme d’avenir, le technocrate et le manœuvrier.

Bien qu’elle descende d’une très longue tradition politique familiale, qui d’ailleurs vient de la gauche, Nathalie Kosciusko-Morizet renvoie une image de jeunesse et de modernité. Les thèmes sur lesquels elle est clairement identifiée portent sur l’avenir, qu’il s’agisse des enjeux du numérique ou de l’écologie. Réciproquement, on peine encore à cerner son positionnement d’ensemble et ses idées sur d’autres thèmes. Bien qu’elle récuse l’idée qu’on vote pour une femme seulement parce que c’est une femme, cela compte qu’elle soit actuellement, parmi les personnalités d’envergure nationale, la seule femme politique de droite à affirmer sa propre trajectoire autrement que par l’exposition people. Paradoxalement, cela peut la desservir, car les électeurs de droite, y compris les femmes, sont nettement moins enclins à voter pour une femme que les électeurs de gauche.

Bruno Le Maire, pour sa part, a pour désavantage de renvoyer une image de technocrate. Il exprime une parfaite maîtrise des dossiers, sans que s’en dégage un message porteur qui puisse susciter l’engouement des adhérents de l’UMP. C’est un vrai problème qui peut rendre sa candidature inaudible.

Quant à Xavier Bertrand, on ne dispose pas à ce stade d’éléments qui permettent de voir quel rôle il pourra jouer, hormis celui de pousser son atout d’embryon de réseau dans l’appareil.

Maintenant, si on parle du rôle comme acteur dans un rapport de force, la question est surtout de savoir qui parmi eux va aller au bout, et qui va se rallier à l’un des deux favoris. Cela étant, quand on voit les atouts et handicaps respectifs de ces trois prétendants, ce qui frappe, c’est leur complémentarité potentielle. Nul doute, même si c’est peu probable, qu’ils gagneraient à faire attelage commun : c’est à eux trois qu’ils font un challenger complet.

 

Les primaires du PS avaient été un véritable tremplin pour Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Est-ce que l’élection à la présidence de l’UMP pourrait également permettre à une jeune personnalité de droite d’émerger ?

Le vrai tremplin, ce furent les débats organisés par la télévision publique, et non pas les primaires en elles-mêmes. Si Arnaud Montebourg et Manuel Valls ont été révélés comme future relève au PS, c’est parce que les électeurs socialistes ont pu au fil de ces émissions les découvrir, entendre leurs messages respectifs, et constater qu’ils avaient la consistance et l’envergure pour porter ces messages.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, pour ce qui concerne l’émergence d’une relève à droite grâce à l’élection du président de l’UMP, c’est la présence ou l’absence de débats télévisés sur une chaîne de grande écoute qui sera déterminante.

Qui voyez-vous jouer un rôle important dans les prochaines années ?

Il est encore trop tôt pour se prononcer. Du reste, l’histoire de la vie politique abonde de personnalités auxquelles on pouvait imaginer un grand destin et qui finalement n’ont jamais vraiment percé ou ont échoué à deux ou trois marches de l’arrivée. Réciproquement, elle est pleine de personnalités dont on n’imaginait guère qu’elles sortiraient du lot, et qui pourtant se sont imposées.

Se désister très tôt en faveur d’un grand candidat comme l’ont fait Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez n’est-il pas finalement une meilleure stratégie pour peser dans le futur au sein du parti ?

C’est objectivement la tactique la plus prudente. Ce n’est la meilleure que si l’on n’est manifestement pas en mesure de faire un score de premier tour qui permette de se positionner en arbitre du second.

Seul M. Bertrand – qui dispose de réseaux dans l'appareil en tant qu'ancien secrétaire général – semble pour l'heure en mesure de réunir les quelque 8 000 parrainages nécessaires. Peut-il être le troisième homme de cette élection ?

Si l’on reprend les trois facteurs déterminants, comparé à Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, Xavier Bertrand a effectivement un avantage en termes de rabatteurs de voix. Mais comme eux, il est pénalisé par la prophétie auto-réalisatrice des sondages qui l’enferment en seconde division, et comme eux, il ne peut créer la surprise qu’avec un message à la fois porteur chez l’électorat UMP et sur un thème inoccupé par les deux favoris, ce qui est une vraie gageure. Par ailleurs, s’il y a débat entre candidats, et si ce débat est largement médiatisé, l’impact des rabatteurs de voix dans l’appareil du parti sera quantité négligeable.

En tant que secrétaire général de l'Association des amis de Nicolas Sarkozy et possible candidat, Christian Estrosi peut-il jouer un rôle d’arbitre ? Travaille-t-il pour le retour de l’ancien président de la République ?

L’Association des amis de Nicolas Sarkozy, à ce stade, n’est ni un courant, ni un réseau. C’est plus simplement un club de ceux qui furent les lieutenants de Nicolas Sarkozy durant sa présidence et qui, en constituant cette association, signifient à l’ensemble de la droite qu’eux-mêmes, pour reprendre la métaphore sportive déjà utilisée, ne jouent pas dans la même division que les autres personnalités du parti.

Si Christian Estrosi a un poids, ce n’est donc pas au titre de ce club, mais en tant que chef de file de l’UMP niçoise, un fort bastion de la droite, bien qu’il soit contesté dans ce rôle par son ancien bras droit Eric Ciotti. Depuis plusieurs années, le maire de Nice s’efforce manifestement de densifier sa parole publique, de sortir de l’image sécuritaire qui lui colle à la peau, et de développer sa propre trajectoire au sein de l’UMP. Il lui sera difficile de poursuivre ce travail sans être candidat : s'il l'est, ses positionnements encore peu relayés, sur le social par exemple, peuvent créer la surprise dans le débat, sauf s'il opte au bout du compte pour une partition sécuritaire.

Par ailleurs, il semble qu’il soit en train de prendre fait et cause pour le retour de Nicolas Sarkozy en vue de 2017. Cependant aucun des candidats ne pourra se positionner comme préparateur de ce retour, puisque le principal intéressé a déjà fait en sorte qu'on sache qu'il ne prendra pas parti dans la compétition.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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