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"Je suis coupable de ne m’être pas pliée à leurs exhortations : rester candidate alors que je ne pèse pas dans les sondages…puisque je n’existe pas dans les médias. La boucle est bouclée."
"Je suis coupable de ne m’être pas pliée à leurs exhortations : rester candidate alors que je ne pèse pas dans les sondages…puisque je n’existe pas dans les médias. La boucle est bouclée."
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Coup de gueule

Corinne Lepage : Ne laissons pas les éditorialistes "avoir la peau" des "petits candidats"

Pour la candidate de Cap 21, les "éditorialistes politiques parisiens, masculins et conservateurs sont incapables de penser en dehors de leurs schémas habituels".

Corinne Lepage

Corinne Lepage

Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).

Ancienne ministre de l'Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21 depuis 1996, cofondatrice et ancienne vice-présidente du Mouvement démocrate jusqu'en mars 2010, elle est députée au Parlement européen de 2009 à 2014. En 2012, elle fonde l’association Essaim et l’année suivante, la coopérative politique du Rassemblement citoyen. En 2014, elle devient présidente du parti LRC - Cap21.

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Il reste à écrire une histoire interdite de ce début de campagne : le rôle des propriétaires et rédacteurs en chef des grands médias et des éditorialistes politiques parisiens, masculins et conservateurs, en ce qu’ils sont incapables de penser en dehors de leurs schémas habituels et les imposent à 65 millions de Français.

Sûrs d’eux, multipliant les tares qu’ils reprochent aux autres (conflits d’intérêt, orientations politiques très fortes, jamais rappelées pour faire croire à l’indépendance et à la neutralité, sur-rémunération, erreurs jamais reconnues…) ils ne peuvent avoir tort et par voie de conséquence ne peuvent que chercher à mettre en œuvre leurs prophéties auto réalisatrices. Où est la déontologie ? Où est l’indépendance de la presse dont l’objectif n’est pas d’assurer la liberté des journalistes pour eux mêmes mais pour garantir une information objective et complète et le pluralisme politique ? Elles sont complètement absentes dans cette campagne, qu’il s’agisse de la presse écrite ou de la presse radiotélévisée.

« Ils » ont tout d’abord choisi le storytelling général, un duel droite-gauche et les épisodes plus ou moins bidons, faisant monter des outsiders potentiels pour pimenter et « vendre » leurs papiers ou leurs émissions.

Ils ont ensuite défini celles et ceux qui pouvaient concourir avec un soin de tueur mais se sont mis à détruire les « petits candidats » coupables d’exister et de risquer de faire bouger même à la marge l’histoire qu’ils ont pré-écrite. Comment ? C’est très simple : en niant l’existence même de ces candidats, puis en les méprisant, utilisant le maigre temps de parole obligatoire octroyé pour concentrer les questions posées sur les parrainages.

Ils ont « eu la peau » de plusieurs candidats et je suis coupable de ne m’être pas pliée à leurs exhortations : rester candidate alors que je ne pèse pas dans les sondages…puisque je n’existe pas dans les médias. La boucle est bouclée. Je pourrai citer les refus permanents de l’AFP –où personne ne me suit- de passer mes dépêches, les émissions annulées et reportées sans date (spécialité de Canal +) le refus pur et simple (spécialité France 2 et 3), les tournages réalisés et jamais passés (Canal +), le service plus que minimum (France Inter, RTL et Europe 1), sans compter l’absence totale dans la presse écrite avec des interviews jamais passées (L’express et Marianne), réduite à la version « .fr »  malgré un engagement ferme (Le Monde) ou l’inexistence totale (Le Parisien et Libération). En réalité, en ce qui me concerne ont fait leur travail TF1, BFM, I-télé, LCI et la presse régionale y compris les antennes régionales de France 3.

Dans le même temps, ces Messieurs ont défini, et c’est encore plus grave les thèmes de la campagne les ramenant à ce qu’ils connaissent (l’économie, la dette) ou ceux qu’ils « supportent » « (les grands annonceurs des journaux)  et écartant les sujets de fond comme l’écologie, la nouvelle économie, la santé publique, l’avenir européen, la défense ou les grands choix géostratégiques. Le traitement médiatique particulièrement détestable (voire haineux qui m’a été réservé par Jean-Pierre Elkabach, parce que je cumule la triple tare d’être femme, écologiste et ne pas appeler à voter Sarkozy) témoigne de ce refus de voir arriver dans le débat une candidate en capacité de recentrer sur d’autres sujets que leurs sujets de prédilection et coupable de ne pas dépendre d’un appareil politique en place mais au contraire de se réclamer de la société civile.

En privant les Français d’une campagne de qualité, ce que plus de 2 français sur 3 déplorent, ces Messieurs – car les femmes sont très rares- les ont privés de pouvoir débattre de leur avenir. Et l’enterrement de l’écologie dans cette campagne, à laquelle ils ont largement contribué, traduit ce choix. Car mettre l’économie verte au cœur du débat industriel, c’est s’attaquer au lobby nucléaire, pétrolier et agrochimique pour un nouveau modèle industriel fondé sur les PME et l’ESS, c’est favoriser un modèle du produire local et décentralisé au détriment du pouvoir centralisé, c’est défendre la santé publique et une rationalité de long terme contre le court termisme ambiant.

Mais ces Messieurs n’y avaient évidemment pas intérêt. Faire taire l’écologie responsable et constructive et dans le même temps mettre en vedette la caricature que représente Eva Joly, c’est tout bénéfice …. pour eux, pour certains intérêts mais certainement pas pour les Français et leur avenir.

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