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Malgré la défaite : la droite saura-t-elle exploiter ce capital politique inattendu qu'elle est en train de retrouver sur le papier ?
©AFP

Post débat

Malgré la défaite : la droite saura-t-elle exploiter ce capital politique inattendu qu'elle est en train de retrouver sur le papier ?

La contre-performance de Marine le Pen au débat d'entre-deux tours face à Emmanuel Macron mercredi soir pourrait créer un appel d'air pour que la droite puisse reprendre des forces. Les Républicains pourraient élargir leur base pour retrouver les électeurs perdus lors de la présidentielle.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections. Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques. Il est notamment l'auteur de Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? (éditions de La Documentation Française, 2014) et Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) avec Anne Muxel (Classiques Garnier, 2019).

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Atlantico : Suite au grand débat d'entre deux tours ayant opposé Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les Français semblent afficher leur défiance à l'égard des deux candidats, 69% ayant jugé non convaincante, contre 55% pour Emmanuel Macron. En quoi un tel débat, ayant avant tout dévoilé la faiblesse de Marine Le Pen, pourrait il constituer une opportunité pour les Républicains, reposant sur une probable incapacité de la candidate du Front national d'incarner une opposition crédible à Emmanuel Macron?

Bruno CautrèsIl faut tout d’abord remarquer que le sondage Harris interactive montre une très importante différence entre la perception de la performance d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen lors de leur débat du 3 mai. Si une majorité de ceux qui ont au moins entendu parler du débat  ne semble convaincue ni par Marine Le Pen, ni par Emmanuel Macron, dans le cas de la présidente du Front national ce sont 55% qui déclarent de pas avoir été du tout convaincus tandis que ce n’est le cas que de 36% dans le cas du leader de « En Marche ! ». Les deux candidats ne sont donc pas renvoyés dos à dos par l’électorat et c’est principalement Marine Le Pen qui est jugée peu convaincante. La situation crée par la tonalité du débat, l’image d’agressivité et de dossiers économiques mal maitrisés que Marine Le Pen a donné donne sans doute une bouffée d’oxygène pour la droite et les Républicains, très marqués par la non-qualification au second tour de François Fillon.

Marine Le Pen a voulu incarner l’opposition la plus frontale à Emmanuel Macron pour prolonger ses arguments anti-système et s’installer dans la position de « leader de l’opposition ». Sa posture d’agressivité verbale face à Emmanuel Macron a sans doute compromis sa capacité à incarner ce rôle. Mais la droite verra son sort fixé au moment des élections législatives et rien n’indique pour le moment qu’elle dispose dans l’électorat des ressorts de son rebond dans l’immédiat. La bataille pour le leadership de l’opposition, en cas de victoire d’Emmanuel Macron, commencera très vite

De la même façon, et même en prenant en compte qu'Emmanuel Macron a remporté le débat aux yeux des téléspectateurs, en quoi le faible niveau de conviction, et d'adhésion, au mouvement En Marche, pourrait également profiter au parti des Républicains ? 

Là encore, la situation est plus complexe dans l’opinion. Dans les enquêtes d’opinion réalisées avant le débat du second tour, la dimension d’adhésion était moins forte pour Emmanuel Macron que pour Marine Le Pen, un phénomène qui s’explique par le fait que l’électorat du FN existe depuis plus longtemps, qu’il est très soudé autour de sa candidate. Le débat a changé un peu les choses car l’image d’Emmanuel Macron en est sortie renforcée. Pour les Républicains, transformer la situation inédite dans laquelle nous sommes en situation plus positive qu’après l’élimination de François Fillon est à la fois un vrai enjeu et une vraie difficulté.

LR ne pourra pas simplement expliquer aux électeurs que c’est une défaite personnelle de François Fillon même si sa part de responsabilité semble écrasante dans son élimination. Mais la « success story » d’Emmanuel Macron, s’il était élu dimanche, ne peut être réduite à un phénomène d’opinion fragile. Il faudra sans doute que LR revienne sur son agenda de réformes et explique aux français si le programme « radical » de François Fillon est toujours ou pas le programme du parti.

Malgré un contexte politique qui pourrait s'avérer favorable, quelles sont les limites internes au parti, entre une ligne politique non définie, et une absence de "chef incontesté", qui pourraient être autant d’embûches à un tel scénario ? 

Je ne suis pas sûr que l’on puisse qualifier le contexte actuel favorable pour LR bien que la situation soit sans doute encore plus compliquée et difficile au sein du PS. Mais LR est également soumis à de fortes pressions internes. Comme vous le dîtes, il n’y a pas de chef naturel ou incontesté au sein de ce parti, pour le moment, mais aussi pas de ligne claire sur l’économie ou les questions de société aussi. Bien entendu, le parti dispose toujours de solides bases idéologiques qui constituent le cœur de doctrine d’un parti de droite, globalement libéral et pro-européen.

Mais les obstacles sont nombreux sur la route de la reconstruction après le traumatisme de la non-qualification de François Fillon : canaliser et organiser les ambitions de la génération des « quadras/quinquas » qui aspire sans soute à prendre toute sa place à la tête du parti, solder ou pas l’agenda politique du programme de « radical » de François Fillon, se positionner et comment par rapport à Emmanuel Macron, entre autres.

Quelles seraient les problématiques à traiter pour que les Républicains puissent se saisir de cette opportunité ? En partant de la sociologie du vote François Fillon, quelles seraient les lignes de force à privilégier pour permettre un renforcement du parti ?

L’essentiel pour LR va être de montrer un autre visage que celui qu’a voulu incarner François Fillon. Cela ne sera pas simple car le parti est assez divisé sur la ligne politique et toujours mis sous pression du Front national. L’erreur serait sans doute de donner le sentiment aux français de ne pas laisser sa chance à Emmanuel Macron et de vouloir tout de suite embrayer sur une posture d’opposition frontale, sans chercheur à comprendre ce qui s’est passé dans la société français et qui explique le phénomène Macron. 
 
 

 

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