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Après ses excuses devant le FMI, Dominque Strauss-Kahn pourrait s'excuser prochainement devant les Français...
Après ses excuses devant le FMI, Dominque Strauss-Kahn pourrait s'excuser prochainement devant les Français...
©Reuters

Com' politique

"DSK n'a pas à s'excuser"

Après ses excuses devant le FMI, Dominique Strauss-Kahn pourrait s'excuser prochainement devant les Français, avant peut-être - comme le souhaite Arnaud Montebourg - de s'excuser devant les socialistes. Une stratégie de com' ?

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Institut Français de Presse, à l'université Panthéon-Assas, Paris. Responsable de la Licence information communication de l'IFP et chercheur au CARISM, il est aussi président du site d'information The Conversation France.

Il est l'auteur de La communication politique (CNRS Editions, 2008) et Le journalisme(CNRS Editions, 2009), Médias et opinion publique (CNRS éditions, 2012).

Le journalisme, Arnaud Mercier

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Atlantico : Selon vous, Dominque Strauss-Kahn doit-il s'excuser ?

Arnaud Mercier : S'excuser reviendrait à reconnaitre sa faute au sens moral, voire même au sens pénal. Il ne faut pas oublier qu'il a encore d'autres "casseroles", le procès pénal qui continue au États-Unis et l'affaire Tristane Banon en France. Il n'a, selon moi, pas à faire d'excuses. Du moins pas au sens stricte du terme, mais plutôt un acte de contrition. Il est évident que Dominique Strauss-Kahn doit des explications aux citoyens francais et à ses électeurs passés ou potentiels. Même si la personnalité trouble de la plaignante, Nafissatou Diallo, a contribué à faire abandonner les charges contre lui, il y a quand même de sérieuses zones d'ombre qui demeurent sur ce qui s'est réellement passé dans la chambre d’hôtel.

Le déchaînement médiatique autour de cette affaire a amené tout un tas de gens à dire des choses publiquement qui se disaient jusqu'à lors à voix basse. Les aveux de députés et femmes politiques, comme Aurélie Filippetti, ou même des journalistes qui disaient prendre des "précautions" avant de rencontrer DSK, le poussent à s'exprimer publiquement. Certains l'ont décrit comme un prédateur, il a clairement des explications à fournir sur ce point précis.


La stratégie des "excuses" n'est-elle pas une coutume américaine, loin des habitudes politiques françaises ?

Même si c'est une autre société, et que le poids de la religion est différent là-bas, cela peut se comparer aux excuses de Bill Clinton après l'affaire Monica Lewinsky. Il ne s'était pas vraiment excusé mais avait reconnu tout de même une relation "inapropriate" (non appropriée). En France, nous n'avons pas l'habitude que les affaires de mœurs soient déballées à ce point-là. Souvent dans la société française, nous avons une indulgence beaucoup plus grande vis-à-vis des questions de sexualité des hommes politiques. Il est très rare qu'un homme politique puisse être déchu de son mandat pour des raisons de mœurs.Comme cela s'est passé sur le territoire américain, et que Dominique Strauss-Kahn a été soumis au traitement médiatique américain (notamment l'exercice controversé du "Perp Walk"), il est sans doute contraint d'aller plus loin que ce que l'on fait généralement en France.

Très souvent en France, l'hypersexualité est avouée à demi mot, seulement suggérée, et même utilisée comme un élément de vantardise. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Le fait que la primaire socialiste comporte plusieurs candidates féminines accroît la difficulté de DSK. Il n'est pas entouré par un univers machiste qui pourrait observer ce qui s'est passé d'un œil complaisant, qui préférerait que l'on mette cela sous le tapis. Beaucoup de monde est obligé de se désolidariser de lui.

 

La stratégie du silence ne serait-elle pas plus appropriée ?

Il ne peut jouer la carte du silence. Nous sommes dans une société hyper-médiatique ou même les silences s'entendent. Il y a trop eu de battage médiatique pour qu'il puisse jouer cette carte. Le silence a été une stratégie imposée par ces avocats américains dans le cadre du système judiciaire américain, qui s'est d'ailleurs révélée payante.

Par rapport à l'idéal d'une reconquête en termes d'image, Dominique Strauss-Kahn est obligé de parler, de communiquer. Même à mots trébuchés, pour éviter de heurter quelconques sensibilités, il se doit de dire quelque chose. Il y un temps de silence qui est bénéfique mais, à un moment, il faut en sortir. Dans son cas à lui, se murer dans le silence équivaudrait à mettre un terme à toutes ambitions de peser dans le débat public.


A qui doit-il s'adresser en priorité ? Cela peut-il lui permettre de faire un retour sur la scène politique française ?

Il doit faire acte de contrition vis-à-vis de sa femme et de sa famille en priorité. Ensuite, il devrait reproduire devant tous les Français ce qu'il a déjà fait au FMI. Les sondages le donnait favori pour l'élection présidentielle, il rassemblait au-delà de sa famille politique. Il doit donc, si ce n'est des excuses au moins des explications, à l'ensemble des Français.

C'est une étape pour espérer un jour retrouver son aura d'antan, quitte à retomber à nouveau dans le silence. Cela correspond à un grand classique de la politique française, la "traversée du désert". Il y aura sans doute un moment ou il faudra se faire un peu oublier. Le temps faisant son œuvre, il retrouvera alors peut-être une nouvelle "virginité".

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