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"Nous sommes tous des Grecs !"
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Dette grecque

"Nous sommes tous des Grecs !"

Standard & Poor's a abaissé de trois crans la note de la dette à long terme de la Grèce, de "B" à "CCC". Selon Guy Sorman, c’est la faute aux Français et aux Allemands qui ont donné le mauvais exemple en gestion des finances publiques.

Guy Sorman

Guy Sorman

Auteur d'une trentaine d'ouvrages traduits du Japon à l'Amérique latine, de la Corée à la Turquie et la Russie, élu en France et entrepreneur aux Etats-Unis, chroniqueur pour Le PointLe Monde et de nombreux journaux étrangers, Guy Sorman est un esprit libre dont les conceptions libérales prennent souvent à contrepied la droite comme la gauche en France. Son dernier livre J'aurais vioulu être français est paru chez Grasset, en octobre 2016.

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Atlantico : La Grèce a-t-elle menti et ment-elle encore sur sa situation réelle ? 

Guy Sorman : Tout le monde ment, tout le monde se voile la face. Personne ne raconte la vérité.

D’abord, le gouvernement grec, c’est entendu : il truque ses comptes publics depuis vingt ans. Tout le monde savait dans la communauté financière internationale, notamment les directeurs généraux du FMI.

Et le gouvernement grec continue de « mentir » puisqu’il n’a aucune intention de réduire les dépenses publiques au niveau nécessaire pour réduire les dettes. La preuve ? Il n’a pas engagé une politique de privatisations massives. Ce serait pourtant le moyen le plus efficace et socialement le plus juste pour rembourser la dette ou la ramener à un niveau tolérable. L’Etat grec dispose en effet d’usines, de ports, d’aéroports, d’équipements sportifs, d’industries maritimes. Si cette politique de privatisation avait été menée, la note de la Grèce remonterait aux environs de B  et pas CCC sur l’échelle de Standard & Poor’s. Or, le gouvernement, qui est socialiste, ne le fait pas car ce n’est pas sa pensée politique.

Troisième mensonge : ils sont certains qu’il est de l’intérêt de leurs voisins de la zone euro, c’est-à-dire des créditeurs, de trouver une solution. Et la Grèce cherche à gagner du temps.

Les banques françaises et allemandes ont prêté au gouvernement grec en sachant qu’il n’avait pas la possibilité de rembourser. Pourquoi ? Quand vous prêtez à un mauvais client, vous prêtez à un taux intéressant, plus élevé. Et donc vous gagnez plus d’argent. Et vous prêtez en vous disant : « Ce client a des garanties, il est de la zone euro. »

Quant aux gouvernements, français et allemand, surtout, mais aussi les autres, ils ont un problème, ils sont dans l’évitement. Si les banques se restructuraient, dénoncaient la presque totalité de la dette, les banques françaises et allemandes seraient en grande difficulté. Les gouvernements restent dans une impasse : il ne faut pas restructurer, il faut juste continuer à sauver la Grèce.

Et c’est là qu’intervient le rôle  - intéressant - du FMI. C’est à la fois personne et tout le monde. Si le Fonds monétaire international continue à prêter, celui-ci pourrait éviter le défaut de la Grèce. Pourquoi le FMI paierait ? Car il n’y a pas d’opinion publique derrière le FMI. Le Fonds dilue la dette. Si le FMI prête, cela évite au pays en question, en l’occurrence, la Grèce, de prendre des décisions difficiles politiquement, cela sauve les institutions financières françaises et allemandes et cela fait payer le contribuable américain car les Etats-Unis sont le principal bailleur de fonds du FMI.

Du coup, on déplace, via le FMI, la dette du contribuable français et allemand vers le contribuable américain mais aussi vers son homologue chinois, brésilien et mexicain. Parce que le FMI, c’est un fonds commun, avec les Américains comme leaders, suivis des Européens.

Le risque d’inflation est-il plus important que la dette de la Grèce ?

Le risque est limité car la Grèce est un petit pays. Il y a beaucoup d’argent sur le marché mondial et de nombreux capitaux puisque certains pays ont des excédents. Pour les gens qui ont des dettes, c'est une période bénie. Les capitaux, nombreux et pas placés, permettent aux Grecs de vendre encore des bons du Trésor, ce qui parait incroyable. Il faut placer de l’argent et certaines personnes prennent des risques en achetant ces bons.

Le problème n’est donc pas l’inflation. Il faut d’abord se débarrasser de la dette de la Grèce.

Et qu’en est-il de la croissance ?

C’est le risque principal, celui de la non-croissance. On est dans un rythme de croissance lente aux Etats-Unis et en Europe.

Plus vous incitez à la mauvaise gestion publique – ce qu’on fait à la Grèce, c’est cela -, plus vous différez le remboursement de dettes, et plus vous encouragez d’autres pays à être mal gérés. Et ceci provoque une croissance nulle. Si on n’a pas de croissance en France ou aux Etats-Unis, c’est lié, je crois, à l’endettement. L’argent ne sert pas à investir dans des infrastructures, mais à rembourser les dettes.

Pensez-vous qu’il y aura un défaut de la Grèce ?  Et pourquoi la Grèce a-t-elle menti sur ses comptes publics ?

Je ne crois pas qu’il y aura un défaut - rembourser la moitié ou moins de ce qu’on vous a prêté - de la Grèce. Quand Christine Lagarde sera élue à la tête du FMI, elle va soutenir massivement la Grèce. Il peut y avoir une restructuration, ce n’est pas la même chose qu’un défaut : au lieu de vous rembourser en quinze ans, je vous rembourse en vingt ans. Et le marché a déjà incorporé la restructuration de la dette grecque…

II ne va rien se passer : il n’y aura aucune faillite de l’euro et de la Grèce, je pense. C’est toute l’Europe qui s’enferme dans une croissance lente avec une montée du chômage.

Tout ceci contribue à un lent déclin de la zone euro : les Grecs ont imité les Français et les Allemands. C’est eux qui ont cessé de respecter les critères de bonne gestion budgétaire dès 2008 : ils sont passés de 3 % à 8 ou 9 % de déficit public.

Les donneurs de leçon ont donc donné de mauvais exemples. Et les Grecs ont pu se dire : « Si eux l’ont fait, on peut le faire. » Nous sommes tous des Grecs. Exceptés la Finlande et l’Estonie, tous les Européens ont commis de grosses erreurs de gestion de leurs finances publiques.

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