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Le dollar doit son salut à la crise de l'euro
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Dette américaine

Le dollar doit son salut à la crise de l'euro

Le conflit entre Républicains et Démocrates américains sur le plafond de la dette n'est que la partie émergée de l'iceberg qui menace la reprise fragile de l'économie américaine : le maintien à crédit d'un « système dollar » à bout de souffle.

Jacques Sapir

Jacques Sapir

Jacques Sapir est directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), où il dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS). Il est l'auteur de La Démondialisation (Seuil, 2011).

Il tient également son Carnet dédié à l'économie, l'Europe et la Russie.

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La dette américaine a atteint le 16 mai dernier son plafond de 14 294 milliards de dollars. Cela signifie que, sauf vote de la Chambre des Représentants et du Sénat pour augmenter ce plafond, les États-Unis ne peuvent désormais plus s’endetter.

Triple problème : technique, politique et économique

Techniquement, une partie du mal est déjà fait. Le Trésor peut retarder des paiements pour éviter d’avoir à émettre des emprunts. Cependant, il ne pourra pas le faire au-delà du 2 août. D’où l’importance de cette date et les âpres marchandages qui se déroulent aujourd’hui. Même si un compromis de dernière heure est trouvé entre Démocrates et Républicains, une bonne partie de la confiance des marchés financiers s’est évaporée. Le simple fait que des agences de notation commencent à évoquer une baisse de la note des États-Unis est un signal fort.

Politiquement, le problème ne se réduit pas au conflit entre les deux grands partis. Bien entendu, les Républicains posent des exigences exorbitantes à un accord, tandis que les Démocrates se battent bec et ongles pour imposer des hausses d’impôts. Un compromis, s’il doit avoir lieu, se fera entre des hausses d’impôts et de nouvelles coupes budgétaires, en particulier dans les budgets sociaux et médicaux (le « Medicare »).

Mais il faut bien être conscient qu’un tel accord ne fera que repousser le problème. Les États-Unis financent leur croissance à crédit depuis trop longtemps, et ils n’ont guère d’autre choix à cause de l’évolution des revenus. Le libre-échange a laminé une bonne partie de la classe ouvrière américaine, mais aussi les employés et la classe moyenne. Il a instauré un modèle de société polarisé entre une minorité de « super-riches » (les 1% les plus riches qui accumulent plus de 23% du revenu national) et une immense majorité de la population qui s’appauvrit régulièrement.

Bye bye Dollar ?

Ce qui est en cause, c'est bien le rôle international des États-Unis. Soit ces-derniers subissent une crise de la dette aux conséquences incalculables, et ils devront dire adieu au rôle du Dollar comme pivot dans les échanges internationaux, soit ils acceptent de réduire de manière drastique et spectaculaire leurs engagements militaires en Irak, Afghanistan et dans le reste du monde. Dans un cas comme dans l’autre, ils devront accepter une réduction de leur influence internationale.

Économiquement, le problème est sans issue. Si le Dollar n’est pas davantage sous pression à l’heure actuelle, c’est bien à cause de la crise de l’Euro. Mais que ce dernier disparaisse, et le Dollar, après un sursaut qui ne durera pas six mois, se retrouvera en première ligne face à la spéculation.

Finances catastrophiques

Par ailleurs, une disparition de l’Euro soumettrait l’économie américaine à une concurrence renforcée de la part des économies européennes (essentiellement la France et l’Italie) qui – retrouvant chacune leur monnaie – dévalueraient spectaculairement. Les États-Unis ne pourraient plus compter sur une dévaluation de fait de leur propre monnaie. Or, sans cette dévaluation, les problèmes de l’économie américaine auraient déjà explosé, car les finances locales sont dans un état tragique.

Les États-Unis se trouvent donc sans solution face à cette triple crise, et ils n’auront de cesse de trouver des expédients. Mais ces derniers seront de moins en moins efficaces. La crise est devant nous.

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