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Des astronomes capturent pour la 1ere fois en photo la naissance d’une planète et confrontent leurs théories à la réalité
©A. van der Hoeven / NASA/ESA/HUBBLE / AFP

Espace

Des astronomes capturent pour la 1ere fois en photo la naissance d’une planète et confrontent leurs théories à la réalité

En utilisant l'instrument SPHERE du Very Large Telescope, les chercheurs ont réussit à prendre une image nette d'une nouvelle planète qui répond au doux nom de PDS 70.

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.

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Atlantico : Qu'est-ce que ce magnifique cliché peut nous apprendre sur la formation des planètes ? En particulier sur la nôtre et sur la manière dont nous pourrions anticiper la formation d'une seconde Terre exploitable ?

​Olivier Sanguy : Notre Système solaire s'étant formé voici plus de 4 milliards d'années, les astronomes tentent de comprendre les mécanismes de naissance des planètes alors qu'ils n'ont plus lieu. Un peu comme des enquêteurs qui arriverait sur la scène d'un crime, mais des décennies après ! Fort heureusement, les étoiles qui nous entourent ressemblent à une forêt où vous pouvez regarder des arbres à différents stades de leur vie, ce qui permet de reconstituer leur croissance. Ainsi, en observant d'autres systèmes stellaires que le nôtre, on en scrute certains qui en sont au stade où les planètes se forment. La théorie du disque protoplanétaire, disque de poussières autour d'un soleil à partir duquel s'agrègent les futurs mondes a ainsi été confirmée, de même que d'autres mécanismes plus complexes. Dans le cas de de l'étoile PDS 70, le télescope européen VLT (Very Large Telescope) montre que la planète en devenir creuse un sillon au sein du disque, ce qui conforte les modèles théoriques. En ce qui concerne la formation d'une seconde Terre exploitable, le cas de PDS 70b, le b indique la planète, n'est malheureusement pas un exemple idéal. Le monde dont on a ainsi épié la naissance est une géante gazeuse plus massive que Jupiter (la plus grande planète de notre Système solaire) et située à une distance équivalente à celle d'Uranus ! Bref, il ne s'agit pas là d'une jumelle de la Terre en puissance. Il faudra peut-être encore pousser la performance d’un instrument comme SPHERE accouplé au VLT pour épier la formation de mondes plus petits semblables au nôtre. Et qui ne seraient de toute façon pas exploitables puisque toujours en gestation ! Enfin, je rappelle que nous ne disposons d'aucune technologie nous permettant d'envisager un voyage vers d'autres systèmes stellaires dans des temps raisonnables. Comptez au moins des dizaines de milliers d'années pour les plus proches...

L'utilisation d'un coronographe a été nécessaire pour assister à la naissance de cette "baby-planet". Comment expliquer l'importance de cet outil ? Pourquoi n'a t'il pas été sollicité plus tôt ?

En fait, l'astuce du coronographe a été déjà employée, mais la recette technique pour ainsi dire de ces instruments complexes exige une courbe d'apprentissage assez raide ! Bref, plus les astronomes et techniciens emploient ces instruments de pointe et plus ils améliorent la qualité des données obtenues. Pour l'étude des exoplanètes, le coronographe sert à bloquer la lumière de l'étoile car celle-ci est considérablement plus brillante que la planète. Au passage, la planète ne brille pas par elle-même : elle réfléchit la lumière de l'étoile. Un coronographe fonctionne un peu comme vous le feriez si une voiture à l'arrêt vous éclairait de ses phares. Avec vos mains, vous bloqueriez la lumière des phares pour tenter d'apercevoir le modèle du véhicule. Le coronographe bloquant la lumière de l'étoile, l'instrument SPHERE n'est alors plus "ébloui" et peut alors nous offrir cette image spectaculaire d'un monde en formation. Mais cela ne suffit pas. SPHERE permet aussi de filtrer la lumière qu'il reçoit en fonction de sa polarisation car lorsque la lumière de l'étoile est réfléchie par la planète elle acquièrent une polarisation spécifique. De plus, dans le cas de PDS 70, les astronomes ont acquis plusieurs images et, par traitement numérique, ont ensuite filtré le signal le plus "immobile" venu de l'étoile pour retenir celui de la planète qui se déplace par rapport au halo stellaire. Soyons clair, c'est une belle performance technique et scientifique.

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