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Défaillances des TPE/PME : l'alarme sonne… trop tard ?

Début avril, 68 % des entreprises en défaillance relevaient des secteurs fortement affectés dans leurs activités par les mesures liées à la gestion de la crise sanitaire. Le nombre d'entreprises concernées risque de croître;

Jean-Marc Yvon

Jean-Marc Yvon

Jean-Marc Yvon, diplômé de l’IERSE-INHESJ, auditeur de l’IHEDN, est consultant-formateur en intelligence économique et en gestion des risques et des crises. Dirigeant Normarisk, il intervient notamment au CNPP (Centre National de Prévention et de Protection) et à l’université de Paris-Dauphine.

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Les premiers chiffres sont tombés… et ils ne sont pas bons !

Dans un communiqué de presse daté du 9 avril, Infolegale, société lyonnaise spécialisée dans l’évaluation des risques de solvabilité des entreprises, présente ses premières analyses basées sur les procédures collectives enregistrées par les tribunaux de commerce entre le 1er et le 3 avril.

Des chiffres qui révèlent une évidence

Infolegale nous dresse un portrait sans surprise de la situation. Pour la période concernée, « 68% des entreprises en défaillance relèvent des secteurs fortement impactés par les mesures liées à la crise sanitaire » et notamment le commerce de détail (23%), le BTP (20%) ou les bars-restaurants (12%). Si les risques de décès par la Covid-19 sont plus élevés chez les personnes vulnérables, il en est de même pour les entreprises. Là encore et sans surprise, les PME-TPE sont les plus touchées, et en particulier celles en situation de fragilité, « à 42% des TPE n’ayant pas de salariés et à 30% des entreprises de moins de 5 salariés » précise la note d’Infolegale. Il est évident que les entreprises déjà fragilisées ne seront pas en mesure de surmonter une crise de plus. Pour ne prendre que le commerce de détail, le coronavirus donne aujourd’hui le coup de grâce aux entreprises mise à mal par plus d’un an de « gilets jaunes », suivi d’une grève massive des transports.

Au-delà des chiffres, et plus inquiétant encore, Frédéric Julien, président d’Infolegale prédit : « le processus va se poursuivre, Nous allons assister à une première vague de défaillances importante à la fin avril… » tout en notant une hausse probable des impayés, cause traditionnelle de 25% des défaillances. Face à cette « Chronique d’une mort annoncée », le problème est-il purement français et quelles seraient les solutions possibles pour atténuer cette épidémie qui frappe plus durement les « petits ».

Des PME-TPE structurellement fragiles…

Dès la fin de l’année 20191, les cabinets Euler Hermes et Bibby Financial prédisaient un risque important de récession tout en mettant l’accent sur la fragilité des PME française. Ana Boata, directrice de la recherche macroéconomique chez uler Hermes précisait « En France, les problèmes de trésorerie se transforment en problème de non-paiement. Si les PME françaises sont moins exposées que les PME allemandes au commerce mondial, les marges des entreprises françaises sont inférieures à la moyenne européenne » tout en constatant : « Les PME françaises se confrontent à des coûts salariaux plus élevés depuis l'année dernière, mais elles n'ont pas envie de répercuter ces hausses sur les prix face à la faiblesse de la demande. Elles doivent donc rogner sur leurs marges ». Nous sommes bien loin de l’embellie économique vantée par l’Insee en octobre 2018 dans une « note de conjoncture » reprise ad nauseam par le gouvernement.

Aujourd’hui, la situation est critique : Un confinement supérieur à deux mois entrainera des conséquences irréversibles. En termes de trésorerie, 53% des PME-TPE sont de justesse à l’équilibre et 20% dans le rouge, soit 73% des entreprises extrêmement fragilisées et qui ne peuvent se permettre la perte d’un mois de chiffre d’affaires. Pour être clair, nous sommes proche de la disparition pure et simple des trois quarts des PME françaises ! Cette situation n’est pas nouvelle , mais elles meurent en silence. En théorie, l’État s’est engagé à hauteur de 65 milliards d’euros d’aides dont 24 milliards d’allégements de charges à travers plus de 6.000 dispositifs différents ! En réalité, le projet de loi de finance 2020 prévoyait 700 M€ d’aide directe aux PME… une aumône face à la situation qui se profile à l’horizon. Comme pour la COVID-19, un traitement de choc s’impose.

et qui meurent en silence

Il faut rappeler que les PME-TPE constituent 99,9% des entreprises, 6,3 millions de salariés et 43% de la valeur ajoutée. La COFACE évoque une hausse de 25% des défaillances d’entreprises en 2020 en raison du coronavirus (elle avait prédit 2% de hausse en janvier !). Un traitement de choc est-il possible ?

A la lumière de engagements pris aujourd’hui par le gouvernement, on en doute. Certes, les auto-entrepreneurs et les professions libérales pourront bénéficier de 1.500 euros d’aide si leur CA mensuel est inférieur de 50% à celui de l’année précédente. Oui, l’Ursaff accepte de suspendre provisoirement les mensualités, oui des emprunts à taux zéro seront proposés. Encore faudra t’il pouvoir les rembourser ! Le chaos qui se prépare nécessitera un effort hors du commun pour la France et les Français. L’union Européenne sera-t-elle aux abonnés absents ? On peut le craindre compte-tenu de son silence assourdissant vis-à-vis de l’Italie (contrairement à la Russie ou à la Chine qui ont saisi cette opportunité stratégique).

Plusieurs pistes seraient à explorer rapidement :

L’initiative d’Infolegale qui consiste à faire évoluer le « score » des entreprises en utilisant des « algorithmes intégrant les données conjoncturelles et structurelles liées à la crise » sera utile pour éviter une contamination de l’ensemble du secteur économique en anticipant sur l’insolvabilité des entreprises « malades ».

Parallèlement, l’ensemble du secteur économique devrait recevoir immédiatement un soutien massif. Cette fois, l’État ne pourra pas se défausser de cette aide sur les régions qui porteront elle aussi leur part du fardeau. L’Allemagne a d’ores et déjà débloqué un fond d’urgence de 50 milliards d’Euros pour les PME et les travailleurs indépendants. 500 M€ ont été versés en 4 jours. Une enveloppe de 9.000 € a déjà été versée aux indépendants par le gouvernement fédéral et certains länder ajoutent des primes complémentaires pouvant s‘élever à 5.000 €. Cette rapidité de réaction est indispensable : c’est maintenant que les entreprises ont besoin d’argent afin de mette en œuvre leur plan de continuité et de réformer leur structure ou modèle économique. Face à la situation catastrophique qui se profile, seule une telle réaction forte et immédiate pourra minimiser les conséquences à moyen et long terme. Compte-tenu des lourdeurs administratives, on peut hélas en douter dans ce monde où le Cerfa est roi. Enfin, la mise en place par le gouvernement d’une plateforme de dons en ligne laisse rêveur...

À plus long terme, un accompagnement des dirigeants des très petites entreprises sera nécessaire, notamment pour leur permettre de mieux piloter leur trésorerie. Parallèlement, l’État serait bien inspiré de réfléchir à nos tristes records : 42% de prélèvement obligatoires sur les entreprises (26% en Allemagne), 29% à 32% d’impôts payés par les micro entreprises et PME (contre 26% par les grandes entreprises) ou agir face aux 178 taxes à faibles rendement (3 en Allemagne, 24 en Italie…)

Nos TPE-PME vont mourir en silence… l’État serait bien inspiré de tendre un peu l’oreille !

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