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De Washington à Berlin, Emmanuel Macron pourra-t-il être à la hauteur des espoirs qu’il suscite à l’étranger ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Héros attendu

De Washington à Berlin, Emmanuel Macron pourra-t-il être à la hauteur des espoirs qu’il suscite à l’étranger ?

Alors que le chef de l'Etat français rend visite à son homologue américain Donald Trump de lundi à mercredi, plusieurs médias tendent à brosser un portrait de l'échiquier politique mondial très manichéen.

Hadrien Desuin

Hadrien Desuin

Hadrien Desuin est responsable du pôle international de la fondation du Pont-Neuf et chercheur associé à GEOPRAGMA. Dernier ouvrage paru, La France atlantiste, Cerf, 2017.

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Atlantico : La couverture du Spiegel de samedi dernier, titrait : "Qui pour sauver l'Occident ? La liberté et la démocratie sont en jeu, Macron a besoin d'aide, mais l'Allemagne n'est pas au rendez-vous". De son côté, le Wall Street Journal affirmait ce lundi que "l'amitié de Macron [avec Donald Trump] est une sorte d'assurance contre le pire". La personnalité et les propositions d'Emmanuel Macron convainquent-elles ses partenaires américains et allemands ou s'agit-il d'un épiphénomène médiatique ?

Hadrien Desuin : Je serais tenté de vous répondre, un peu des deux ! Il est vrai que présenter Emmanuel Macron comme le sauveur de la planète, capable de canaliser les foucades de Donald Trump apparaît surréaliste. Et en même temps, ce n'est pas surprenant puisque le traitement de la grande presse internationale est très manichéen depuis un an. D'un côté, il y a le méchant Donald Trump, grossier, dangereux et imprévisible. De l'autre, il y a le gentil Emmanuel Macron, courtois, prudent et prédictible. Ce genre de tableau en noir et blanc, c'est du pain béni pour les médias avides de "disneylisation des relations internationales" pour reprendre la célèbre formule d’Hubert Védrine. Si les deux présidents apparaissent tout en contraste, ils jouent les meilleurs amis du monde. Rox et Rouky en quelque sorte.

D'un autre côté, on a l'impression, sans en avoir toutes les garanties, qu'Emmanuel Macron a été, à l'occasion de la récente crise syrienne, le modérateur de Donald Trump. Il a téléphoné à Poutine et Erdogan et s'est présenté comme l'aiguillon. Selon les "éléments de langage" élyséens, c'est lui qui aurait atténué les plans de frappes initialement prévus. De sorte que l'opération punitive des occidentaux contre Bachar Al-Assad s'est finalement réduite à peu de chose..  Il se pourrait surtout que le général Mattis, le secrétaire à la Défense, ait aussi contribué à atténuer la décision du Donald.

Il n'en reste pas moins que le Président Français est parmi les dirigeants européens qui s'entend le mieux avec l'hôte de la Maison-Blanche. Angela Merkel et Theresa May sont toutes les deux mal à l'aise avec ce grand gaillard un peu macho. Elles sont toutes les deux en difficulté au sein de leurs parlements respectifs. L'Italie est sans chef de gouvernement et l'Espagne doit s'occuper de la Catalogne. La place était libre et Emmanuel Macron a su la saisir. Son équipe disait avoir "acheté du Trump à la baisse" le 14 juillet dernier. Aujourd'hui, elle engrange les dividendes. Le Président peut remercier les concepteurs de la constitution de la Vème République, laquelle facilite ce type d'opportunité.

Plus concrètement, la politique étrangère "ambitieuse" d'Emmanuel Macron est-elle à la hauteur des espoirs qu'elle suscite à l'étranger ?

Je ne suis pas certain que le monde entier soit encore dans l'attente un peu surnaturelle d'Emmanuel Macron. Mais si tel était le cas, il serait déçu. Sur la plupart des grands dossiers, Emmanuel Macron n'a pas réussi à convaincre le président américain. Accords de Paris sur le climat, transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, durcissement des traités commerciaux de libre-échange, reprise des sanctions contre l'Iran, la liste est longue. Le monde regarde Emmanuel Macron comme le John Kennedy Français. Mais pour l'instant Emmanuel Macron est plutôt la caution libérale de Trump. Il permet au président américain de claironner à Washington qu'il n'est pas aussi isolé qu'on le dit.

Par ailleurs, la grande politique de souveraineté européenne, énoncée à la Sorbonne fin septembre 2017, est en train de se dégonfler. Emmanuel Macron semble découvrir que l'Europe ne marche pas à la baguette de Paris. L'Europe de l'Est s'est libérée de la tutelle soviétique, et elle n'a aucune envie de tomber comme un fruit mûr dans l'escarcelle de la technocratie bruxelloise. Quant à l'Europe du sud et du nord, trop de divergences économiques les opposent. Au milieu, la France tente d'élaborer une synthèse autour d'elle. Mais c'est illusoire. L'Europe a construit son identité sur les Etats-nations. Aller contre sa nature reviendrait à lancer un boomerang en plein désert.

Plus grave, la doctrine de la puissance diplomatique "d'équilibre" prônée jusqu'ici par l'Elysée, a été considérablement abîmée par le dernier épisode Syrien. Lequel nous a coupés un peu plus de nos partenaires Russe et Chinois, particulièrement réticents à toute conception moralisatrice de la guerre et de la diplomatie en général. Fin mai, Emmanuel Macron aura fort à faire pour rétablir l'équilibre traditionnel de la France entre Moscou et Washington. La France a reçu en héritage le privilège ahurissant de siéger en permanence au Conseil de Sécurité avec un droit de véto. S'en affranchir est stratégiquement suicidaire. C'est comme si la France renonçait à faire partie des cinq grandes puissances de l'après-guerre. Quant aux leçons de droit international assénées après l'affaire de Crimée, elles sont réduites à néant avec ce type de coups de force.

En Allemagne et en France, qu'attend-on de la France d'Emmanuel Macron ? Est-elle cohérente – ou compatible – avec les ambitions du Président ?

Je crois qu'en Allemagne, on attend surtout de la France qu'elle réduise ses déficits publics. La dette de la France est une bombe à mèche lente qui fait peur à Francfort et à Berlin. Les Allemands sont très attachés à la stabilité de la monnaie unique d'autant plus que taux de change est très favorable à son économie. Elle regarde attentivement les différentes réformes annoncées. 

Quant aux grands sujets stratégiques, l'Allemagne est poliment indifférente tant que l'Amérique est là pour garantir le parapluie de l'OTAN. C'est d'ailleurs pour cela qu'Angela Merkel, et toute la CDU avec elle, est moyennement enthousiaste au projet de fédéralisation européenne porté par Emmanuel Macron. Les sujets de défense européenne et surtout de mutualisation militaro-industrielle sont une ligne rouge pour Berlin à moins que les entreprises françaises passent sous pavillon allemand. La fusion EADS a été un échec dans le secteur militaire à l'image des fiascos Eurofighter et A400M. 

Que la France se rapproche des Etats-Unis est finalement une bonne nouvelle pour l'Allemagne. Laquelle a toujours été plus proche de la ligne atlantiste que la France. En somme Paris rejoint sa position otanienne: un allié fidèle et immuable des Etats-Unis qui saura l'aider à contenir le réveil russe en Europe.

En France, l'attente est toute autre. L'opinion entretient une nostalgie du gaullisme parfaitement compréhensible. Parce que la France était indépendante et jouait un rôle plus important que ne le permettait a priori ses modestes moyens. En général, une petite guerre comme celle faite en Syrie il y a quelques jours est l'occasion d'un net regain de popularité. L'union sacrée joue en faveur du chef des armées. Or nous n'avons pas observé cette tendance à la suite à cette séquence. Au contraire, pour la première fois depuis longtemps, les Français étaient très partagés sur l'opportunité de ces frappes et ce suivisme atlantiste. Comme s'ils avaient tiré les leçons d'une décennie d'aventurisme au Moyen-Orient.

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