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Mais pourquoi nous mettons-nous en danger pour être bronzés ?
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Mais pourquoi nous mettons-nous en danger pour être bronzés ?

Une étude américaine souligne les dangers d'une exposition trop répétée aux cabines de bronzage. Plus qu'une démarche esthétique, le bronzage s'est imposé comme un marqueur social.

Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu est sociologue, spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. Directeur de l'Observatoire de la Discrimination, il est l'auteur de Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire (Odile Jacob, 2002), DRH le livre noir, (éditions du Seuil, janvier 2013) et Odile Jacob, La société du paraitre -les beaux, le jeunes et les autres (septembre 2016, Odile Jacob).

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Atlantico : Une étude américaine menée par la Mayo Clinic dans le Minnesota met en garde sur les méfaits d'une utilisation abusive des cabines de bronzage : un excès de cette pratique aurait fait augmenter de 75% les risques de cancer de la peau chez les moins de 40 ans. Faut-il s'inquiéter ?

Jean-François Amadieu : Les résultats de cette étude m’interpellent, car ils démontrent que le risque est plus grand chez les moins de 40 ans qui semblent s'exposer davantage. Or, le surbronzage a surtout été pratiqué dans les années 70-80 et est l'affaire des générations plus âgées. En effet à cette époque, il y avait moins de protection solaire et socialement l’avènement des congés payés et des départs en vacances ont mis à la mode l’exposition au soleil avec une valorisation du corps à la plage. Il est donc étonnant que cette étude conclue que leur exposition soit moindre.

N'est-ce pas là la marque de l'importance prise par le bronzage dans la sociétés moderne ?

Une peau halée et relativement bronzée est toujours un code sociologique fort. Les publicitaires en ont d’ailleurs largement joué. Il y a deux phénomènes à analyser.

Dans un premier temps, il est vrai - et cela depuis plusieurs décennies - qu’une peau légèrement bronzée donne le sentiment de la bonne santé et du dynamisme. Ce qui est nouveau c’est la valorisation d’une couleur plus métissée, qui va de pair avec un contexte plus mondialisé, contraire au modèle traditionnel de la peau complètement blanche. C’est dans ce contexte que s’inscrit le développement des cabines de bronzages, et cela explique aussi par exemple que les hommes politiques entretiennent une peau légèrement halée.

Depuis quand l'acte du bronzage a-t-il pris une telle importance ?

Longtemps la blancheur a été valorisée puisque le signe d’une certaine aristocratie. Seuls les paysans étaient bronzés puisqu’ils devaient travailler aux champs en plein soleil. Mais avec l’essor des congés payés, et il est apparu qu’appartenir à l’élite s’était pouvoir exposer son corps au soleil. Les choses se sont inversées, et le curseur a bougé à partir du moment où il y a eu une valorisation des activités de loisirs.

Que révèle l'essor d'une telle pratique sur notre société ?

Nous vivons dans un univers de performance. Or désormais cette performance s’exprime par la bonne santé et la forme. Pour véhiculer cette image, le bronzage est un outil décisif. Bien sûr, il ne faut pas être dans l’outrance avec une peau cuite par le soleil car dans ce cas le code social est inversé et vous apparaissez comme quelqu’un qui a des problèmes de santé. Mais un léger hâle évoque quelqu’un de dynamique et performant. C’est pour cela que dans les métiers du conseil, les métiers politiques ou l’image compte pour séduire, c’est un atout important.

Au-delà de cela, le bronzage montre aussi qu'il convient désormais de manier les codes de l'apparence de façon de plus en plus subtile, aujourd’hui on ne peut pas apparaître la peau cuite et rouge, tout simplement parce que cela va vous stigmatiser. C’est la même chose dans le domaine vestimentaire. La limite entre ce qui est bien vu et ce qui est mal vu par la société au niveau de l’apparence est de plus en plus ténue et le jeu c’est de pouvoir s’y tenir sans faiblir.

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