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Criminalité : les profiteurs du coronavirus
©DR

Organisations criminelles

Criminalité : les profiteurs du coronavirus

Comme il y a les profiteurs de guerre, il existe aussi des profiteurs du coronavirus. Alain Rodier évoque l'action des organisations criminelles en cette période de pandémie.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Le coronavirus ne fait pas que des victimes. Certains, comme lors des guerres, savent en profiter pour accroître leur fortune ou/et leur influence.

Au premier rang se trouvent les Organisations Criminelles Transnationales (OCT) dont font partie les mafias (pour mémoire une mafia est une OCT qui, en plus de mener des activités criminelles a des traditions, des rites initiatiques, un code "dit' d'honneur, une hiérarchie stricte, un recrutement national, etc. Elles sont italiennes, albanaises, turques, chinoises, japonaises, nord-américaines, russophones, etc. Par contre, les cartels latino-américains, le crime indien, etc. sont des OCT mais pas des mafias. 

Ces organisations très opportunistes ont toujours su s’adapter beaucoup plus rapidement que les États à de nouvelles situations  pour en tirer un maximum de profits. Par exemple, après l'effondrement, les OCT ont précédé les États dans la mondialisation.

Il y a également bien longtemps qu’elles ont investi dans le monde de la santé souvent lié à l’immobilier. En effet, pour avoir un bon système médical qui héberge les patients et les aînés, il convient de proposer les immeubles qui accueillent hôpitaux, cliniques, maisons de repos et de retraite. Les investissements initiaux - qui généralement proviennent des profits faits par différents trafics dont celui de la drogue - sont rapidement récupérés, mais surtout, ces établissements permettent aux responsables criminels (surnommés en Italie les boss) d’acquérir une notoriété sociale en montrant leur "générosité". Cela leur permet aussi de corrompre indirectement des responsables politiques ou économiques qui demandent à bénéficier de passe-droits pour eux ou pour des membres de leurs familles : un accueil rapide dans un établissement réputé, une place en maison de retraite en s’affranchissant de la liste d’attente, etc. Ce responsable est alors "redevable" du service rendu et, à un moment ou à un autre, il lui sera demandé de renvoyer l'ascenseur. Si la Sicile - où la mafia historique Cosa Nostra officie - est connue pour cela, c’est également vrai dans de nombreux autres pays. Des scandales surviennent bien ici ou là, comme ces derniers temps à Montréal où les autorités ont fini par s’alarmer du nombre anormalement élevé de décès imputés au coranivirus dans certaines maisons de retraite appartenant - via des sociétés écran - à des mafieux connus. Les organisations criminelles ont aussi brillé dans le passé pour favoriser des greffes d’organes dans des pays où le "tourisme médical" est devenu très attractif. Le problème est que les donneurs n'étaient très majoritairement pas volontaires.

La lutte contre le coranivirus permet aujourd’hui aux cartels mexicains de se livrer à de l’action sociale en pleine lumière en distribuant des vivres dont les cartons sont estampillés avec leurs sigles (en l’occurrence, le cartel de Jalisco Nouvelle Génération - CJNG - et celui de Sinaloa) pour s’attirer la sympathie des populations miséreuses qui ne reçoivent rien de l’État (qui, comme par hasard, fait comme si tout était normal et comme si la pandémie s’était presque arrêtée aux frontières alors qu’elle fait rage chez le grand voisin du nord, les États-Unis). Plus globalement, nombre de pays ne donnent pas les chiffres des décès car ils ne le veulent pas ou, encore plus simplement, ils ne le peuvent pas.

Cela permet aussi aux organisations criminelles d’intensifier la production de médicaments contrefaits en Chine et en Inde principalement. Cela n’est pas vraiment nouveau puisque cela fait des années que le net est envahi par des médicaments contrefaits pour lutter contre le cancer, le diabète, le sida, la malaria ou l’impuissance… Cela est une catastrophe en Afrique où ces médicaments sont largement distribués en ayant, au mieux, un effet placebo.

Accessoirement, l’acheminement de ces produits - qui se fait massivement par voie postale - comme les masques très demandés par tous les pays, permet de tenter de passer "autre chose" comme cela a été trouvé par les douanes dans le tunnel sous la Manche : des cartons de masques comportaient aussi de la cocaïne…

Enfin, le confinement des personnes qui les pousse à être beaucoup plus présentes sur le net est une occasion inespérée de lancer des arnaques par voie informatique.

Peut-être plus grave encore, quand les économies redémarreront, de nombreuses sociétés auront besoin de financements que les banque ne voudront - ou ne pourront  - pas accorder. Le crime organisé sera présent pour suppléer à ce problème en se retrouvant, au final, propriétaire de sociétés ayant pignon sur rue. Les OCT ont un objectif prioritaire : pénétrer l’économie légale pour y blanchir l’argent sale et, pour ses responsables, afin d'obtenir la respectabilité qu’ils recherchent à tous prix. Cela risque aussi de relancer des liens entre des OCT et des élus locaux qui, eux aussi, auront besoin de fonds pour se faire élire.

Enfin, si le confinement est une gêne certaine pour les activités criminelles de base car les truands sont plus vite repérés et surtout, les acheteurs de drogues ne souhaitent pas être identifiés et les cibles à attaquer sont moins nombreuses (en dehors des arnaques informatique), il ne semble pas représenter un problème pour les familles mafieuses siciliennes (les plus connues grâce au cinéma). Par exemple, lors de l' enterrement traditionnel d'un des leurs, la "distanciation sociale" n'est alors pas vraiment respectée. Il est vrai qu'il n'est pas vraiment possible aux Carabiniers de contrôler les bons de sortie...

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