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Corinne Lepage : "Il est urgent 
pour la démocratie de réformer 
le système de financement 
des partis politiques"
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Le nerf de la guerre

Corinne Lepage : "Il est urgent pour la démocratie de réformer le système de financement des partis politiques"

Alors que la légalité du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 est remis en question à l'occasion de l'affaire Patrice de Maistre, l'ex-ministre de l'Environnement demande une remise à plat du financement des partis.

Corinne Lepage

Corinne Lepage

Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).

Ancienne ministre de l'Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21 depuis 1996, cofondatrice et ancienne vice-présidente du Mouvement démocrate jusqu'en mars 2010, elle est députée au Parlement européen de 2009 à 2014. En 2012, elle fonde l’association Essaim et l’année suivante, la coopérative politique du Rassemblement citoyen. En 2014, elle devient présidente du parti LRC - Cap21.

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Aucun citoyen ne peut ignorer le fait que les rétro commissions, corruptions diverses et variées, trafics d’influence en tous genres sont liés au financement des partis politiques et plus précisément des campagnes électorales. Le projecteur est mis aujourd’hui le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 sur lequel il refuse, pour le moment de s’expliquer, ou sur celle d’Edouard Balladur en 1995. Mais le sujet ne s’arrête pas là et il comporte en réalité 2 volets :

-          Celui du financement illicite, des valises qui, sous une forme ou une autre, continuent de transiter, y compris peut être dans la campagne actuelle…mais nous en reparlerons en 2016 ou 2017…ce financement illicite vient s’ajouter au financement légal des campagnes, celui des dons. Nicolas Sarkozy indique avoir déjà recueilli plus qu’en 2007 ! Avec quels engagements ??? Cette situation  est rendue possible par l’importance des sommes dépensées par les 2 principaux candidats. Il faut avoir présent à l’esprit ce que coûtent les grands meetings où les militants et sympathisants sont drainés par cars et trains de la France entière, nourris par le Parti. Or, plus les sommes sont élevées, moins le contrôle du financement par l’évaluation des dépenses réalisées est aisé, à supposer que le Conseil Constitutionnel décide d’effectuer sa mission sur les finalistes – ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent, l’importance et la profondeur du contrôle étant inversement proportionnel à la puissance du candidat. L’inégalité des candidats est avant tout d’ordre financier et le système actuel n’est pas satisfaisant alors qu’il est coûteux pour le contribuable en particulier en période de vaches maigres. De plus, la campagne se transforme, comme aux Etats-Unis, en grand spectacle à des fins télévisées au détriment du débat qui n’a pas lieu, d’où la réaction des Français qui ne sont pas dupes de ce rapt du débat démocratique ;

-          Celui du financement politique en général. Le manteau de Noé a été jeté sur le financement passé des partis politiques mis à part quelques condamnations symboliques. Or, des immeubles acquis dans des conditions plus que douteuses, par exemple, continuent à être utilisés…mais, surtout, des pratiques inadmissibles, dénoncées par la commission de comptes des partis politiques demeurent : micros partis, prestations intellectuelles internes donnant lieu à factures pour augmenter les dépenses et donc le remboursement, partis sans aucune activité politique mais apparaissant à chaque élection avec des candidats bidons pour bénéficier du financement public etc…

Or, ces sujets sont essentiels et doivent être traités vigoureusement et sans délai, pour 3 raisons :

-          d’une part, ils contribuent à creuser le fossé entre les citoyens et les partis politiques et à alimenter la machine du « tous pourris » dont on connait les dérives,

-          d’autre part, ils participent de la détérioration de la qualité du débat démocratique et du manque d’innovation dans la vie politique française. Il est impossible de faire vivre un mouvement politique novateur dans ces conditions,

-          enfin et peut être surtout, ils permettent les compromissions les plus graves et la remise en cause du caractère d’intérêt général des décisions qui sont prises par les autorités politiques. 

Les mesures à prendre sont répertoriées et ont été présentées pour une part dans le rapport Sauvé, de manière plus large encore dans les propositions de TI et d’Anticor. La vraie question est celle du courage politique pour les mettre en œuvre, alors que les risques de dommages collatéraux sont certains.

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