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COP21 : toutes ces mesures anti-écologiques que la France continue de prendre derrière les bonnes intentions affichées
©Reuters

A contresens

COP21 : toutes ces mesures anti-écologiques que la France continue de prendre derrière les bonnes intentions affichées

Alors que la France accueille la COP21 et veut se faire une place de leader mondial pour la protection de l'environnement, le pays poursuit une politique ambiguë faite de mesures anti-écologiques. Fin septembre, Ségolène Royale, ministre de l'Ecologie, avait annoncé des mesures mais rien de sérieux sur les principaux vecteurs de pollution.

Thomas Porcher

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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Atlantico : Dans le monde, EDF et ENGIE (anciennement GDF Suez) possèdent 46 centrales à charbon qui émettent des millions de tonnes de CO2 par an, soit la moitié des émissions françaises. Ces deux entreprises sont détenues respectivement à 84 % et 33 % par l'Etat français. Quel est l'intérêt de la France à promouvoir la lutte contre le réchauffement climatique et en même temps soutenir une telle politique polluante?

Thomas Porcher : Il n’y a aucun intérêt et c’est cet écart entre les mots et les actes que nous dénonçons dans notre livre (Le déni climatique, éd. Max Milo). C’est pour cela que nous l’avons appelé « le déni climatique ». Cette forme d’hypocrisie climatique n’est pas présente qu’en France, elle l’est dans la majorité des pays développés et émergents. Peut-on sérieusement prétendre s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique tout en continuant à subventionner les énergies fossiles ou à signer des traités de libre-échange avec des pays à plus de 10000 km sans aucune clause sur le climat ? La réponse devrait être non, pourtant en 2014, les compagnies d’énergies fossiles ont perçu plus de 4700 milliards d’euros, soit 10 millions par minute. Parmi ces subventions aux énergies polluantes, 800 plans sont dans les pays de l’OCDE qui sont pourtant responsables de 2/3 des émissions de C02 au 20ème siècle. Ce déni climatique est clairement une nouvelle forme de climato-scepticisme qui consiste à reconnaitre le réchauffement climatique dans les faits, sans pour autant agir en conséquence.

Plus localement, on sait qu'en 2014, près de 65 % des véhicules vendus en France marchent au diesel, un carburant qui coute 17 % de plus que le "sans plomb". De plus, les rejets en dioxyde de carbone et en particules fines du diesel sont bien supérieurs à tous les autres carburants. Tout cela semble encouragé par la niche fiscale de 7 milliards d'euros, ne peut-on pas parler de tabou français sur le diesel?

La différence de taxation entre l’essence et le diesel existe dans de nombreux pays en Europe mais l’écart entre les deux carburants reste supérieur à la moyenne européenne en France. La proportion de voitures diesels dans le parc français est supérieure à la moyenne européenne car la France a joué sur les deux leviers : la demande et l’offre. Nos constructeurs ont fait du diesel leur avantage comparatif et notre fiscalité incitait les acheteurs à choisir des véhicules diesel. L’OMS a classé les gaz à échappement des moteurs diesels comme cancérigènes, l’affaire Volkswagen nous a révélé que les véhicules diesels de dernières générations restaient polluants et nocifs pour la santé, enfin le gazole hors taxe est normalement plus cher que l’essence. Dans ces conditions, la fiscalité actuelle est clairement une distorsion de la concurrence qui consiste à inciter l’achat d’un produit plus nocif pour la santé. On marche sur la tête et il faut que cela change. C’est en cours normalement dans les prochaines années avec ce que préconise Ségolène Royal mais nous aurions dû nous attaquer beaucoup plus tôt à ce problème. Cela nous aurait évité de nombreux décès et maladies respiratoires.

Malgré un coût presque deux fois moins cher et des niveaux de pollution bien moindre que les autres carburants, le GPL et le GNV ne séduisent pas les Français. Pourquoi ce dédain? Est-ce lié aux mentalités, à un manque de structures (pompes), au désintéressement des pouvoirs publics ou à un mélange des trois?

Tous les types de véhicules peuvent séduire n’importe quel acheteur à partir du moment où l’offre et les incitations sont là. Pour le GPL, il y a eu une mauvaise réputation notamment à cause d’une explosion, il y a également un manque d’infrastructures, peu d’incitations à l’achat de voitures GPL par les pouvoirs publics et peu de modèles proposés par les constructeurs.

Après l'épisode de Fukushima, de nombreux pays dont la France veulent se désengager du nucléaire sans toutefois s'affirmer dans un retour aux énergies fossiles. Face à une demande croissante en énergie au niveau mondial et à une situation géopolitique complexe, comment parvenir à un équilibre mixant enjeux écologiques et indépendance énergétique?

C’est un nouveau défi que certains Etats ou villes ont décidé de relever. Par exemple, la Californie a adopté une loi visant 50% d’énergies renouvelables dans la production d’électricité d’ici à 2030. Stockholm vise à être 100% énergies renouvelables d’ici à 2050. Ces initiatives risquent d’entraîner des effets d’imitation à travers le monde, où seront nos compagnies françaises si elles loupent ce virage ? L’Europe, et même la France, plutôt considéré comme bonne élève sur les questions climatiques, auraient dû être pionnière dans les énergies renouvelables et dans les innovations de ce secteur. Ça lui aurait permis d’être en position de force, de leader sur un marché qui est en pleine expansion.

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