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Consigne a été donnée aux éditeurs de ne plus employer le mot "nègre" mais celui de "porte-plume" !
©Reuters

Chronique de la bêtise ordinaire

Consigne a été donnée aux éditeurs de ne plus employer le mot "nègre" mais celui de "porte-plume" !

Il était temps. Déjà que nous, simples mortels, n'avions pas le droit de l'utiliser.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Françoise Nyssen, ministre de la Culture, est une femme intelligente. On imagine donc que c'est avec réticence qu'elle a accepté de se soumettre au diktat d'associations aussi hystériques qu'influentes. Pour leur plaire, et ne plus les avoir sur le dos, elle s'est résolue à demander aux éditeurs de bannir le mot "nègre" pour le remplacer par "porte-plume".

Le charme désuet de cette expression n'échappera à personne. Elle date du bon vieux temps des écoliers en blouse grise, du Petit Chose de Daudet, quand les claviers et les stylos à bille n'existaient pas encore. Il parait d'ailleurs que dans les maisons d'édition, une vieille chanson, figurant au patrimoine national, fait fureur. "Au clair de la lune, mon ami Pierrot, prête-moi ta plume."

Mais le mot "nègre" est plus ancien encore. Il date du début du XIXe siècle et c'est Alexandre Dumas qui en est à l'origine. L'auteur des Trois Mousquetaires était un écrivain prolifique, un opiomane de l'écriture. Débordé, ne pouvant répondre à la demande qui était grande, il lui arrivait de se décharger sur d'obscurs, et néanmoins doués pisse-copies. 

Un feuilletoniste de l'époque eut alors cette formule : "il agit comme le mulâtre qui fouette les nègres dans les plantations". Le mot est resté, et sert à désigner les anonymes qui triment à la place de ceux qui signent les textes. 

Comme on le voit, Dumas n'était pas, s'agissant de la création littéraire, blanc-blanc. Il ne l'était d'ailleurs pas du tout. Mulâtre, il était le fils d'un mulâtre qui fut général d'Empire. Comme quoi, la France n'était pas bien raciste à cette époque. Mais depuis, elle a dû le devenir si l'on en croit le CRAN et différentes associations indigénistes et tordues.

Elles doivent considérer qu'Alexandre Dumas était une personne racisé.e. Et, dans leur esprit, les personnes racisé.e.s doivent se retrouver ensemble dans des lieux où les Blancs ne sont pas admis. En bonne logique, les associations devraient demander que la dépouille d'Alexandre Dumas soit sortie du Panthéon car elle voisine là-bas avec des leucodermes. 

Ainsi s'avance sans grande résistance – puisque même François Nyssen a cédé – le rouleau compresseur de la bêtise. Une machine à décérébrer inventée par des décérébrés. Pour leur plaire, il parait qu'à la place de "nègre" on avait d'abord envisagé "écrivain à gages". Comme ça ressemblait un peu trop à "tueur à gages", ça a été abandonné. Mais les tueurs à gages de l'intelligence se portent à merveille.

PS : La délation étant devenue un devoir civique, nous signalons l'existence d'un livre au titre insupportable : Dix petits nègres d'Agatha Christie.

 

 

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