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Confinement : la chienlit

Dans une tribune, Julien Aubert, député (Les Républicains) du Vaucluse, et 22 autres députés, demandent au gouvernement de revoir ses modes de décision concernant le confinement.

Des Français qui se lassent des gestes barrières et des policiers mal à l’aise dans les contrôles.

Des catholiques qui réclament la réouverture des églises, et un ministre qui les menace de sa matraque.

Des commerçants au bord de l’asphyxie économique qui manifestent de plus en plus bruyamment leur désarroi, et à qui on répond par des promesses d’indemnisation.

Des indépendants qui sont les laissés-pour-compte des mécanismes d’aide et qui ne se relèveront probablement pas.

Des rumeurs les plus folles qui débouchent sur une défiance généralisée et un bourgeonnement de thèses complotistes.

L’année 2020, « année de Gaulle », se sera terminée boueusement et honteusement en « année de la chienlit ».

La société française bourdonne de colère, d’incompréhension et même d’humiliation face à un exécutif qui se retranche derrière le risque sanitaire pour imposer des règles d’interdiction bien souvent incompréhensibles et incohérentes.

Qu’on en juge :

En 2020, il est permis d’aller chez le cordonnier, mais pas d’acheter des chaussures.

En 2020, il est permis de traverser l’Ile-de-France dans une rame de métro bondée, mais pas d’aller seul en forêt au-delà d’un kilomètre ou de faire du bateau.

En 2020, il est possible d’aller acheter le week-end des outils dans un magasin de bricolage pris d’assaut, mais pas d’aller seul chez son coiffeur.

Si le désordre s’est installé, c’est que l’État a construit sa stratégie sur trois axiomes :

1/ La priorité est d’éviter aux responsables gouvernementaux toute poursuite pénale, et donc il vaut mieux mourir (économiquement) guéris que d’amender un confinement avec un risque de condamnation à la clé ;

2/ Le confinement est décidé officiellement sur une règle (subjective) de commerces essentiels/non essentiels, et non sur une règle (objective) de prévention du risque sanitaire ;

3/ Toute la rhétorique gouvernementale est habillée d’un vernis scientifique en se reposant sur une présomption de risque sanitaire basé sur la circulation des flux de personnes dans la rue, qui justifierait la fermeture des centres-villes mais pas des zones commerciales. Ce postulat échappe à toute démonstration scientifique.

Il ne faut pas s’étonner dans ces conditions que ce confinement asymétrique soit incompris car il s’exonère de toute logique, et donc de toute justice. Pourtant, Emmanuel Macron a gardé les frontières européennes ouvertes : il pourrait donc importer quelques bonnes pratiques.

Notre voisin allemand a conservé tous les commerces ouverts, bien que le gouvernement ait ordonné la fermeture des bars, des restaurants, des lieux culturels, sportifs et de loisirs pour un mois au minimum.

En Espagne, les règles ont été édictées au niveau de chaque région, permettant une adaptation aux contingences locales. Certaines régions ont permis aux magasins de rester ouverts à condition de réduire leur surface à 800 mètres carrés, ce qui permet d’inclure les petits commerces. D’autres régions ont demandé à ce que les supermarchés soient ouverts, mais avec des horaires restreints. À Séville, les commerces non-essentiels restent ouverts, jusqu’à 18h00.

En Irlande et en Grande Bretagne enfin, les restaurants mais aussi les pubs peuvent faire de la vente à emporter et les règles de sortie sont élargies à 5 kilomètres, une mesure bien plus adaptée que la nôtre pour faire du sport et s’aérer, notamment en milieu rural. Surtout, le gouvernement a donné un horizon : sauver Noël.

Il n’y a donc pas un seul type de confinement possible.

Nous demandons au gouvernement de rendre publiques les études sanitaires qui justifient la fermeture des petits commerces par rapport aux grandes surfaces.

Nous lui demandons de mettre en place une stratégie différenciée et adaptée, département par département, en donnant au duo Préfet/Maire, avec consultation du président du conseil départemental, la capacité de déroger lorsque les conditions sanitaires le permettent.

Nous lui demandons enfin de parler en lieu et place des experts médicaux, qui assombrissent un tableau déjà sinistre.

Notre bout du tunnel ne peut pas être de fêter Noël en visio, s’offrir des bons d’échange sur Amazon et s’embrasser seul sous le houx en selfie.

Tout au contraire, il faut sauver la saison économique de Noël, rendre de l’oxygène et de la visibilité aux commerces de proximité et s’engager à ce que les Français puissent se réunir dignement en famille pour la fin d’année.

Ils en ont bien besoin après une annus horribilis qui les aura maintenus dans l’isolement et la solitude pendant quasiment 9 mois.

 

Se joignent à cette tribune :

- Emmanuelle ANTHOINE, député de la Drôme

- Edith AUDIBERT, député du Var

- Thibault BAZIN, député de Meurthe-et-Moselle

- Anne-Laure BLIN, député de Maine-et-Loire

- Sandra BOËLLE, député de Paris

- Jean-Yves BONY, député du Cantal

- Sylvie BOUCHET BELLECOURT, député de Seine-et-Marne

- Jean-Luc BOURGEAUX, député d’Ille-et-Vilaine

- Josiane CORNELOUP, député de Saône-et-Loire

- Vincent DESCOEUR, député du Cantal

- Philippe GOSSELIN, député de la Manche

- Yves HEMEDINGER, député du Haut-Rhin

- Patrick HETZEL, député Bas-Rhin

- Marc LE FUR, député des Côtes-d’Armor, vice-président de l’Assemblée nationale

- Bérengère POLETTI, député des Ardennes

- Didier QUENTIN, député de Charente-Maritime

-  Julien RAVIER, député des Bouches-du-Rhône

- Frédéric REISS, député du Bas-Rhin

- Nathalie SERRE, député du Rhône

- Robert THERRY, député du Pas-de-Calais

- Laurence TRASTOUR-ISNART, député des Alpes-Maritimes

- Isabelle VALENTIN, député de la Haute-Loire

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