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Commissariat à la protection du mode de vie européen : cette polémique qui ne peut faire qu’accentuer la crise démocratique européenne

Le nouvel intitulé du "commissariat européen à la protection du mode de vie européen" qui sera notamment en charge des questions d'immigration fait polémique et déclenche l'ire de la gauche.

Maxime  Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

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Atlantico : Plusieurs personnalités de gauche se sont indignées de cette dénomination et du lien créé entre immigration et "mode de vie européen". L’eurodéputé écologiste, Damien Careme a parlé "d'abomination" alors que l’eurodéputée écologiste du Pays de Galles, Molly Scott Cato, dénonce une "rhétorique fasciste". Alors que la montée des partis populistes et de l'extrême-droite semble indiquer que les électeurs font eux-mêmes ce lien entre immigration et potentielle menace sur le mode de vie européen, comment expliquer ce refus systématique d'une partie de la gauche de discuter de ce sujet ?

Maxime Tandonnet : Le sujet est idéologique. Droite et gauche ne se différencient plus vraiment sur la question économique et sociale, puisque tout le monde est plus ou moins aligné sur le modèle libéral et le culte de l'argent, mais bien davantage sur des questions de société comme les frontières et les migrations. L'accueil de l'étranger est désormais au centre du discours de la gauche moderne. « La migration internationale est l’un des principaux facteurs de transformation du monde dans lequel nous vivons» constataient les auteurs d'un petit livre publié en 2008 aux éditions la Découverte par plusieurs intellectuels de gauche.

Le pacte mondial sur les migrations, adopté par l'Assemblée générale des Nations-Unis en 2018, proposait ainsi à la communauté internationale de "créer des conditions favorables qui permettent à tous les migrants d'enrichir nos sociétés grâce à leurs capacités humaines, économiques et sociales." Ainsi, tout ce qui va à l'encontre de cette conception est jugé inadmissible et considéré, non pas comme une opinion discutable, mais une pensée délinquante. Lier phénomènes migratoires et "protection d'un mode de vie européen" remet frontalement en question l'image d'une immigration exclusivement bienfaitrice. C'est pourquoi elle est jugée condamnable et déclenche une telle vague de contestation.

Quel est le danger de ce refus du débat au niveau démocratique ? Une telle posture ne risque-t-elle pas de creuser davantage le fossé entre les différentes franges de la société ?

La controverse autour de cette nomination du commissaire en charge de l’asile et de l’immigration rappelle celle qu’avait déclenchée la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale par Nicolas Sarkozy en 2007. Cette dénomination est surprenante de la part de l’Union européenne qui jusqu’au milieu des années 2010, tenait un discours d’ouverture sur l’immigration. Elle marque une inflexion de sa part sur le sujet. Elle reflète les préoccupations des opinions publiques après la crise migratoire de 2015, et l’arrivée d’un million de migrants ou de réfugiés en Europe, essentiellement en Allemagne mais aussi en Italie et en Grèce.

Oui, bien sûr, elle se présente comme un symbole adressé aux opinions publiques européennes destinées à leur montrer que les dirigeants européens sont déterminés à prendre en compte leur inquiétude. La poussée du vote protestataire, voire nationaliste, dans quasiment toute l’Europe, incite les dirigeants européens à vouloir répondre à cette préoccupation. En revanche, pour la nouvelle  gauche, l’attitude des opinions publiques, de la majorité silencieuse, est incompréhensible, voire inadmissible. D’où la tentation de la nier ou de la maudire à travers l’accusation de « populisme ».

Il en résulte une rupture entre cette gauche moderne ancrée sur ses valeurs d’accueil inconditionnel et les peuples qui sont en plein désarroi. Le fossé d’incompréhension entre la majorité silencieuse et une frange minoritaire, progressiste de la société, s’exprimant dans la nouvelle gauche ne cesse de se creuser. Sans doute assiste-t-on, sur le sujet de la migration, à une radicalisation de part et d’autre. Une majorité silencieuse défavorable aux migrations, une frange progressiste qui prône l’ouverture sans limite. Le discours réaliste, de l’immigration maîtrisée en fonction des capacités d’accueil des nations, est lui en perte de vitesse. Ce qui est très préoccupant…

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