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Comment nos émotions modulent notre voix (et pourquoi cela affecte notre communication)
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Bonnes feuilles

Comment nos émotions modulent notre voix (et pourquoi cela affecte notre communication)

La voix raconte tout de nous, de nos émotions ponctuelles à notre personnalité profonde. Elle dit ce que les mots s’efforcent de taire, elle révèle la place que nous nous accordons dans la société et au travail. Une place souvent plus difficile à prendre pour les femmes, encore aujourd’hui… Cet ouvrage permet de comprendre ce qui, justement, pénalise vocalement les femmes. Extrait de "Femmes, faites-vous entendre" de Christine Moussot aux Editions Odile Jacob (1/2).

Christine Moussot

Christine Moussot

Christine Moussot est coach vocal et formatrice voix en entreprise.

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Toute émotion non maîtrisée impacte directement la voix et est donc immédiatement décelée par nos interlocuteurs. Ce livre n’a bien sûr pas vocation à tout vous expliquer sur les émotions : il y a, pour cela, quelques ouvrages très intéressants . En revanche, pour comprendre pourquoi nos émotions modulent notre voix, il est important de comprendre quel mécanisme les relie.

Tout d’abord, revenons à l’étymologie latine du mot « émotion » : motus (« mouvement »), du verbe movere (« mouvoir, agiter »), précédé du préfixe ex (« en dehors de »). Il s’agit donc d’un mouvement qui est généré à l’intérieur, et qui tend à s’exprimer extérieurement. Les psychiatres Christophe André et François Lelord définissent les émotions comme « une réaction soudaine de tout notre organisme, avec des composantes physionomiques (notre corps), cognitives (notre esprit) et comportementales (nos actions) », lesquelles s’influencent mutuellement.

Si le nombre d’émotions fondamentales est difficile à déterminer (six selon Charles Darwin, seize selon le psychologue américain Paul Ekman, une infinité selon d’autres), il est relativement admis (notamment à la suite des expérimentations d’Ekman) qu’à chacune d’entre elles correspond une expression du visage caractéristique et universelle, ainsi qu’une réaction physiologique précise.

Dans une perspective évolutionniste, la fonction première des émotions est de nous mettre en mouvement pour pouvoir réagir de manière appropriée dans une situation donnée : fuir en cas de danger grâce à une émotion de peur ; se montrer agressif pour défendre son territoire, sa tribu, ou asseoir sa position de mâle dominant, grâce à l’émotion de la colère ; se mettre en recherche d’un partenaire sexuel pour se reproduire grâce au désir ; repousser un aliment toxique grâce au dégoût, etc. À notre époque, les émotions nous renseignent toujours sur la nature bienveillante ou menaçante de notre environnement, que cela soit réel ou imaginé : aujourd’hui, il est rare de se faire pourchasser par une bête féroce, mais nous avons conservé des réflexes de peur dans des situations qui nous paraissent menaçantes pour des raisons personnelles (expériences passées traumatisantes entre autres) ou de colère quand nous cherchons à asseoir notre autorité, par exemple.

Sous le coup de l’émotion, le corps se met donc sous tension ou, au contraire, se détend, le rythme cardiaque ralentit ou s’accélère, la respiration devient plus profonde ou superficielle, plus lente ou plus rapide. Or la production vocale est un processus physique, elle est créée par le corps (les cordes vocales, mais aussi, point primordial, la respiration, ainsi que l’état global de détente ou de tension du corps). Je dis toujours que la voix est à l’image du corps qui la produit : un corps tendu produira une voix tendue, un corps mou une voix molle, un corps dynamique une voix dynamique et ainsi de suite.

Lorsque le cœur et la respiration s’emballent, la voix a donc du mal à se poser : elle tremble, nous semblons à court de souffle, notre débit se précipite, nous n’articulons plus… Lorsque nous sommes en colère, notre voix « rentre dedans » : les mots sont comme hachés, la voix manque d’homogénéité, il y a des pics vocaux, le timbre est agressif, les intonations exagérées, etc. Lorsque nous sommes tristes, la voix devient plus difficilement audible, le timbre est beaucoup plus pauvre et serré, les intonations monocordes, le rythme monotone, etc. Sous le coup du stress, la voix peut réagir de différentes manières (agressivité, retrait, immobilité), en fonction des comportements appris dans l’enfance notamment (nous détaillerons ce point plus loin).  

Si nous ne choisissons pas notre constitution physique ni la réaction physiologique de notre corps aux émotions, plusieurs éléments de notre identité et de notre histoire ont également un effet sur notre voix. Résultant de conditionnements, ces éléments peuvent facilement être identifiés et travaillés. En effet, chaque milieu est régi par ses propres codes (vestimentaires, comportementaux, mais aussi vocaux), et si nous ne les comprenons pas et ne nous y adaptons pas, notre communication peut en être affectée.

Extrait de "Femmes, faites-vous entendre" de Christine Moussot aux Editions Odile Jacob

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