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©JOEL ROBINE / AFP

Bonnes Feuilles

Comment naquirent les "bâtards de Sartre", les "lumpen-intellectuels"

Aux antifascistes de pacotille, aux antiracistes de circonstance, aux anticolonialistes autoproclamés comme tels "pour mieux nous coloniser", Benoît Rayski donne une ascendance. Ils sont "Les bâtards de Sartre", publié aux Editions Pierre-Guillaume de Roux. Extrait 1/2.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Les lumpen-intellectuels, les écrivassiers, écrivassières, journalistes pensants bien et complaisants, doctorants et doctorantes, intermittents de toutes sortes, prirent le pouvoir dans les années 80. Elles furent fertiles. Et la courbe des naissances des petits marquis de la pensée explosa alors. Ils furent désignés sous le nom de « gauche caviar ». 

Ce qui était très exagéré et bien trop généreux. La plupart d’entre eux, la piétaille, n’en faisait pas partie. Mais tous aspiraient à en être. Là-haut, chez les importants, on les traitait gentiment bien qu’avec un peu de condescendance : ils étaient utiles car ils faisaient nombre. Mais de là à les laisser rentrer dans les salons ou le caviar était roi... Ils mangeaient donc du hachis-parmentier à l’office avec le personnel domestique.

Ces années-là furent appelées les années Mitterrand. Il eut été plus juste de dire les années United Colours of Benetton. Une série d’affiches réalisées par Toscani en fut le symbole. On y voyait une main noire et une main blanche reliées par des menottes. Le métissage et le mélange s’imposèrent alors comme le code obligé d’un savoir-vivre nécessairement coloré, foncé, ou basané. En ces années-là, la fête battait son plein. Alcool et coke cohabitaient sous le regard amusé et un peu méprisant de François Mitterrand.

Les princes de l’époque se conformaient à ce qui était mode et in. D’autant plus facilement que c’est eux qui disaient ce qui devait être mode et in. Ils avaient fait leur la devise suivante : « un homme qui ne sort pas avec une fille noire ou arabe est un raté ». Et c’est le pubard qui devint le personnage central de ce grouillement avide de fringues, de reconnaissance et de notoriété. Vaniteux, car couvert de filles et d’argent, il plastronnait, couvé amoureusement par des regards respectueux et envieux.

N’était-il pas à sa façon un intellectuel ? Il écrivait ! Des slogans certes. Mais ils étaient à la portée, car courts, de leurs admirateurs. En plus, ils faisaient vendre et rapportaient de l’argent. Et dans ce milieu, le fric était roi. On aimait la musique, la danse et la frime. On était bien sapé. Et ce n’est pas par hasard si SOS Racisme créé pour contrer le Front National et pour servir de pouponnière au Parti socialiste se fit d’abord connaître par des concerts. On aimait l’autre, l’ex-colonisé, béatifié par la souffrance de ses ascendants. Et on méprisait les siens. Un Européen mort... comme écrivait Sartre. Le Français était un beauf, campé pour l’éternité dans sa laideur par Cabu.

Extrait de Les Batards de Sartre, de Benoit Rayski, Editions Pierre-Guillaume de Roux, 2018.

 

 

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