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Les leaders de la cour de la récré ne sont pas forcément ceux qui dirigeront plus tard le monde des adultes.
Les leaders de la cour de la récré ne sont pas forcément ceux qui dirigeront plus tard le monde des adultes.
©Reuters

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Comment les ados cools deviennent souvent des jeunes adultes mal dans leur peau

Une étude publiée récemment par l'université de Madison-Wisconsin démontre que les leaders de la cour de la récré ne sont pas forcément ceux qui dirigeront plus tard le monde des adultes. Un paradoxe qui en dit long sur l'obsession toujours présente de l'image chez les adolescents.

Sylviane Barthe-Liberge

Sylviane Barthe-Liberge

Sylviane Barthe-Liberge est psychologue clinicienne et psychothérapeute. Elle anime et publie sur son site personnel : www.consultations-psychologue.com.

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  • Une étude réalisée auprès de 184 Américains, de l'âge de 13 à 23 ans et "populaires" par l'université de Madison-Wisconsin aux Etats-Unis dévoile que cette catégorie aurait 45% de chances supplémentaires de développer des addictions pour l'alcool ou la drogue.
  • Leurs comportements amoureux serait aussi plus complexe à l'âge adulte, un fait reconnu par 24% d'entre eux.
  • De plus, ces mêmes adolescents auraient 22% plus de chances de verser dans des comportements criminels relativement aux autres élèves.

Atlantico : Comment expliquer les résultats de l'étude menée par le Pr. Bradford Brown (ici en anglais) alors que la position de "star" occupée par les jeunes adultes devrait les encourager à être socialement plus élevés ?

Sylviane Barthe-Liberge : Au cours de l’enfance et de l’adolescence, les plus populaires ne sont pas les premiers de la classe, mais plutôt les agitateurs qui font rire les autres.

Or, être "populaire" nécessite une surenchère dans les dires et les actes. Pour paraître "cool" et surtout le rester, ces adolescents sont capables de faire des choses extrêmes, repoussant toujours plus loin les limites. Par exemple, se vanter de boire plus de bières que n’importe qui (voire des alcools forts) et le prouver au cours de paris stupides, de fumer des joints depuis longtemps, d’avoir des relations sexuelles non protégées, voire de voler l’épicier du coin juste pour le plaisir… Cette surenchère peut amener ces adolescents sur la pente de la dérive sociale et personnelle, voire de la délinquance.

Mais cela ne concerne que 45% d’entre eux (donc 55% vont très bien à l’âge adulte).

L'étude montre notamment que ces jeunes seraient enclins à garder le même statut à l'aube de l'âge adulte, et seraient du coup entraînés vers des comportements de plus en plus extrêmes. Comment expliquer qu'ils n'arrivent pas à modifier leur manière d'être populaire, qui est en avançant dans l'âge adulte plutôt axée vers une réussite à être stable émotionnellement ?

Ces jeunes ont construit leur existence et leur identité sur ce qu’ils pensaient que les autres attendaient d’eux. En restant focalisés sur l’image qu’ils donnent à voir, ils ne construisent pas leur identité propre, donc ils ne développent pas la maturité psychique et affective. Perpétuellement dans la recherche de la reconnaissance de l’autre, ils n’ont pas appris à se connaître et à développer leur personnalité. Ils peuvent rester dépendants affectivement du regard d’autrui, comme un enfant qui attend la reconnaissance de ses parents dans leur regard.

En quoi éprouvent-ils des difficultés à entretenir une relation amoureuse ?

Il est difficile d’apprendre à connaître l’Autre quand on ne se connaît pas soi-même. Ou quand on est uniquement centré sur soi. Aussi, ces jeunes peuvent rejouer indéfiniment leur problématique, à savoir n’exister que dans le regard de l’autre. Mais quand ce regard n’est plus complaisant ou flatteur, cela devient insupportable et ils préfèrent tout "exploser" pour trouver quelqu’un qui leur renverra qu’ils sont "cool" et non pas immatures et défaillants (et certainement pas si "cool" que ça). D’autant qu’ils sont incapables de remise en question. Dans leurs schémas de pensées, seul l’autre est défaillant, seul l’autre est dysfonctionnant.

A l'inverse, est ce que les souffre-douleur deviennent des adultes particulièrement sereins ?

Pas forcément. Le ratio doit être à peu près le même. La grande majorité dépasse ces difficultés pour s’épanouir en vieillissant.

Mais certains se voient confiner dans ce statut de souffre-douleur ou de bouc émissaire, témoignant d’une absence de confiance en eux, de troubles dépressifs chroniques, d’anxiété diffuse, engendrant un repli social et affectif. Ce sont d’ailleurs des personnes qui marchent souvent la tête baissée dans la rue, leur évitant de croiser le regard inquisiteur des autres. Ou encore des personnes plus soucieuses du « qu’en dira-t-on » que de leurs besoins ou désirs.

Finalement, ces difficultés à s'insérer dans la société découlent-ils d'avoir été populaires, où sont-ils plutôt la conséquence d'un trouble antérieur à l'adolescence ?

Que l’on soit populaire ou souffre douleur, la question intéressante à se poser serait qu’est-ce qui fait que ces adolescents se comportent ainsi à leur âge ? Être populaire est plus agréable comme statut que souffre douleur, certes. Mais pourquoi cette course à être le plus populaire ? Pourquoi accepter d’être « mal-traité » par ses pairs ? L’adolescence est une tempête psychique que chacun aborde différemment. En fonction de son environnement (tant familial, qu’amical et social), il est plus ou moins facile d’affronter ce que FREUD appelait « la boursoufflure moisie de la vie ». Lorsque ces difficultés persistent à l’âge adulte, elles témoignent des fragilités narcissiques de la personne et de son incapacité (temporaire ou non) à dépasser ses conflits internes.

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