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Comment le quinquennat a déréglé la vie politique française
©LUDOVIC MARIN / AFP

Bonnes feuilles

Comment le quinquennat a déréglé la vie politique française

Sonia Mabrouk publie "Douce France, où est (passé) ton bon sens ?" aux éditions Plon. Il y a urgence de partir à la (re)conquête du bon sens oublié. Dans différents domaines, la voie de la sagesse populaire a été délaissée. Extrait 2/2.

Sonia Mabrouk

Sonia Mabrouk

Sonia Mabrouk est journaliste sur Europe 1 et CNews, auteur de l'essai Le Monde ne tourne pas rond, ma petite-fille, (Flammarion, 2017) et du premier roman sur les enfants du djihad Dans son cœur sommeille la vengeance (Plon, 2018) . Elle a aussi été enseignante à l'université.

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Chaque fois apparaît un même constat : aucun président n’a le temps de récolter ce qu’il a semé. Et tous les chefs de l’État ne pensent qu’à une chose, une fois élus, leur réélection. Le quinquennat est devenu une machine infernale où le premier magistrat du pays, telle une marionnette, est aspiré par des forces centrifuges que sont l’information en continu, la polémique permanente et le débat politicien. Dans de telles conditions, comment imaginer mener une action sereine et cohérente ? Cela relève de la mission impossible. Sauf si le Président pouvait disposer de plus de temps et qu’on ne lui donnait pas l’occasion de penser à sa réélection. Une solution le permet : le septennat non renouvelable. Tout président élu ne penserait alors qu’à une seule chose : faire avancer le pays au lieu de préparer la prochaine échéance électorale. 

Cette idée n’est pas nouvelle mais elle prend une tout autre dimension et mérite qu’on y réfléchisse sérieusement. Comment, en effet, continuer ainsi ? Comment mener les vraies réformes dont le pays a besoin ? L’esprit de la Ve République consiste dans le fait que le Président s’inscrive dans le temps long, qu’il évite de s’enliser dans le détail du quotidien. Ce qui lui est difficile, voire impossible actuellement. À chaque jour ou presque sa petite phrase ou sa polémique, contexte qui éloigne de l’essentiel. À ceux que j’entends déjà prétendre qu’il s’agit d’une fausse bonne idée, qu’elle renforcerait notre monarchie républicaine, je réponds que nous y sommes déjà depuis longtemps. Le septennat non renouvelable n’y changera rien, certes, mais il me paraît être la solution raisonnable permettant à un président de vraiment agir le temps de son mandat. Et d’agir uniquement dans l’intérêt du pays. 

Les problèmes que nous rencontrons actuellement sont, en partie, dus au quinquennat, avec un président coincé dans une machine à broyer. Dans ce système, c’est le chef de l’État – et non plus le Premier ministre – qui fait office de fusible. Tout remonte à lui, y compris les plus petites et idiotes des polémiques. Trop exposé, toujours en première ligne, le Président se dévitalise et dévitalise – ce qui est plus grave – dans le même temps sa fonction et nos institutions. De plus en plus, à l’ère des réseaux sociaux et de l’information « fast‑food », le quinquennat s’apparente à une mauvaise idée transformant tout dirigeant en punching‑ball. N’incarnant plus l’autorité et la stabilité, le chef de l’État ne peut donc plus assurer l’essentiel, à savoir l’unité de la nation. 

Voilà pourquoi le septennat unique me semble la seule option pour donner une nouvelle gouvernance au pays, permettre de mener une action de long terme. Resterait, évidemment, à bien choisir celui ou celle qui accéderait au pouvoir suprême pendant sept années. Là encore, il faudra du bon sens pour ne pas se tromper et le ou la subir durant tout un septennat ! 

Discourir sur le rythme infernal du quinquennat ne peut être dissocié d’une réflexion plus large sur le duo politique / médias, ou plutôt le trio infernal politique / médias/réseaux sociaux. 

Je voudrais insister sur un sentiment étrange, un malaise, même, qui s’installe dans mon métier et me fait penser que le monde ne tourne vraiment pas rond. Dans la société de l’immédiateté qui nous accable, tout va trop vite. On le sait, on le vit et, souvent, on le subit. La faute aux chaînes d’information en continu, affirment certains. Pour y travailler depuis quelque temps, je sais combien leur rythme est chronophage. Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean‑Jaurès, l’a très bien résumé en parlant de la « dictature de l’urgence ». Mais l’urgence n’empêche pas la nuance. Plus que jamais, il me semble indispensable de conjuguer ce qui peut paraître à première vue contradictoire : à savoir le temps court avec la prise de distance. À nous, journalistes, de trouver le bon ton pour ne pas tomber dans les pièges et travers d’une information vidée de sa substance. Chaque phrase du discours politique mérite d’être débattue et décortiquée, mais à condition de la prendre dans sa globalité et non de la déformer ou l’isoler pour seulement chercher à polémiquer. Je me le dis d’abord à moi‑même car il ne s’agit aucunement de donner des conseils et encore moins des leçons. J’entends même déjà les critiques sur les pompiers pyromanes que nous sommes. Ceux‑là mêmes qui tentent aujourd’hui d’éteindre l’incendie ont soufflé hier sur les braises en dansant autour du feu, certes. Et il n’y a pas pire que les sages autoproclamés qui croient détenir la vérité. Personnellement, je ne détiens rien mais j’éprouve un malaise grandissant lorsque nous courons tous dans la même direction pour croquer et déchiqueter la même petite phrase biaisée, sortie de son contexte, quel qu’en soit l’auteur. Le plus souvent, d’ail‑ leurs, une phrase que l’on trouve sur les réseaux sociaux. 

Le sociologue québécois Mathieu Bock‑Côté a bien appréhendé ce phénomène en parlant de lynchage du jour. Qui doit‑on condamner ou lyncher aujourd’hui ? C’est la question qui semble de plus en plus animer quelques‑uns de nos débats médiatiques. Dans un tel contexte toxique, il y a urgence à retrouver et à redonner du sens à l’information en continu qui nous submerge tous. La profondeur n’est pas l’ennemie de l’Audimat. Une approche nuancée ne tue pas le « spectacle ». Au contraire, en période d’exacerbation des passions, elle ne peut que vivifier le vrai débat. Choisissons la voie de la nuance et du bon sens. On peut aller vite, même très vite, tout en empruntant ce chemin.

Une autre question se pose avec de plus en plus d’acuité : le pouvoir est‑il encore entre les mains de ceux qui nous gouvernent ? Il suffit d’être doté d’un peu de bon sens pour répondre que non. Entre l’influence de la technocratie nationale et celle de Bruxelles, nous n’avons plus vraiment la main sur nos destinées. Seuls des illusionnistes réussissent à faire croire à une partie de la population qu’ils décident de tout, alors qu’il n’en est plus rien. 

Le constat, qui peut sembler noir et décourageant, est en réalité une bonne nouvelle. Car cette perte de pouvoir devrait favoriser un mouvement inéluctable dans le pays, à savoir l’avènement d’un véritable système girondin. Nos régions, provinces, communes et départements sont autant de solutions aux défis posés. L’État centralisateur et jacobin ayant largement montré ses limites, notre pays n’a plus d’autre choix que de compter sur cette diversité qui fait la France des territoires.

Extrait du livre de Sonia Mabrouk, "Douce France, où est (passé) ton bon sens ?", publié aux éditions Plon. 

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