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Si le pouvoir, par essence, ne corrompt pas, il magnifie les caractéristiques de notre personnalité, les exagère.
Si le pouvoir, par essence, ne corrompt pas, il magnifie les caractéristiques de notre personnalité, les exagère.
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Bruce tout-puissant

Comment le pouvoir magnifie notre personnalité, pour le meilleur comme pour le pire

Comment nous comportons-nous lorsque nous avons du pouvoir ? Selon de nombreuses études sur le sujet, cela dépend de notre personnalité. Mais bien souvent, le résultat n'est pas à la hauteur des espérances. Il suffit de constater à quel point nous sommes déçus de nos présidents successifs pour nous en rendre compte.

Ah, si j'étais riche, si j'étais puissant ! Le fantasme est des plus communs. Il est vrai que l'argent est un facteur de puissance indéniable de nos jours. La classe sociale dont nous provenons, les groupes et associations auxquels nous appartenons, la force de notre personnalité et notre intelligence sont tout autant de facteurs qui peuvent nous mener vers le pouvoir et l'influence. Toutefois, le ressentiment des Français à l'égard des puissantes classes politiques est à cheval entre méfiance et lassitude, apprenait-on dans un sondage mené par le JDD en janvier 2016. Et de plus en plus, la même rengaine : "Tous pourris, les politiques !" L'idée selon laquelle le pouvoir corrompt forcément fait de plus en plus d'adeptes. Mais est-ce seulement vrai ? Comment le pouvoir affecte-t-il notre comportement ? De nombreuses études sur le sujet nous permettent d'y voir plus clair, rapporte le site Vox.

Le pouvoir exagère la personnalité

Le pouvoir est un bien précieux, dont l'homme a bien tendance à en abuser. Prenez par exemple Donald Trump, actuellement embourbé dans la polémique selon laquelle il se vantait en 2005, vidéo à l'appui, d'un comportement relevant du harcèlement sexuel. Selon les 16 femmes qu'il aurait harcelées, il est clair que son statut de star a joué dans la manière dont le candidat républicain se croyait tout permis et irrésistible. Par ailleurs, on ne compte même plus les affaires de corruption dans lesquelles divers (ex-)chefs d'État ont pu baigner, de l'Ukrainien Viktor Ianoukovitch au Brésilien Lula, en passant par les dictateurs africains pour qui les abus de biens sociaux et autres magouilles sont monnaie courante. Alors le pouvoir mène-t-il forcément à la corruption ? Non, estime le psychologue de l'Université de Yale (Connecticut, États-Unis) Michael Krausinterrogé par le site Quartz. Le pouvoir, par essence, ne corrompt pas. En revanche, il magnifie les caractéristiques de notre personnalité, les exagère, nous rend plus extravertis et moins nuancés. "Le pouvoir révèle simplement notre vraie nature", estime Kraus. Ainsi, la manière dont une personne puissante va utiliser son pouvoir – en bien ou en mal – dépendra de sa personnalité, de son identité la plus profonde. Lors d'élections, c'est un facteur à prendre autant en compte que les promesses ou l'agenda électoral.

De nombreuses études vont dans ce sens, comme celle menée par Kraus en compagnie de Serena Chen et Dacher Keltner, deux psychologues de l'Université de Berkerley (Californie, États-Unis). L'expérience visait à demander à des personnes de s'imaginer des moments où elles se sentaient puissantes, puis des moments où elles se sentaient au contraire impuissantes. On les questionnait ensuite sur la manière dont elles se comportaient avec leur famille, leurs amis et leurs collègues de travail, selon ces situations. Constat : dans les moments de doute ou d'impuissance, nous adaptons notre comportement au monde qui nous entoure. En revanche, nous restons plus ou moins les mêmes une fois baignés dans ce sentiment de puissance. "Le pouvoir magnifie les traits de notre personnalité", affirme Kaltner à Vox. C'est simple, nous sommes plus fidèles à nous-mêmes. Mais ce n'est pas toujours une marque de noblesse, car les traits de notre personnalité que nous forçons ne sont pas toujours bénéfiques. "Les personnes sociables deviennent très sociables quand elles ont du pouvoir ; de même, les personnes égoïstes le seront d'autant plus si elles en détiennent également", confirme à Vox Pamela Smith, une psychologue à l'Université de San Diego (Californie, États-Unis) et auteur d'une étude selon laquelle les personnes altruistes le sont d'autant plus lorsqu'elles ont du pouvoir.

Égoïsme et hypocrisie

Toutefois, le pouvoir mène généralement à l'égoïsme. Nous pourrions émettre l'hypothèse que les personnes individualistes grimpent plus vite les échelons sociaux en ne s'embarrassent pas de quelque altruisme, mais les études s'intéressent davantage au chemin inverse. Ainsi, il apparaît dans une étude, menée entre autres par Michael Kraus, que les personnes en possession de pouvoir sont moins douées d'empathie que leurs inférieurs hiérarchiques : ils n'arrivent tout simplement pas à lire l'émotion dans les yeux des gens aussi bien que les personnes moins puissantes, et donc plus attentives à leur environnement. Un exemple illustre parfaitement ce symptôme. Dans une étude parue en 2006, des chercheurs ont demandé à 57 personnes de se dessiner la lettre E sur le front. Résultat : les personnes qui se sentaient les plus puissantes, qui avaient confiance en elles, avaient tendance à dessiner le E à l'envers, comme s'ils le lisaient par leurs yeux. En revanche, le reste des individus dessinaient le E de manière à ce qu'il soit lisible par autrui. Une manière de constater que les personnes les plus "puissantes" se fichent un tant soit peu du monde qui les entoure.

Comme si cela ne suffisait pas, d'autres études viennent dénoncer ce que le pouvoir fait aux personnes qui en jouissent. Car si le pouvoir force nos traits de personnalité, ce sont surtout les mauvais d'entre eux qui ressortent le plus. En atteste cette étude, mentionnée par Quartz et menée par Katherine DeCelles, une professeure de comportement organisationnel de l'Université de Toronto (Canada), selon laquelle les personnes de pouvoir ont irrémédiablement tendance à en abuser, et à nier certains principes moraux qu'ils n'auraient jusqu'alors pas reniés. Arriver en retard au travail, faire des pauses plus longues que le reste des employés sont des habitudes plus marquées chez les supérieurs hiérarchiques. Cette autre étude de Dacher Keltner fait également état de ces comportements abusifs : lors de cette expérience, le chercheur avait regroupé ses cobayes en groupes de trois personnes, et avait désigné un chef pour chacun d'eux. Cinq cookies étaient alors proposés à chaque groupe. Et, surprenant : les chefs, tout heureux de leur statut, se resservaient en gâteaux deux fois plus souvent que les autres. De même, une énième étude, provenant cette fois-ci des universités de Tillburg (Pays-Bas) et Northwestern (Illinois, États-Unis), avait établi en 2010 que le pouvoir menait à l'hypocrisie. Exemple : les personnes puissantes se montraient très dures, voire zélées, envers les individus qui ne respectaient pas les règles, tandis qu'elles se montraient très conciliantes à leur propre égard en cas de non-respect de ces mêmes règles de leur part. Mieux encore, elles n'éprouvaient pas la moindre culpabilité à outrepasser ces lois. "Les personnes de pouvoir font ce qu'elles veulent, pas seulement parce qu'elles le peuvent sans être punies, mais parce qu'elles ont l'intuition qu'elles ont le statut pour le faire", concluaient les auteurs de l'étude.

Des enseignements qui peuvent nous pousser à réfléchir à deux fois aux personnes à qui l'on souhaite donner le pouvoir. Dans le cas d'élections, cela peut être utile. "S'ils (les candidats, ndlr) clament qu'ils ont changé, alors recherchez les preuves de leur prétendu changement. Si ce que vous leur reprochiez était encore d'actualité la semaine dernière, alors ce reproche est sûrement encore d'actualité et le restera", conclut Pamela Smith dans les colonnes de Vox. Nous pouvons retenir une chose : les personnes de pouvoir ne sont pas toutes corrompues, abusives, impitoyables et égocentriques. En revanche, elles ont de grandes chances de le devenir. Ah, la nature humaine…

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