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Comment l'immigration légale s'est féminisée
©Reuters

Inversion

Comment l'immigration légale s'est féminisée

Durant ces dernières années, davantage de naissances étaient dû à des pères étrangers. Cela s'explique par le fait que l'immigration était quelque chose de plus masculin. Aujourd'hui, on assiste à un retournement de situation. En effet, on compte plus de femmes parmi les entrées légales.

Selon les dernières publications de l'INSEE relatives aux naissances en France, il apparaît que le nombre de naissances de mère étrangère est désormais supérieur au nombre de naissances de père étranger. Comment expliquer ce revirement de tendance, quelles en sont les causes ? 

Laurent Chalard : En 2006, 722 825 enfants nés en France avaient un père de nationalité française, contre 732 382 une mère de nationalité française. Or, en 2016, il s’est effectivement produit une inversion du rapport, puisque le nombre d’enfants nés en France d’un père de nationalité française, soit 655 946 enfants, est désormais supérieur à ceux nés d’une mère de nationalité française, soit 649 333 enfants. Ce revirement de tendance s’explique principalement, contrairement à une idée reçue véhiculée par la crise des migrants, par la féminisation de l'immigration légale (étudiants, travailleurs économiques, regroupement familial), qui conduit mécaniquement à une plus grande proportion de naissances de mères étrangères que par le passé. Cependant, cette féminisation peut aussi indirectement témoigner d’un autre facteur, l’accroissement du nombre d'hommes de nationalité française, qui, dans un contexte de mondialisation, vont chercher une compagne à l'étranger, avec qui ils finissent par avoir un enfant en métropole, l'inverse étant plus rare.

Quelles sont les différences visibles en termes de nationalités ? Assiste t on à une convergence générale vers plus de naissances de mère étrangère ?

Lorsque l’on analyse les évolutions selon la nationalité des parents, les évolutions apparaissent dissemblables. En effet, l’inversion du rapport entre les naissances de père et de mère étrangère semble concerner essentiellement les maghrébins, avec une inversion pour les marocains (rapport passé de 1,07 à 0,91) et les algériens (rapport passé de 1,05 à 0,93), et une réduction du rapport entre pères et mères pour les tunisiens (rapport passé de 1,57 à 1,34). A contrario, il y a de plus en plus de pères étrangers chez les roumains, les maliens ou les haïtiens. On ne peut donc parler de convergence générale. Comment donc expliquer la singularité maghrébine ? En l’absence d’enquête sociologique plus poussée sur ce nouveau phénomène, il est cependant possible d’émettre une hypothèse. Dans un contexte de difficulté d'assimilation dans la société française, qui se traduit par la difficulté (ou l’absence de volonté) de trouver un conjoint, quel que soit son origine, sur le sol hexagonal, le phénomène des jeunes hommes de nationalité française d’origine maghrébine, qui vont chercher leur compagne de nationalité étrangère dans le pays d’origine de leurs parents, s’est fortement accentué ces dernières années.

Comment expliquer la prédominance des naissances de père étranger au cours des dernières années et décennies ? 

Jusqu’ici, la surreprésentation des pères étrangers au sein des naissances en France s’expliquait assez simplement par le caractère masculin de l’immigration. Le nombre d’hommes étrangers, en particulier chez certaines nationalités, étant sensiblement supérieur au nombre de femmes, les unions avec les autochtones apparaissaient consécutivement plus fréquentes, conduisant à la naissance d’enfants. Cependant, au cours des dernières décennies, il a toujours existé des décalages selon les nationalités, suivant deux logiques. D’un côté, pour les pays fournisseurs d’une immigration de travail masculine, tels que les pays du Maghreb ou le Portugal, il se constatait une surreprésentation des pères par rapport aux mères au sein des naissances. Par contre, pour d’autres pays, dont les Etats slaves ou Madagascar, la surreprésentation des mères au sein des naissances, est la conséquence de l’existence d’un « marché » matrimonial international, si l’on peut s’exprimer ainsi, faisant que les femmes de ces contrées étaient (et demeurent) plus recherchées par les hommes célibataires de nationalité française dans l’optique de fonder une famille.

 

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