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Les dirigeants nationaux du syndicat d'exploitants agricoles de la FNSEA ont demandé aux différents candidats à l'élection présidentielle de venir leur exposer leur projet ce jeudi.
Les dirigeants nationaux du syndicat d'exploitants agricoles de la FNSEA ont demandé aux différents candidats à l'élection présidentielle de venir leur exposer leur projet ce jeudi.
©Reuters

Dur dur ruralité

Comment la FNSEA ose-t-elle réclamer des comptes aux candidats alors qu'elle est responsable de la situation des agriculteurs ?

7 des 10 candidats à la présidentielle étaient présents ce jeudi à Montpellier pour la convention de la Fédération Nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). Ils ont pu exposer leurs propositions en matière d'agriculture.

Pierre Priolet

Pierre Priolet

Pierre Priolet est agriculteur depuis 1990 à Mollégès.

Il se veut l’instigateur d’un projet pour bâtir un nouveau système de distribution qui se passerait des aides, et il se bat  pour l’idée d’une société où l'on consommerait plus juste.

Grâce à ses passages télés remarqués, Pierre Priolet est devenu la nouvelle icône médiatique du monde agricole qui souffre.

Il est l'auteur de "Les fruits de ma colère : Plaidoyer pour un monde paysan qu'on assassine" (Robert Laffont, 2011) et s'occupe quotidiennement du blog "consommer juste".

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Les dirigeants nationaux du syndicat d'exploitants agricoles de la FNSEA ont demandé aux différents candidats à l'élection présidentielle de venir leur exposer leur projet ce jeudi. Curieuse démarche ! L'heure des bilans de ce syndicat ne devrait-elle pas plutôt être l'actualité ? Nous aimerions tellement entendre des propositions claires, une vraie vision sur l'avenir de notre profession qui n'en finit pas de disparaître. Et surtout, j'aurais aimé que les agriculteurs qui souffrent et qui sont contraints à la vente à perte voient enfin une lueur d'espoir ! Une action syndicale forte qui permette à nos jeunes générations d’espérer en la capacité de leur syndicat de donner des raisons objectives et positives de faire ce beau métier sereinement et nourrir sainement les populations !

Au lieu de cela, ces hommes qui ont cogéré et orienté les pouvoirs publics pendant plus de 50 ans, qui ont conduit le monde agricole dans le mur, qui ont détruit l’essence même de l’agriculture et son rapport avec la nature, ont le culot de demander des comptes comme s’ils étaient eux mêmes étrangers à toutes les dérives et les erreurs de ces cinquante dernières années ?

Comment ces dirigeants, qui ont grâce au syndicalisme, établi des situations hors normes pour le monde qu’il représente, osent-ils demander des comptes aux autres ? Et cela, alors que la doctrine de la productivité, qui réduit nos exploitations à la soumission et met au désespoir les agriculteurs qui travaillent à perte, est encore le leitmotiv fort de leurs dirigeants ?

Comment tous ces hommes qui sont responsables des dérives incroyables des coopératives et des unités agroalimentaires qu’ils dirigent peuvent-ils aujourd’hui en appeler aux responsables politiques ?  Et cela, alors que les dernières lois concernant l’obligation faite aux agriculteurs et aux artisans d’utiliser le Gasoil Non Routier et l’interdiction faite aux agriculteurs de produire leurs propres semences ont été dictées par ceux qui sont directement intéressés par ces mesures.

Comment se fait-il que pendant que le pays parlait des retraites, pas une seule voix ne se soit élevée pour dénoncer celles scandaleusement indigentes des agriculteurs, alors que toute leur vie ils ont travaillé à façonner le pays gratuitement ? Pas une fois ils ne sont intervenus dans le débat pour défendre les anciens et revaloriser de manière significative leurs retraites.

Pourquoi ces hommes n’ont-ils rien dit lors de l’accord de libre-échange avec le Maroc, alors que le sud de la France, maraîchage et arboriculture, se voit condamner à court terme par de tels accords, par le travail à bas coût pratiqué au Maroc ? Simplement, parce qu’au plus haut niveau, ils y avaient un intérêt personnel certain.

La dérive capitaliste cynique et l’intérêt personnel ont pris le pas sur la défense du monde agricole. Comment pouvons-nous accepter cela ? Ce mépris affiché sans complexe du travail des paysans me rend malade. L’appât du gain et le marché lavent les consciences.

La démocratie exige de connaître l’état de fortune de chaque candidat à l’accession au pouvoir, pas le syndicalisme, pourquoi ? Les conflits d’intérêts sont si violents que nous n’avons aucune chance de voir le monde agricole, otage de ces gens-là, changer. 

Enfin qui peut croire que ce syndicat, qui dépend pour 70% de ses revenus des ressources de l’Etat pour vivre à grand train, puisse contester quoi que ce soit des directives qu’il a lui-même proposées et négociées avec le Ministère ? Tout est fait par les politiques pour ignorer toute autre forme de représentation syndicale au mépris de la démocratie élémentaire qui rendrait vie à une profession à l’abandon !

L’Etat nous pousse à nous organiser pour faire face au monopole des grandes surfaces, les endiviers l’ont fait, ils ont été condamnés par l'Autorité de la concurrence pour entente illicite à plus de 3 650 590 € d’amende, un scandale d’État. Demander et obtenir un prix décent pour produire de la nourriture est scandaleux pour l’État. Alors que racketter les clients dans le super marché est une normalité. Qu’a fait le syndicat pour défendre les endiviers et tous ceux qui sont dans le même cas ?

Tous ces dirigeants sont, pour le marché, sensés réguler par magie la situation des producteurs. Hors le marché tel qu’il est, détruit non seulement la nature, mais les Hommes ! Ceux qui voient dans le marché la solution de tous nos maux, nous mentent et ils le savent.

Le marché pour exister doit respecter les mêmes critères de production, sociaux et environnementaux or tous les échanges actuels se font sur l’exploitation de l’homme par l’homme et sur la destruction de la nature.  Quelle hypocrisie de nous faire croire que tout est égal à tout !

Bien sur l’Europe a une responsabilité extrême car elle prône ce principe amoral du marché, elle ferme les yeux sur les dérives esclavagistes du « marché ». Ce que dit à ce propos le responsable de la communication du Commissaire Européen de l’agriculture dans le documentaire diffusé sur Arte Mardi 27 mars « Doit-on encore manger des animaux ? » est d’un cynisme sidérant sur le sujet. Nous le savons tous mais personne pour l’instant ne veut faire marche arrière par lâcheté. Chacun d’entre nous à sa part de responsabilité, et je veux croire qu'il est malgré tout encore temps de réagir.

Amis agriculteurs reprenez vos vies en main et refusez de rentrer dans un système qui de toute façon vous conduit à l’échec. Honnêtement sommes-nous fiers de ce que nous faisons et de ce que nous sommes aujourd’hui ? Passer notre vie à dépendre des aides sans lesquelles nous ne pourrions vivre, n’est-ce pas dégradant pour un Homme qui se veut libre ?

Subir comme des enfants les contraintes et les contrôles permanents souvent humiliants sans être défendu efficacement par nos représentants, n’est-ce pas dégradant pour des Hommes qui se veulent libres ?

Utiliser les produits phytosanitaires agréés et recommandés par les services de l’Etat et se voir mis au ban de la société parce que nous les avons utilisés, n’est-ce pas dégradant pour des Hommes qui se disent libres ?

Subir les contraintes de nos propres organisations et se les voir reprocher par les consommateurs, n’est-ce pas dégradant pour des Hommes qui se disent libres ?

Il est temps que nous nous remettions en question avant d’en appeler à nos responsables politiques. Nous sommes en grande partie responsables de ce qui nous arrive, il est temps que nous agriculteurs reconnaissions notre part de responsabilité dans ce gâchis général pour que les autres fassent le pas qui nous permettra de nous regarder en face en Homme Libre, heureux et fier de nourrir la population qui au fond n’a jamais cesser de nous aimer malgré tout. N’oublions jamais que c’est le consommateur et lui seul qui est notre avenir.

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