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Comment Alain Juppé et François Fillon sont passés à côté de l’alliance qui leur aurait permis d’enterrer Nicolas Sarkozy
©ERIC FEFERBERG / POOL / AFP

Le retour

Comment Alain Juppé et François Fillon sont passés à côté de l’alliance qui leur aurait permis d’enterrer Nicolas Sarkozy

Alors que Nicolas Sarkozy est aujourd'hui candidat à la primaire de la droite et du centre, son retour en politique amorcé dès 2012 aurait bien pu ne jamais se réaliser, si François Fillon et Alain Juppé avaient agi différemment à l'époque.

Serge Raffy

Serge Raffy

Journaliste au Nouvel Observateur, écrivain, Serge Raffy a publié en 2011 chez Fayard François Hollande, itinéraire secret, qui s'est vendu à 15 500 exemplaires, et Moi, l'homme qui rit (Flammarion, octobre 2014). Il est également l'auteur de Nicolas et les vampires (Robert Lafont, 2016).

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Atlantico : Vous publiez cette semaine Nicolas et les vampires, ouvrage centré sur le Nicolas Sarkozy de la période 2012-2016. Selon vous, dans quel état d'esprit se trouve-t-il au lendemain de sa défaite de 2012 face à François Hollande ? A-t-il d'ores et déjà en tête l'idée d'un retour en politique par la grande porte ?

Serge Raffy : Au lendemain de sa défaite, en mai 2012, contrairement au discours officiel, Nicolas Sarkozy n’envisage pas une seconde de quitter la politique. Il est sonné, désarçonné, mais pas abattu. Sa stratégie est alors de prendre du recul, de comprendre le désamour qu’une majorité de Français éprouvent à son égard. Ce rejet, il l’analyse très vite. Il a, dans un premier temps, besoin de se faire oublier. Mais en même temps, il est déjà dans un travail de l’ombre, celui de ne pas laisser le parti aux "vampires", ses rivaux qui ont bien l’intention de ne pas lui laisser l’occasion de sortir la tête de l’eau. Il est donc dans une stratégie de l’éloignement à proximité, si je puis dire.

Vous évoquez dans votre livre une forme de "cohabitation" à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy entre ce dernier, François Fillon et Alain Juppé, les trois plus grandes figures de l'UMP à l'époque. Or, il semblerait que François Fillon et Alain Juppé souhaitaient tous deux voir Nicolas Sarkozy disparaître du paysage politique, mais n'ont pas réussi à arriver à leurs fins. Pour quelles raisons d'après vous ?

Durant les deux premières années de "l’exil" de Nicolas Sarkozy, ses deux rivaux, Alain Juppé et François Fillon, commettent alors plusieurs erreurs. Ils ne tuent pas le "battu", il le laisse en état de respiration artificielle, d’abord parce qu’ils n’aiment pas l’odeur du sang, mais surtout parce qu’ils ne font pas cause commune. Une alliance Juppé-Fillon aurait été dévastatrice pour Nicolas Sarkozy. Ils font cavalier seul, ne font pas main basse sur le parti, parce qu’ils n’ont, ni l’un ni l’autre, le goût du contrôle des appareils politiques. Juppé croit qu’il n’a pas besoin de l’UMP pour gagner. Il s’appuie sur l’expérience des socialistes, avec un François Hollande qui l’emporte à la primaire contre Martine Aubry, patronne du PS. Fillon, lui, rate son abordage de l’UMP, avec la crise qu’on a connu dans son affrontement brutal avec Jean-François Copé. Durant cette période, Sarkozy, en coulisses, est à la manœuvre. Copé est son homme de mains, chargé de lui garder le parti pour des jours meilleurs.

A la lecture de ce livre, on constate que Jean-François Copé a longtemps incarné à partir de 2010 le rôle du plus fidèle soutien à Nicolas Sarkozy parmi les figures de l'UMP. Aujourd'hui, il semble être le plus virulent envers lui parmi les candidats à la primaire de la droite et du centre. Que s'est-il passé entre-temps ? Cette prise de distance est-elle uniquement due à l'affaire Bygmalion, ou y a-t-il quelque chose de plus profond entre les deux ?

Oui, vous avez raison. Copé a été un véritable chef de guerre totalement dévoué à l’ancien chef de l’Etat. Il était le premier des sarkozystes. Sa dévotion était même suspecte tant elle était sur-jouée. Après la désastreuse élection de la présidence de l’UMP, entre François Fillon et lui, Nicolas Sarkozy cherche une nouvelle tête, plus consensuelle, mais qui lui soit fidèle, pour diriger le parti en crise. Il n’en trouve pas. Il le propose même à Juppé qui ne veut pas se "salir les mains"… Sarkozy est contraint de maintenir Copé mais ce dernier comprend que sa stratégie est vouée à l’échec. L’ex-président ne lui fait plus confiance politiquement. Copé va alors jouer sa propre carte. L’affaire Bygmalion est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La suspicion s’est transformée en haine quasi-incontrôlée chez Copé, ce qu’on voit durant cette primaire. Et puis, enfin, par certains aspects, Copé ressemble tellement au Sarkozy des années 1990, avec ce côté flibustier, sûr de son talent, prêt à tout pour gagner. Ce frère jumeau de Sarkozy a un peu l’image d’un Brutus en devenir. Comme deux atomes d’un même signe qui se repoussent, les deux hommes ne peuvent vivre une alliance sérieuse et confiante.

Pour ce qui est des rapports entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, vous dites que "ce n'est pas un malentendu qui les sépare, c'est un gouffre". Alors qu'ils sont aujourd'hui tous deux en position de remporter l'investiture des Républicains pour la présidentielle, comment sont les rapports entre les deux hommes ?

Ils ont adopté une posture de distance prudente dans leurs relations personnelles. Ils ne se détestent pas mais ils n’ont jamais vraiment soldé la haine des années Chirac, l’époque de la rivalité entre les clans balladuriens et chiraquiens. Alain Juppé avait alors payé le prix fort, avec sa condamnation pénale et son exil au Québec. La stratégie d’Alain Juppé, aujourd’hui, est d’avancer selon la stratégie de l’anguille. Etre insaisissable, éviter les combats politiques au corps-à-corps. Dans un premier temps, il semble que cette tactique a payé en termes de sondages. Sarkozy, lui, au contraire, cherche à l’attaquer au foie, il multiplie les uppercuts pour le faire sortir de cette posture du sage silencieux. L’opération anti-Bayrou fait partie de ce travail de sape contre Juppé. Prouver que les convictions de droite de Juppé sont en flanelle… Nous saurons le 20 novembre si cette stratégie de Sarkozy a payé.

Entre les attaques du pouvoir socialiste, celles de ses rivaux à droite et les affaires de justice qui lui collent aux basques, comment peut-on rationnellement expliquer que Nicolas Sarkozy ait pu revenir à la tête de l'UMP (devenue Les Républicains) et être aujourd'hui en position d'espérer se représenter à l'élection présidentielle ?

C’est tout le sens de mon livre. Je ne suis pas un journaliste idéologue et, donc, je ne fais pas partie de la corporation des inquisiteurs. Je m’intéresse à l’aspect romanesque des hommes et des femmes politiques, à la dramaturgie des situations. Or, le retour en première ligne d’un Président battu, rejeté, vilipendé, jeté aux orties, même par les siens, relève de l’exploit, voire du miracle. Il faut une force de caractère, une habileté politique, une énergie, hors du commun. Quoi qu’on pense des excès de l’homme politique, il était le seul, à droite, qui me donnait envie d’écrire sur lui. Mon récit est une forme de saga d’un Edmond Dantès de la politique, sorti des geôles de la défaite et qui refait surface sabre au clair. Le mystère Sarkozy ? Il le dit lui-même dans le livre. Il aime la vie plus que tout et la politique, selon son expression, c’est "la vie à la puissance 10".

Propos recueillis par Benjamin Jeanjean

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