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Le groupe de rock Indochine a créé la polémique avec son nouveau clip "College boy".
Le groupe de rock Indochine a créé la polémique avec son nouveau clip "College boy".
©Indochine/Twitter

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College Boy : montrer la violence peut-il vraiment avoir des vertus éducatives ?

Le groupe de rock Indochine a créé la polémique avec son nouveau clip « College boy ». La vidéo met en scène des adolescents qui persécutent l’un d’entre eux, jusqu’à la crucifixion et la mort. Les vidéos violentes ont-elles des impacts éducatifs ? En quoi montrer la violence peut-elle être bénéfique ?

Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Atlantico : Le récent clip de "College boy" du groupe Indochine montre un adolescent qui se fait martyriser, crucifier puis exécuter. Alors que le CSA s'interroge sur sa diffusion, le leader du groupe défend qu'il pourrait avoir des vertus éducatives. Qu'en est-il réellement : montrer la violence peut-il avoir des vertus éducatives ? Si oui, lesquelles ?

Pierre Duriot :Après visionnage du clip, le moins que l’on puisse dire est qu’il a été pensé avec justesse. Tous les ingrédients de la violence ordinaire sont présents et le réalisateur évite même les écueils. A savoir, la violence monte crescendo, elle vise un garçon ordinaire et on n’en connait pas la cause. Les adultes ayant responsabilité tournent pudiquement la tête et au final, la force publique cherche plus à expliquer le comportement des agresseurs qu’à se soucier du sort de la victime. Il évite habilement l’écueil racial en ne choisissant pas une victime « institutionnelle », le jeune persécuté n’est pas de couleur. Par contre, le public aux yeux bandés est lui, multiculturel, à l’image donc de la société coupable toute entière de ne pas voir. En cela, cette réalisation dépeint une réalité avec beaucoup d’exactitude mais par contre, une image brute comme celle là n’a aucune chance d’avoir la moindre vertu pédagogique. Ce qui donne une dimension pédagogique à une image ou un événement c’est l’exploitation qui en est faite, avec l’aide d’un adulte bénéficiant d’un statut d’éducateur, qui va amener le ou les jeunes à la discussion et la réflexion. Il faut « médiatiser », au sens « introduire une médiation » pour expliquer et mettre à distance le message brut et le transformer en message pédagogique. Par exemple, quand en histoire, un professeur évoque l’Holocauste avec des images terrifiantes de camps de concentration, à aucun moment il ne laisse les élèves gérer seuls l’impact du document. Il y a fort à craindre que tout le contraire se produise avec ce clip et qu’il soit visionné par des enfants très jeunes sans la moindre explication. Les « vertus éducatives » ont bon dos.

Comment fixer la limite entre des images chocs pour dénoncer une certaine réalité (type prévention routière) et des images traumatisantes pour les ados ? 

Il n’y a pas de limites à proprement parler entre les images à vocation pédagogique et les autres. Il y a une culture en fonction des pays. Par exemple, en matière de prévention routière, il est d’usage, dans les pays anglo-saxons, de montrer la réalité de manière beaucoup plus crue qu’en France. Encore une fois, tout dépend des conditions dans lesquelles le jeune voit ces images. S’il doit gérer seul ses affects après visionnage, on est sûr que l’objectif ne sera pas atteint. Et plus l’enfant est jeune, moins il a d’outils à sa disposition pour expliquer et distancier ce qu’il voit. Il ne faut pas se focaliser sur les adolescents mais toujours penser que les images diffusées en leur direction vont systématiquement toucher aussi les enfants en bas âge et les adultes. Il est impératif que ces derniers, parents, enseignants, cadres divers, soient présents pour aider le jeune à comprendre et à entamer une réflexion sur ce qu’il voit.

Quels sont les risques pour les jeunes de visionner des images brutales trop tôt ? 

On ne peut pas parler de risque pour « les jeunes ». Chacun va réagir en fonction de son vécu, de la violence qu’il subit ou qu’il a en exemple dans sa vie, en fonction du contexte dans lequel il est soumis à des images violentes, en fonction de sa capacité à expliquer ce qu’il voit et à différencier la réalité de la fiction, à sérier la violence des actualités de celle d’un film. Ceci dit, de manière globale, la confrontation précoce à la violence n’est évidemment pas à conseiller. Il est pourtant important d’y initier l’enfant, parce que cette violence fait partie intégrante de la personnalité humaine et de la nature en général, pour qu’il soit à même d’apprendre à la gérer et à l’exploiter. Par exemple, transformer la violence brute en volonté de gagner dans les règles lors d’une compétition sportive. C’est ce que l’on va appeler communément la « socialisation », cette capacité à vivre ensemble en apprenant à verbaliser et gérer ses pulsions violentes pour empêcher le passage à l’acte. Evidemment, le trop plein, trop tôt, d’images et d’actes trop violents, dont beaucoup vont échapper à la réflexion avec un adulte ne va pas permettre une construction idéale en rapport avec le développement de l’enfant. Si cette violence a de tous temps été une composante de la jeunesse, on s’aperçoit dans nos sociétés occidentales modernes, d’un glissement progressif vers un type de violence nouveau, plus soudain, plus gratuit, plus grave. Et effectivement, les passages à l’acte ou le nombre de personnes susceptibles de passer à l’acte vont augmenter et résonner encore plus fort à travers une société moderne où l’information circule en temps réel. En résumé : ne pas laisser les enfants seuls face à des images ou des jeux violents.

Films, journaux télévisés, séries : la violence audiovisuelle s'est-elle banalisée ?

Ce n’est pas simplement la violence audiovisuelle qui s’est banalisée, c’est une nouvelle forme de violence tout court, typique des sociétés modernes et qui prend de multiples formes pour s’attaquer à l’ensemble du corps social. Les images télévisuelles ne sont qu’une facette, les tabassages entre adolescents filmés avec les téléphones portables, une autre facette. Elles font la une des journaux car elles sont spectaculaires et exploitables visuellement tout de suite. Mais l’avènement de la société violente dans sa forme actuelle est bien plus insidieux. Il commence par un lexique langagier violent, utilisé très tôt, peu réprimé et entré dans les mœurs. Par des gestes violents des tout-petits peu réprimés eux non plus : « Ils sont encore jeunes… ». Par une violence visible par l’enfant, dans le couple, en voiture, en famille, à l’école, dans la manière dont on se parle, dont on se comporte les uns envers les autres. Par une violence subie par l’enfant, de la part d’adultes ou de camarades et qui n’est ni verbalisée ni légitime. Par des films où la violence du héros est magnifiée, légitimée, érotisée et où tout est fait pour que le spectateur puisse s’identifier au héros et légitimer ainsi sa propre violence. Et puis il y a la violence sociale étalée tous les jours à la une, celle qui consiste, entre autres, à jeter à la rue du jour au lendemain, pour des motifs économiques inexplicables et lointains, des parents qui se retrouvent ainsi, par la violence qu’ils subissent eux-mêmes, bien en peine d’éduquer des enfants sur qui se répercute une part de cette insécurité. On peut dire que les violences se cumulent et effectivement se banalisent d’autant mieux qu’elles sont nombreuses et que la vitesse de l’information empêche leur traitement intellectuel et pédagogique. Pour cause de vitesse de l’information et faute de temps, l’explication médiatique de la violence se réduit souvent à désigner « les bons » d’un côté et « les méchants » de l’autre et légitimer ainsi la violence des « bons » c'est-à-dire légitimer la violence tout court.

La lutte contre cette violence moderne, puisque l’on s’en émeut, passe bien par l’apprentissage précoce d’une capacité individuelle de chacun à gérer ses propres pulsions de manière à diminuer sa propension à passer à l’acte individuellement ou en groupe : ce n’est pas voie qui a été choisie. Plutôt que de travailler sur l’humain et le « vivre ensemble » depuis l’apparition de ces violences « modernes », on a préféré travailler majoritairement, quasiment dans le monde entier, sur la sécurisation des espaces urbains, par des systèmes d’alarmes, des caméras, des portes automatiques et une surveillance par des policiers ou des vigiles. Ces derniers par exemple, n’existaient pas en France dans les espaces publics voici trente ans. Alors si l’on peut certes pointer la violence audiovisuelle comme l’une des responsables de la banalisation, en faire la seule coupable serait un grand tort.

 Propos recueillis par Manon Hombourger

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