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Christophe Caresche avec Jean-Christophe Cambadélis, décembre 2014
Christophe Caresche avec Jean-Christophe Cambadélis, décembre 2014
©Reuters

Interview politique

Christophe Caresche : "L’une des plus grandes victoires idéologiques du Front national est d'avoir réussi à faire croire que la gauche, comme la droite, avait abandonné le peuple !"

Alors que la candidature de François Hollande à la primaire de la gauche n'a toujours pas été annoncée, le député PS de Paris,proche de Manuel Valls, Christophe Caresche, réaffirme son soutien à l'actuel président, bien que faisant le constat d'une situation politique confuse aussi bien à droite qu'à gauche qui pourrait coûter cher à son parti lors de la présidentielle de 2017 si elle n'est pas éclaircie.

Christophe Caresche

Christophe Caresche

Christophe Caresche est député de Paris du 18e arrondissement, membre du Parti socialiste.

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Atlantico : Membre du bureau national du PS, du courant des réformateurs, vous soutenez François Hollande et le gouvernement. Plusieurs informations ont fait part de défections au sein de son équipe à l'Elysée, et les sondages donnent toujours de mauvais scores à François Hollande dans le cas où il se représenterait en 2017. Croyez-vous toujours en ses chances ? Qu'est-ce qui aujourd'hui pourrait permettre d'imposer une candidature Hollande dans les esprits ?

Christophe CarescheJ’ai toujours considéré qu’il y avait une logique institutionnelle et politique forte, conduisant à ce que le président de la République puisse se représenter. Sur le plan institutionnel, le président sortant a naturellement vocation à renouveler son mandat. La limitation dans le temps à deux mandats consécutifs le suggère implicitement. Il faut, d’ailleurs, constater que tous les présidents de la Vème République, sans exception, ont décidé de se représenter à l’issue de leur premier mandat. C’est aussi la règle, sauf accident, dans un pays comme les Etats-Unis, autre régime présidentiel. Sur le plan politique, il n’est pas possible pour un parti ayant exercé la responsabilité du pouvoir de se représenter sans assumer le bilan de l’action qui a été menée. De ce point de vue, le fait que le président de la République ne puisse se représenter serait, en soi, un aveu qui condamnerait son camp. Aux yeux des Français, le bilan engage tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, à l’action du gouvernement. Je ne crois pas à une candidature émanant de la majorité qui prospérerait sur une critique de l’action de cette même majorité ! Le président de la République ayant exercé la plus haute responsabilité est le mieux à même de défendre son action et de proposer de la prolonger.

Pour le moment, la situation politique est confuse car on ne connaît pas l’offre politique à droite, et que la gauche se complaît dans une critique autocentrée et autodestructrice. Il faut espérer que la droite ayant désigné son candidat, un débat d’une autre nature s’engage, notamment sur les propositions des uns et des autres. Les Français pourront, alors, comparer les projets et les programmes. Dans ce cadre, je ne doute pas que François Hollande pourra mieux se faire entendre, notamment sur son bilan, qui ne manquera pas d’être réévalué. Sinon, la gauche sera purement et simplement "zappée" de l’élection présidentielle et marginalisée de la vie politique pour longtemps. 

Vous êtes un proche de Manuel Valls. Comment se pose-t-il la question de sa propre candidature dans ce contexte ?

Manuel Valls est très clair sur ses intentions et soutiendra une éventuelle candidature du président de la République. Il ne se pose, donc, pas la question de sa propre candidature. Mais il entend être très actif dans la période et se faire entendre, en cohérence avec le président. C’est une équipe qui mènera la bataille de la présidentielle autour du président de la République. Il sera le premier de cordée.

Dans une interview accordée à France bleue mi-septembre, vous avez déclaré que Manuel Valls était celui qui avait tenu la boutique pendant cinq ans. Qu'entendez-vous par là concrètement ?

Depuis que Manuel Valls est ministre de l’Intérieur, et plus encore Premier ministre, il m’a impressionné par sa solidité. Il avait d’autres qualités, que je connaissais, mais il s’est révélé au pouvoir par son sens de l’Etat et sa capacité à conduire les affaires du pays, dans un contexte très difficile. Oui, je pense qu’il a tenu la boutique et que les Français lui en seront reconnaissants.

Le nombre de personnes à la recherche d'un emploi a fortement augmenté au mois d'août, après une séquence de baisse, et malgré le plan formation pour 500 000 chômeurs. De même, les prévisions pour la croissance en 2016 ont été revus à la baisse de 0.3 points par l'Insee. Croyez-vous toujours à une reprise économique, et à une inversion de la courbe du chômage ? Si le candidat du Parti socialiste était issu du gouvernement, comment pourrait-il défendre son bilan ?

La France est en train de sortir de la crise après plusieurs années de stagnation. Même si ce retour de la croissance est erratique, il est bien là. La France crée à nouveau des emplois, la situation des entreprises s’améliore et l’industrie se redresse. Cette tendance devrait se confirmer dans les mois qui viennent. Certes, cette reprise reste encore trop incertaine. J’y vois, pour ma part, la nécessité de prolonger et d’amplifier la politique de l’offre que nous avons engagée avec le Cice et le pacte de responsabilité.

Cette politique, on le sait, ne produira des résultats que dans la durée. Ainsi, la restauration des marges des entreprises n’a pas encore produit tous ses effets sur l’investissement, mais cela viendra. Il faut dire aux Français que ce type de politique met du temps à donner des résultats. Nous ne l’avons, peut-être pas, suffisamment expliqué. Mais le pire serait de s’arrêter au milieu du gué et de dissiper les efforts qui ont été accomplis par les Français. Je suis très inquiet des projets, que je vois fleurir à droite, qui proposent de laisser filer les déficits, pour mener des réformes. On aura, comme à chaque fois, les déficits mais pas les réformes ! Il faut que sur ce point le débat présidentiel éclaire les Français car certains candidats, à droite, proposent des scénarios très inquiétants.

Au regard des bons résultats d'Emmanuel Macron dans les sondages et dans l'hypothèse où il se présenterait en 2017, pensez-vous toujours qu'il "n'ira pas jusqu'au bout" ? Comment ces bons sondages sont-ils pris dans l'équipe gouvernementale ?

Bien qu’appréciant l’homme et ses idées, j’ai toujours été réservé sur une éventuelle candidature d’Emmanuel Macron. Je ne crois pas à la stratégie de la table rase même si je reconnais, bien volontiers, que le système politique doit évoluer. L’avenir dira qui avait raison !

Dans un discours prononcé à l'Institut Jacques Delors, François Hollande a appelé de ses vœux les architectes de l'Europe à en rétablir les fondements. Selon lui, l'Union européenne serait en péril, et vivrait une "crise de sens". Quel diagnostic faites-vous de cette crise de sens, et qu'est-ce que François Hollande a fait pour y répondre, sur le plan des résultats ?

Il est incontestable que l’Europe a épuisé, en partie au moins, la dynamique qui la faisait progresser. Les peuples se détournent, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, de cette construction à laquelle ils étaient si attachés après guerre. Mais en faisant ce constat, très partagé, il faut se garder de deux choses. La crise européenne ne s’est pas nourrie seulement des insuffisances réelles des institutions européennes, mais aussi de la manière perverse avec laquelle les dirigeants des nations européennes ont, parfois, joué avec l’Europe. C’est très clair avec le référendum sur le Brexit qui n’est décidé, au départ, que pour des raisons intérieures. On pourrait aussi évoqué le référendum sur les réfugiés en Hongrie. Certains dirigeants de pays européens n’ont cessé de monter les peuples contre l’Europe. Ce que je constate c’est qu’à l’heure de l’addition? les ardeurs faiblissent. Les Anglais veulent quitter l’Europe, mais donnent le sentiment de tout faire pour y rester. Les Hongrois ont refusé la stratégie de tension de leur premier ministre, en ne participant pas au référendum, car ils savent ce que l’Europe leur apporte. Bref, l’Europe est très critiquée, mais personne ne veut en sortir. C’est encore plus vrai pour l’euro. Cela signifie que le lien, au moins de raison, n’est pas aussi distendu que les apparences le laissent croire. Ensuite, l’Europe continue de progresser, souvent à bas bruit et pas suffisamment rapidement. Mais on aurait tort de sous-estimer ses avancées, par exemple dans le secteur bancaire et financier. C’est pourquoi je reste optimiste, à condition que les Européens se mobilisent pour défendre une construction qui reste indispensable à notre avenir.

Le président a également énuméré les différentes crises que l'UE a vécu ces dernières années comme celles de la Grèce, de l'Espagne, de l'Italie, des migrants et du Brexit. Comment analysez-vous le fait que l'Europe n'arrivent pas à prévoir les problèmes auxquels elle est confrontée ?

L’Europe a toujours fonctionné par des compromis successifs entre les Etats qui la composent. Tant que ces compromis ne sont pas nécessaires il n’y a pas de raison que les Etats les concèdent ! C’est pourquoi l’Europe donne le sentiment d’être toujours en retard d’une crise. Elle n’agit bien souvent que dans l’urgence et au bord du gouffre. Ce mode de fonctionnement, dans un monde où les crises se multiplient, atteint ses limites. Pour cela il faut aller vers une Europe plus politique, en lui donnant les moyens d’anticiper et de décider. Mais soyons lucide; cette vision "politique" de l’Europe est très française. Beaucoup de pays ne sont pas disposés à y adhérer.

C’est pourquoi elle ne pourra exister que si la France est capable d’entraîner d’autres pays avec elle. Pour cela, il faut que la France retrouve confiance en elle-même.

Nicolas Sarkozy se rend à un meeting dimanche avec pour thème le "déclassement". Face à une droite qui s'emparerait des dérives possibles de la mondialisation, comment la gauche, et a fortiori son courant social-libéral auquel vous adhérez, peut-elle se démarquer ?

C’est peut-être l’une des plus grandes victoires idéologiques du Front national que d’avoir accrédité l’idée que la gauche, comme la droite, avait abandonné le peuple ! La vérité, c’est que la société française a profondément changé, que sa structuration sociale s’est diversifiée et que les partis politiques sont confrontés à des demandes très contradictoires. La vérité, c’est que la France est entrée, à partir des années 2000, dans une période de déclin économique et que son modèle social n’est plus soutenable financièrement. Même si la tentation existe toujours, la solution qui consistait à distribuer de l’argent public pour apaiser les revendications sociales n’est plus praticable. Avec  le mur de la dette, nous sommes entrés dans un nouveau monde où l’Etat providence atteint ses limites. La gauche au pouvoir a essayé de tirer les leçons de cette nouvelle situation mais elle s’est heurtée au mieux à une incompréhension, au pire à une hostilité de la part de ceux qui refusent de partager ce constat. Pourtant, je reste persuadé que le pire, dans ce moment, serait de ne rien faire et de se replier sur une vision nostalgique. Il faut aller encore plus loin dans la restauration de notre économie, dans la réforme de notre modèle social et de l’Etat qui reste à faire. C’est à cette condition  que ceux qui se sentent aujourd’hui exclus ou déclassés retrouveront un espoir.  

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