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Choose France : voilà pourquoi l’attractivité de l’Hexagone n’a que très peu à voir avec la manière dont le pays est gouverné
©Reuters

Faux-semblant

Choose France : voilà pourquoi l’attractivité de l’Hexagone n’a que très peu à voir avec la manière dont le pays est gouverné

Le baromètre de l'attractivité industrielle publié par Ernest & Young montre que la France reste encore le pays le plus attractif d'Europe, du moins pour 2018.

Mathieu  Mucherie

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Atlantico : Cette attractivité peut-elle s'expliquer par les initiatives d'Emmanuel Macron dans le champ de la communication, à l'image de "Choose France" qui se déploie sous nos yeux à Versailles actuellement ? 

Mathieu Mucherie : Déjà en tant qu'économiste, j'ai un problème avec le concept d'attractivité. De même que tous les économistes professionnels ont de gros problèmes avec le concept de compétitivité, qui en règle générale, est considéré comme un terme cousin. Il y a de grosses difficultés avec ces termes journalistiques qui sont très marqués et très mal définis, dont les périmètres changent aux grès des agences de consulting ou de communication. Il vaut donc mieux préférer la méthodologie macroéconomique. Si nous suivons les indicateurs d'attractivité, la France est un Eldorado. Dans ce cas-là, on ne comprend pas très bien ce que font les gens dans la rue à manifester, que ce soit les gilets jaunes ou les autres... On ne voit pas non-plus très bien pourquoi les classes d'actifs françaises restent si basses, avec des taux d'intérêt japonisant d'un côté, et des actions qui ont accumulé un retard d'attractivité - pour le coup - depuis dix ans, par rapport aux autres indices mondiaux. Donc pour moi l'attractivité peut se percevoir d'un point de vue macroéconomique. Est-ce que la France fait de la croissance ? Est-ce que les perspectives nominales et réelles sont convenables ? Est-ce que l'emploi est sur une bonne voie ? Ensuite il y a une attractivité que l'on peut percevoir par certaines classes d'actifs, une attractivité plus financière qui peut indiquer éventuellement une meilleure attractivité macroéconomique. Dans aucun de ces domaines, la France ne fait de bonne performance - ni avant Macron, ni après Macron. Il n'y a d'ailleurs aucun changement. 

Je pense que cette méthode est la plus sérieuse. Après qu'il y ait des efforts du pouvoir en place, déjà depuis 2014-2015, pour que quelques entreprises considèrent mieux la France et pour que notre pays, d'un point de vue de politique étrangère, soit considéré comme un peu plus "attractif" dans le sens vague du terme, oui, il y a sans doute de véritables efforts. Le CICE est à ce niveau-là. Les résultats sont malheureusement assez insignifiants du point de vue macroéconomique. Il faudrait aussi faire une évaluation contra-factuelle et une évaluation en net de ces politiques, puisque de gros efforts sont faits pour attirer financièrement quelques entreprises, mais quels sont les retours en net, ce que cela donne n'est pas évident. En tout cas, tout cela ne joue qu'à la marge puisque la France est un pays où la croissance est essentiellement domestique. Les investissements directs étrangers ne jouent que très marginalement. Il s'agit donc principalement d'un thème de communication et de politique étrangère. 

Mais pour un économiste, le vrai enjeu de compétitivité et d'attractivité se résume à un positionnement de taux de change nominal et de taux de change réel. La question sérieuse se pose donc : avons-nous un euro surévalué ou pas ? Il est très probablement que nous ayons un euro surévalué, puisque nous avons une inflation qui est en dessus de la cible depuis deux décennies. Deuxième élément, est-ce que la France fait un effort dans le domaine réglementaire, dans le domaine fiscal, pour ne pas gâcher des opportunités, et là tout indique qu'il y a de sérieuses marges d'amélioration. Ce n'est pas en recevant à Versailles que tout cela changera. 

Le volontarisme de Macron finira-t-il par se heurter aux mouvements sociaux hostiles qui se sont déployés en France ? Est-ce que ces derniers jouent peuvent effrayer les investisseurs ?

C'est très compliqué à évaluer. La confiance des investisseurs ne se manipule facilement, ne se contrôle pas facilement, et ne se traduit pas nécessairement par des actes. Par exemple, l'attractivité de la France qui a l'air de se renforcer depuis quelques années est-elle le résultat des politiques des gouvernement Hollande et Macron, ou s'agit-il plutôt d'un effet de la dégradation de la situation de nos trois grands voisins ? On ne peut pas trop savoir ; les choses vont assez mal en Italie et en Espagne, il y a le dossier du Brexit, un modèle allemand qui doit se redéfinir. La France apparaît actuellement comme le seul grand pays de l'Europe pro-business. Sans vouloir diminuer les efforts internes de nos gouvernements, il y a un facteur international fort. 

Deuxièmement, la confiance est un élément composite. On peut avoir plus de confiance quand un train de réformes structurelles sont mises en place. Mais les investisseurs restent des profils sceptiques. Il faut les rassurer dans le temps, et leur indiquer qu'il y a de faibles probabilités de troubles politiques - comme l'élection de Marine Le Pen, qui reste un risque possible pour 2022. Il faut leur indiquer que les vraies réformes dont la France a besoin peut se mener et s'imposer dans la durée. Ce qui n'est pas le cas de la réforme des retraites actuellement par exemple. Il y a des réformes que les investisseurs attendent de la France et qui ne sont pas du tout engagés. En premier lieu, une véritable simplification de l'administration et de la fiscalité, que l'on attend maintenant depuis des décennies. En second lieu, une réforme de l'urbanisme qui serait aussi très utile. 

Par conséquent, la confiance est multifactorielle et comparative, donc très variable dans le temps. Cela peut donc se fonder sur un malentendu et sur des cycles cours. 

Quelles sont alors les véritables réformes clés qui pourraient donner plus de solidité aux décisions d'investissement en France ?  

Macron devrait probablement consacrer moins d'énergie pour recevoir des grands patrons à Versailles et plus pour négocier un taux de change de l'euro plus favorable à l'économie française. S'il n'y a pas d'inflation en zone euro, c'est que l'euro est surévalué. C'est la responsabilité du Conseil des ministres en Europe, l'ECOFIN. Le ministre français des finances devrait défendre une réforme de la politique monétaire. La France devrait se battre pour une véritable détente monétaire. On pourrait imaginer un jour que la France un jour pour le bien commun et ses intérêts, donc pour une détente monétaire qui ferait beaucoup de bien à nos entrepreneurs, à nos exportateurs.

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