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Star Wars, épisode 7 : 
la Chine grignote son retard dans la conquête spatiale
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L'empire chinois contre-attaque

Star Wars, épisode 7 : la Chine grignote son retard dans la conquête spatiale

La Chine devrait envoyer ce jeudi dans l'espace son module inhabité "Tiangong-1" en vue de construire une station orbitale permanente. Après avoir envoyé un homme dans l'espace en 2003, la Chine fait un nouveau pas dans la conquête spatiale. 30 ans trop tard ?

Jacques Villain

Jacques Villain

Jacques Villain est ingénieur, spécialiste de l'histoire de la conquête spatiale, membre de l'Académie de l'Air et de l'Espace.

Il est l'auteur de Irons-nous vraiment un jour sur Mars ? (Vuibert, février 2011)

 

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Atlantico :  La Chine devrait envoyer ce jeudi dans l'espace son module inhabité "Tiangong-1". Quels sont les enjeux d'un tel événement ?

Jacques Villain : Ce que les Chinois sont en train de faire, en mettant une petite station en orbite, c'est ce qu'on fait les Russes en 1971 ou les Américains en 1973. L'objectif des Chinois est de créer une station orbitale permanente de type Mir avec des modules aux alentours de 2017. Ils sont en train de réacquérir ce qu'ont fait leurs prédécesseurs. Il n'y a pas d'avancée spectaculaire, juste un pays qui se met au niveau des deux autres grandes puissances spatiales.

Pourquoi les Chinois poursuivent-ils ce programme spatial ?

Ca fait 40 ans que les Chinois sont dans l'espace. La Chine a envoyé son premier satellite en 1970 et son premier taïkonaute en 2003. La Chine poursuit, comme de nombreuses nations, un certain nombre d'activités dans le domaine spatial qui ont trait à l'espace militaire, aux applications, aux télécommunications, à l'observation de la Terre.

Elle a aussi des vols habités, comme la Russie, les Etats-Unis et l'Europe, sauf que, contrairement à l'Europe, elle est capable d'envoyer elle-même ses astronautes. Ils n'ont jamais affiché un objectif militaire. Ils lancent des satellites électroniques, des satellites militaires, des satellites d'observation, comme tout le monde.

Les Chinois sont-ils au même niveaux que les Américains et les Européens ?

En matière de lanceurs spatiaux, que ce soit les Américains, les Russes ou les Chinois, ils sont tous au même niveau. Ils font des moteurs à hydrogène-oxygène : tout le monde est capable de lancer des satellites. En ce qui concerne les satellites chinois, ils en vendent à certains pays, comme le font les Européens, les Américains, les Russes …

Mais quel coût et quels intérêts financiers ont-ils dans ce programme spatial ?

Aucun coût des programmes spatiaux chinois n'a jamais été publié. Ils ont des lanceurs spatiaux comme ceux des autres, mais ils ne sont pas présent sur le marché commercial, où se trouve Ariane des Européens et Proton des Russes. C'est un petit créneau, seulement 2 milliards de dollars.

C'est une erreur de se dire que la Chine est la puissance qui va dominer l'espace. Pour l'instant elle se met au niveau, et on verra ce qui se passe dans dix ans. Il faut aussi voir si les Américains réagissent ou pas. Ce n'est pas impossible, bien que les programmes spatiaux américains et russes soient en stand-bye. Les Américains n'ont plus de lanceur spatial pour lancer leurs astronautes, ils doivent passer par les Soyouz Russes, ainsi que les Européens. L'espace est donc au creux de la vague plutôt que dans une dynamique de croissance.

Y a-t-il à terme l'ambition de retourner sur la Lune ?

Personne ne dépense d'argent pour aller sur la Lune ou Mars. Les Chinois envoient des sondes automatiques. Il y a deux ans, les Chinois, les Japonais et les Indiens ont envoyé des sondes automatiques autour de la Lune, les pays asiatiques ne se contentent plus de tourner autour de la terre, mais envoient des sondes vers la Lune.

Pourquoi les Chinois font-ils la même chose que les Américains et les Russes, mais 30 à 40 ans plus tard ?

La sonde chinoise envoyée il y a deux ans n'a pas apporté grand chose, mais la sonde indienne a apporté de nouveaux éléments quant à la présence d'eau sur la Lune. Il y a eu de l'argent investi mais pas beaucoup de résultat.

Cependant le problème n'est pas là, ils désirent rentrer dans le club des grandes nations spatiales. L'espace est un domaine de prestige et un domaine stratégique. Si on est capable de démontrer qu'on peut tourner autour de la Lune avec une sonde automatique, on prouve au monde qu'on est un pays scientifiquement avancé. L'Iran, par exemple, lance ses satellites, et appartient au club fermé des 10 nations qui parviennent à cette prouesse. C'est non négligeable du point de vue du prestige.

Il ne faut pas oublier que l'espace, ce n'est pas que de la science. L'espace c'est montrer aux autres qu'on est une nation scientifiquement évolué, et qu'on peut discuter avec le reste des grandes puissances. Il y a donc une dimension politique très forte. 

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