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Charlotte Gainsbourg, Emma Luchini, Pierre Rochefort... Comment les noms "des fils et filles de..." favorisent l'attribution des Césars
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Bonnes feuilles

Charlotte Gainsbourg, Emma Luchini, Pierre Rochefort... Comment les noms "des fils et filles de..." favorisent l'attribution des Césars

Interminable est la liste de ces enfants de chanteurs, d’acteurs, ou d’animateurs télé, ou bien héritiers d’un empire économique qui occupent, à la suite de leurs parents, la une des médias. Cette enquête édifiante révèle que les dynasties ne se sont jamais aussi bien portées que dans la France d’aujourd’hui. Extrait de "Fils et filles de... Enquête sur la nouvelle aristocratie française", de Aurore Gorius et Anne-Noémie Dorion, publié aux éditions La Découverte (2/2).

Anne-Noémie Dorion

Anne-Noémie Dorion

Anne-Noémie Dorion est journaliste indépendante. Elle a travaillé à France-Soir puis au Figaro. Elle réalise des enquêtes et des reportages principalement pour le magazine Le Point dans les domaines des faits de société et de l’éducation.

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Aurore Gorius

Aurore Gorius

Aurore Gorius est journaliste. Elle a publié avec Michaël Moreau, La CFDT, ou la volonté de signer (Hachette,littérature, 2006). Elle signe également les ouvrages suivants, aux éditions La Découverte : Les Gourous de la com' (2011) et Fils et Filles de... (2015)

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En vingt-deux ans d’existence, les Césars ont ainsi consacré une douzaine d’enfants issus de familles d’artistes ou de profes- sionnels du cinéma, parmi lesquels Vanessa Paradis en 1990, qui fut parrainée à ses débuts par son oncle, le comédien Didier Pain. Mais aussi Guillaume Depardieu six ans plus tard, Robinson Sté- venin, le fils de l’acteur Jean-François Stévenin, en 2002, puis Louis Garrel, fils du réalisateur Philippe Garrel, en 2006, et Izïa Higelin, fille du chanteur Jacques Higelin, en 2013. La liste s’allonge encore si on tient compte des nombreuses nominations. Comme, pour ne citer qu’eux, Emmanuelle Béart, nommée en 1985 et 1990, Chiara Mastroianni, Laura Smet, Félix Moati ou Pierre Rochefort… Censé révéler les nouveaux talents, le meil- leur espoir a donc célébré à maintes reprises des « fils et filles de ». Les petits princes du cinéma font mouche dans cette catégorie. En 2013, elles sont même trois, sur les cinq jeunes femmes nommées, à être des filles d’artistes (Izïa Higelin, Lola Dewaere et Alice de Lencquesaing, fille de l’acteur et réalisateur Louis-Do de Lencquesaing). Côté garçons, les « fils de » ont déjà battu ce record en 1994, puisque quatre des cinq nommés (Guillaume Depardieu, Mathieu Kassovitz, Christopher Thompson, fils de la réalisatrice Danièle Thompson, et Melvil Poupaud) avaient un père ou une mère dans le cinéma.

Pourtant, certains n’ont pas encore eu le temps de faire leurs preuves : Charlotte Gainsbourg est récompensée pour son second film, Izïa Higelin pour son premier. On pourrait rétorquer que la gratification distingue justement ceux qui ont peu d’expérience,et ne font qu’entamer leur carrière. Sauf que les couronnements des « enfants de » ne concernent pas que cette catégorie. En 2015, Emma Luchini, fille de Fabrice, s’est ainsi vu décerner le César du premier court-métrage. Tout comme Alexandre Gavras, fils du célèbre réalisateur, l’année précédente. L’année 2015 est un grand cru pour les « fils et filles de » puisque six descendants d’artistes y ont été nommés : en plus d’Emma Luchini, sont mis à l’honneur Louis Garrel, Pierre Rochefort, fruit de l’union de Nicole Garcia et Jean Rochefort, Jeanne Herry, fille de Julien Clerc et Miou-Miou, Izïa Higelin et Victoria Bedos, fille de Guy et sœur de Nicolas.

Au cours des années 2000, la liste des enfants de la balle récompensés est particulièrement longue. Thomas Langmann a remporté le César du meilleur film en 2012, Emmanuelle Devos, fille de l’actrice Marie Henriau, est sacrée meilleure actrice en 2010 et Marina Hands, fille de l’actrice Ludmila Mikaël, en 2007, Vincent Cassel est couronné meilleur acteur en 2009, Julie Depar- dieu meilleur second rôle féminin en 2008. Meilleure musique de film pour -M- en 2007, meilleur second rôle masculin pour Clovis Cornillac, fils des comédiens Myriam Boyer et Roger Cornillac, en 2005, meilleur réalisateur pour Jacques Audiard, fils du réali- sateur Michel Audiard, en 2006 et 2010… Depuis 2004, au moins un(e) héritier(e) s’est vu remettre, chaque année, une statuette à la grand-messe du cinéma. Seule l’année 2011 échappe à la règle. Le sacre des héritiers par des professionnels du cinéma ne se limite d’ailleurs pas à cette cérémonie. Ainsi, le prix de la révéla- tion Louis Lumière a été décerné notamment à Marilou Berry (fille de Josiane Balasko et nièce de Richard Berry), Emma de Caunes (fille d’Antoine de Caunes), Isild Le Besco (fille de l’actrice Catherine Belkhodja), Antonin Chalon (fils de Zabou Breitman). Marina Hands, Vincent Cassel et Léa Seydoux ont reçu le prix du meilleur acteur ou de la meilleure actrice. Cathe- rine Deneuve et Chiara Mastroianni, mère et fille, ont même toutes les deux été nommées pour la meilleure actrice en 2012 !

Préférant devancer les sous-entendus, certains en jouent. En 1998, lorsque Emma de Caunes reçoit son César, Matthieu Amalric, chargé de donner la statuette, lance un coup d’œil entendu à Antoine de Caunes, maître de cérémonie. Arrivée devant le pupitre, Emma se tourne, pince-sans-rire, vers son père : « Tu n’y es pour rien, rassure-moi ? » Malgré son habile pied de nez, Emma de Caunes a peut-être raison de s’inquiéter. Un frère, le film pour lequel elle a été récompensée, n’a remporté qu’un succès limité en salles avec un peu plus de 40 000 entrées. Avec 23 000 entrées de plus, le long-métrage qui a permis la consécration d’Izïa Higelin, Mauvaise Fille, adapté d’un roman d’une autre « fille de », Justine Lévy (fille du philosophe Bernard- Henri Lévy), n’a pas davantage rencontré son public. Il est vrai que la réussite commerciale des œuvres ne préjuge en rien de leur qualité. Ni du talent des jeunes actrices, qui ont très bien pu crever l’écran malgré le caractère confidentiel du film. Mais, dans ces cas comme dans d’autres, l’attention des jurés n’est-elle pas, au moins au départ, attirée par le patronyme de ces lignées d’artistes ? Et la bienveillance suscitée par certains parents ne rejaillit-elle pas sur leur progéniture ? « Le nom a de l’impact », assure Lionel Amant, créateur de l’agence Film Talents. « En particulier sur les votants des Césars. Après une présélection de quinze filles et quinze garçons par un collège de directeurs de casting, la plupart des gens qui votent n’ont pas vu le film. »

Extrait de "Fils et filles de... Enquête sur la nouvelle aristocratie française", de Aurore Gorius et Anne-Noémie Dorion, publié aux éditions La Découverte, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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