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Le programme de Marine Le Pen est-il si différent de celui d'Emmanuel Macron ?
Le programme de Marine Le Pen est-il si différent de celui d'Emmanuel Macron ?
©ALAIN JOCARD

Atlantico Business

Ceux qui croient qu‘il n’y a pas de différences ente Emmanuel Macron et Marine Le Pen se trompent grave

Au-delà des caractères et des caricatures, des injonctions et des violences verbales, beaucoup ne voteront ni pour Emmanuel Macron, ni pour Marine Le Pen sous prétexte que, de toute façon, c’est du pareil au même.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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En dépit des recommandations de beaucoup de leaders écartés au premier tour de la présidentielle, les sondeurs nous annoncent un record d’abstentions ou de votes blancs. Une majorité des votants du premier tour et des abstentionnistes ne se reconnaissent ni dans Emmanuel Macron, ni dans Marine Le Pen. Ils resteront chez eux ou voteront blanc.

Cette proportion d’électeurs, qui se réfugient en dehors du système politique fondé sur la démocratie représentative, se situe aussi très souvent en dehors du système économique fondé sur le marché et le capitalisme.

Ceci dit, il existe aussi une partie de ces nombreux abstentionnistes qui ne sont pas protestataires et contre tout, mais qui ne voteront ni pour l’un, ni pour l’autre en expliquant qu’en ce qui les concerne, ils ne trouvent rien capable d’améliorer leur propre situation chez chacun des deux candidats.

Cette situation est évidemment très inquiétante, parce qu’elle n’offre aucune alternative politique en cas de crise grave à celui ou à celle qui sera élu dimanche prochain. Sauf si par miracle, l’élection législative viendrait donner une majorité cohérente et forte que le pays a refusé lors de l’élection présidentielle.

Inquiétante mais explicable, d’abord, parce que les candidats ont passé leur temps à s’invectiver, à se caricaturer en s’attachant le plus souvent à la forme qu’au fond les positions respectives, ce qui a le plus souvent occulté les programmes.

Les programmes ont pourtant de vraies différences, notamment sur tout ce qui touche à la politique économique, sociale, européenne et internationale.

1) Sur la politique économique, le clivage est flagrant, notamment en ce qui concerne la question du pouvoir d’achat. Marine Le Pen en a fait l’axe majeur de ses propositions. Sans analyser les causes de l’inflation, qui est pourtant imputable aux effets de la guerre en Ukraine, Marine Le Pen veut répondre à la hausse des prix en allégeant la TVA. TVA zéro pour les biens de consommation courante et TVA allégée pour le carburant. Marine Le Pen va même jusqu'à proposer la nationalisation des autoroutes pour qu’elles soient gratuites. Elle propose aussi de remonter le niveau des bas salaires.  C’est clair, net et visible. Alors ces remèdes ont évidemment des contre-indications, ils coutent très cher au budget, ils ne sont pas financés, l’effort n’est pas équitablement réparti puisque les riches et les pauvres sont logés à la même enseigne et le retour en arrière sera très difficile. Les exonérations d‘impôts sur le revenu des moins de 30 ans profitera surtout aux jeunes riches parce que les autres ne paient pas d’impôts. Cela dit, globalement, Marine Le Pen lutte pour le pouvoir d’achat en augmentant la demande et se range plutôt dans le camp des keynésiens, alors que les déficits budgétaires et sociaux ont déjà été largement creusés pendant la pandémie.   

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Emmanuel Macron ne nie pas la nécessité de soulager les factures énergétiques, surtout pour ceux qui sont les moins favorisés (d’où le chèque énergie par exemple). Pour le reste, il considère que la demande a été considérablement protégée pendant la période du Covid. Il opte désormais beaucoup plus pour une politique de l’offre et de l’emploi qui passe par l’investissement, par les réductions d’impôts de production et l’allègement des normes. Et plus généralement par la nécessité de travailler plus. Emmanuel Macron ne parle plus de la startup nation, mais il compte sur cette énergie pour protéger le système. Il se range très nettement dans le camp schumpetérien.

2) Sur la politique européenne, Marine Le Pen confirme qu’elle ne remet pas en cause son appartenance à l’Union européenne et à l’euro, et sur ce point, elle a donc beaucoup changé par rapport à ce qu’elle défendait il y a 5 ans. Mais la plupart des mesures qu’elle veut appliquer, comme la baisse de la contribution française à Bruxelles, la décision de revenir sur la hiérarchie des normes et des lois qui donne la primauté aux directives européennes, la préférence française, les contrôles à la frontière etc…  Beaucoup de mesures entraineraient de fait un Frexit, c’est à dire une sortie de l’Union européenne.

Du côté d’Emmanuel Macron, on est nettement sur un renforcement du fonctionnement de l’Union européenne vers une souveraineté plus au niveau de l’Europe qu’au niveau national. Emmanuel Macron est totalement sur la ligne dessinée par Jacques Delors autrefois et empruntée par les milieux d’affaires. D’autant que l’expérience du Brexit n’est véritablement pas concluante, surtout pour les Anglais les moins favorisés.

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3) Sur la politique de mondialisation ; Marine Le Pen est très critique parce qu‘elle considère que l’ouverture des frontières a couté très cher à la France et à la classe moyenne française. Elle considère surtout que cette mondialisation a imposé des dépendances préjudiciables à notre souveraineté. D’où les contrôles à la frontière et un peu de protectionnisme douanier. Marine Le Pen propose une réforme et même une disparition des organisations internationale multinationales.

Emmanuel Macron, au contraire, voudrait redéfinir les conditions de fonctionnement des organisations multinationales pour éviter certains disfonctionnements et conforter les accords de réciprocité. Son projet est de négocier les accords commerciaux au niveau international d’une seule et même voix, la voix européenne. Il considère, et il a l’appui du monde des affaires, que les chaines de valeur sont tellement interconnectées qu’il ne paraît pas raisonnable, pour des raisons de prix et d’approvisionnement, de les remettre en cause.

Il paraît évident que les différences entre les deux programmes sur les questions économiques ne vont pas provoquer l’enthousiasme des foules. D’autant que sur certains points sensibles, l’âge de départ à la retraite, par exemple, les deux sont très flous. Le programme Macron convient mieux aux chefs d’entreprises que le programme de Marine Le Pen. Question de liberté, de fiscalité et d’ambition à long terme.

Mais ce qui est frappant, c’est que les deux candidats sont beaucoup plus proches qu’on ne le dit dans la mesure où ils sont extrêmement discrets sur certains dossiers qui sont pourtant très prégnants sur la vie quotidienne, mais qui ne sont pas très faciles à vendre à l’électorat.

La réforme de l’Etat et des administrations est très peu abordée par les deux candidats. La réforme du système de santé a droit à un silence radio, l’Education nationale n’a le droit qu’à quelques critiques convenues, le logement, qui est pourtant le problème numéro un des Français est complètement absent. Quant à l’immigration, dont les problèmes ont été épluchés en détail par Éric Zemmour au début de la campagne et lui ont permis de faire une entrée fracassante sur le marché politique, l’immigration est traitée avec la plus grande prudence qui confine certains jours à la parcimonie ou aux faits divers.

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