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Les tatouages sont une réminescence des peintures corporelles.
Les tatouages sont une réminescence des peintures corporelles.
©Reuters

La guerre du feu

Ces petites habitudes qui feraient presque de nous de simples copies de nos ancêtres Cro-Magnon

Refroidissement du corps pendant la nuit, tatouages, sélection sexuelle... Aucun rapport ? Bien sûr que si : tout cela nous vient de nos ancêtres des cavernes.

Marie-Antoinette  de Lumley

Marie-Antoinette de Lumley

Marie-Antoinette de Lumley est paléoanthropologue, membre de l’Institut de Paléontologie Humaine.

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Les tatouages, décorations corporelles

Marie-Antoinette de Lumley : C'est très certainement une réminiscence de nos ancêtres, qui s'apparentaient alors à des décorations corporelles. Dans le site archéologique de Terra Amata, vieux de 300 000 ans, nous avons pu observer des bâtonnets d'hématite polis, lustrés comme s'ils avaient été frottés sur une surface douce comme la peau. Même s'il est difficile d'extrapoler, ces tatouage symboliques étaient sans doute des décorations symboliques, qui pouvaient avoir plusieurs significations, sans doute spirituelles, mais aussi pour symboliser la virilité par exemple. Certains se tatouent aujourd'hui par pure volonté esthétique, mais on observe qu'un tatouage chez les hommes peut être un symbole de virilité, ce n'est sans doute pas un hasard si le biceps est l'endroit traditionnel de ces tatouages.

Les peluches pour les enfants

Marie-Antoinette de Lumley : Nous savons que les enfants accompagnaient leurs parents lorsque ces derniers allaient à la chasse. Plusieurs équipes ont trouvé des dents de lait dans ces cavernes, notamment dans les Pyrénées orientales où celles-ci peuvent dater de 450 000 ans. On sait donc qu'il y avait des enfants qui étaient en contact avec des cadavres d'animaux, des fourrures voire des animaux vivants avec lesquels ils pouvaient développer la même affection que si c'étaient des peluches ou des animaux domestiques.

Le réconfort du feu de cheminée

Marie-Antoinette de Lumley : Le feu maîtrisé par l'homme existe depuis 380 000 ans, on l'a vu sur le site de Terra Mata où l'on a trouvé des foyers de feu domestiqués. Le feu a tiré toute sa dimension symbolique de la période préhistorique. Son utilisation était illimitée, que ce soit pour se chauffer, éclairer, se protéger, cuire des aliments… Et a permis d'allonger l'espérance de vie. Un feu dans une caverne était sans doute synonyme de foyer, d'endroit chaleureux. Les cheminées d'aujourd'hui produisent chez nous un  sentiment similaire, et il n'est pas rare de faire un feu de cheminée alors que l'endroit est déjà chauffé, c'est un élément d'ambiance assez puissant. Et actuellement nous continuons à faire du feu dans un but convivial, pas forcément utilitaire. L'homme préhistorique avait sans doute développé un plaisir, un lieu de convivialité en plus de ces fonctions utilitaires.

La sélection sexuelle

Marie-Antoinette de Lumley : Cette théorie darwiniste est effectivement troublante. Lorsqu'on observe les animaux, on remarque que l'apparence physique tient une place prépondérante dans le choix des partenaires pour se reproduire. Les couleurs, les formes sont autant de critères qui peuvent être utilisés. On peut facilement supposer que chez les hommes, il n'en a pas été différent. Ainsi, les personnes malingres d'une tribu d'hommes préhistoriques étaient sans doute délaissées sexuellement ; les hommes grands, aux larges épaules, comme les femmes aux poitrines volumineuses, étaient quant à eux privilégiés. Une poitrine volumineuse peut symboliser une capacité d'allaitement de meilleure qualité par exemple. Aujourd'hui, les canons de beauté, même s'ils ne sont pas universels, favorisent malgré tout ces critères.

Un corps plus froid la nuit

Marie-Antoinette de Lumley : Une étude récente a permis de mettre en évidence l'intérêt d'une baisse de température de quelques degrés. En effet, physiologiquement, le corps utilise des calories qu'il transforme en chaleur pour maintenir sa température à 37°C. Organiser ses activités la nuit, que ce soit pour partir à la chasse, ou encore pour les tâches domestiques, aurait inévitablement nécessité pour le corps une dépense supplémentaire pour se chauffer. Le fait de se reposer la nuit permettait donc aux hommes préhistoriques d'économiser ces calories, et donc d'optimiser les ressources alimentaires à sa disposition.

Heureusement, nous avons su évoluer !

Alain Froment : Dans son ouvrage de 1871 sur l'ascendance de l'Homme, Darwin écrit très justement que "L’homme porte encore dans la structure de son corps le sceau indélébile de son humble origine". Cette humble origine nous relie, à travers notre ADN, à l'ensemble du monde vivant, plantes et bactéries comprises, avec lesquelles nous partageons un très lointain ancêtre. C'est dire que nous avons tout hérité de nos prédécesseurs, au point qu'il est parfois difficile, sur un fossile, de l'attribuer ou pas à notre propre espèce, Homo sapiens. Notre évolution récente nous a toutefois doté d'un cerveau beaucoup plus gros, capable de fonctions bien plus élaborées que chez tout autre animal, mais sans qu'on puisse délimiter une frontière nette, nos os, nos muscles, nos organes, nos neurones, fonctionnent comme chez nos cousins les (autres) grands singes. Aussi, lorsqu'on recherche dans notre corps des reliquats de fonctions hérités de la préhistoire, seules quelques-unes sont devenues inutiles. Par exemple, certains d'entre nous ont gardé la faculté de bouger les oreilles alors que chez la plupart des autres les muscles qui les commandent se sont atrophiés. De même, nous avons autant de poils que les chimpanzés et nous conservons dans le derme les minuscules muscles qui font hérisser ces poils, mais cela ne nous sert plus, comme chez les chimpanzés ou les chats, à impressionner nos adversaires.

Une fonction importante, décisive dans le processus d'hominisation, est la capacité de courir longtemps, c'est la théorie du "singe coureur"; nous courons beaucoup mieux que n'importe quel autre primate, mais si nous ne sommes pas aussi rapides que beaucoup de quadrupèdes, nous sommes capables, sur le long terme, de les forcer à la course, car notre système de transpiration dont nous sommes dotés évite de faire monter notre température interne lors de l'effort. Plus personne ne court durant plusieurs jours d'affilée derrière un gibier mais les marathoniens extrêmes sont là pour prouver que nous en sommes capables.

Nous avons aussi hérité de caractères traduisant notre long passé africain, comme une peau foncée, et seuls ceux d'entre nous dont les ancêtres ont migré dans les pays froids ont perdu cette pigmentation protectrice qui cependant revient vite sous forme de bronzage lorsqu'on s'expose aux ultraviolets. Passée la période du sevrage, nos ancêtres chasseurs ne digéraient plus le lait mais ils n'en avaient pas besoin car ils ne buvaient pas le lait de leur gibier; cette propriété s'est révélée utile lorsqu'il y a quelques milliers d'années on a domestiqué les animaux, mais la majorité des humains, qui ne descend pas de ces premiers éleveurs, reste intolérante au lactose. De la même façon, les hommes préhistoriques ne connaissaient pas l'alcool et n'avaient pas l'équipement enzymatique pour le dégrader dans le foie, mais une mutation a conféré à certaines personnes la capacité de métaboliser cet alcool et de ne pas être ivre à la première bière. Ainsi, nous somme le produit d'une longue histoire qui, sur un fond d'héritage commun, a peu à peu abouti à la diversité biologique actuelle, qui fait toute la richesse de l'humanité.

Article précédemment publié en novembre 2014

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