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Philippe Juvin, Michel Barnier, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Bruno Retailleau posebt après une réunion du parti Les Républicains, le 20 juillet 2021.
Philippe Juvin, Michel Barnier, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Bruno Retailleau posebt après une réunion du parti Les Républicains, le 20 juillet 2021.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Campagne présidentielle

Ce sado-libéralisme qui plombe si souvent la droite

Trop souvent la droite entretien l'illusion de bon père (ou bonne mutti) de famille que pour être efficace, une politique doit être douloureuse.

Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Réflexions libérales à propos de la campagne présidentielle

Comment être authentiquement libéral et développer une forme de sympathie pour la campagne de Zemmour ? Laissez-moi vous expliquer un peu…

1/ First thing first

Le libéralisme repose sur l’organisation des séparations et le respect des ordres de grandeur. Sur des priorités, surtout.

Imaginons que nous nous trouvions dans un pays pauvre, isolé, en guerre, ou pire : sujet à des expérimentations mélanchoniennes. Le poids médian dans notre population vient de perdre 15 kilos, et cela ne résulte pas d’un choix. Les cartels de la drogue font la loi. Croyez-vous que nous devrions, dans ce contexte, poser comme priorité du débat politique national le respect des droits des transsexuels dans l’armée ? Le vrai libéralisme, dans ce pays vertueusement décroissantiste, consisterait-il à introduire une taxe carbone efficiente, à libérer les initiatives dans le secteur du transport par autocars, ou à faire le ménage (quitte à choquer un peu la CEDH, Human Right Watch et le comité Nobel) de façon à ce que les échanges (non-narcotiques) et la liberté d’expression puissent revenir ?   

Le biais qui consiste à gérer une situation comme s’il s’agissait d’une conférence en Suisse, ou un ennemi comme s’il s’agissait d’un gentleman, est très répandu ; c’est un cousin de l’esprit Munichois. Les anthropologues et les économistes du développement appellent cela l’imitation préventive. Discuter du sexe des anges alors que les barbares sont aux portes a toujours été considéré comme le summum du ridicule. Et plus vous êtes au fond du trou, et plus ce travers coûte cher. La priorité en Inde est de diffuser des sanitaires dans les zones rurales, pas de régenter le vocabulaire dans les films à l’eau de rose à l’export. Vous voyez où je veux en venir. S’inspirer des lubies éco-féministes des campus américains et des luttes intersectionnelles pourrait être pertinent en France si « Bac Nord » était une œuvre de fiction pas crédible du tout, façon « Soleil Vert » ou « La planète des singes ». Doubler le salaire de tous les enseignants serait peut-être justifié si les réformes de l’éducation nationale avaient eu lieu, et si nos finances publiques étaient à peu près équilibrées. Aujourd’hui ce n’est pas une priorité sérieuse.

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De même un pays qui fut jadis grand et qui n’a plus sa monnaie, qui ne maitrise plus son destin en économie et dans de nombreux domaines, pourrait considérer qu’un peu plus ou un peu moins de croissance est une affaire au fond assez secondaire par rapport à l’idée de secouer un peu le joug germanique, de retrouver de l’autonomie. Un libéral bien éduqué n’y verra pas trop de mal puisque le gros du policy-mix eurolandais n’a rien de libéral, à moins que l’on ne parle de ce sado-libéralisme très en vogue dans certains milieux. La BCE en particulier, qui multiplie les OPA institutionnelles et dont la transparence ne progresse pas (des votes non publiés, des transcripts au bout de 50 ans…), devrait être considérée comme une institution étrangère, et ses possibles représailles comme un prix à payer somme toute limité par rapport à une perspective de libération. Les libertés qu’elle nous hôte devraient passer avant les ressources dont elle pourrait nous priver.   

Dans le même état d’esprit « prioritiste », séquentiel : favoriser (par des moyens douteux et le crédit public, passons) une quinzaine de « licornes » même pas vraiment technologiques, n’est pas très judicieux dans un pays quadrillé par des millions de textes, circulaires, règlements en tous genre : la simplification de nos codes (du travail, de l’urbanisme, des impôts), par exemple par une méta-règle qui forcerait à supprimer un texte à chaque fois qu’on en crée un nouveau, rapporterait beaucoup plus à la collectivité que de jouer aux business angels technophiles, et serait à la fois bien plus libéral et plus « social ». Nous disposons aussi d’une rente touristique qui est extraordinairement mal jouée et de plus en plus menacée, avant même le passe sanitaire que le reste du monde ne comprend pas et qui nous coûte des milliards : du personnel nul en anglais, une signalétique de labyrinthe, un accueil lamentable. Renforçons ce secteur, avant de partir dans un plan de 7 milliards sur l’hydrogène, vite capté par les copains.

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Au point de déliquescence où nous en sommes désormais, laissons la protection des ours polaires aux norvégiens ou aux néo-zélandais, qui eux peuvent se balader dans le pire quartier à la pire heure en toute sécurité ; et occupons nous de nos urgences, de nos vulnérabilités cruciales, existentielles, identitaires, sécuritaires. Non pas que les grands enjeux de la robotique ou de la souffrance animale m’indiffèrent, mais si nous ne disposons plus d’une industrie de moyenne gamme dans 10 ans, ou s’il faut attendre 4 heures aux urgences et devoir disposer d’un carnet d’adresses pour obtenir un scanner, ou si 20% des jeunes sortent de l’école avec environ 500 mots de vocabulaire, je préfère encore que nous passions notre tour. D’abord les bases, après les sophistications. En particulier pour l’Etat, qui n’a qu’un seul devoir, « garantir la protection sociale du peuple » (Disraeli), et qui devrait s’en tenir à quelques services publics et quelques missions régaliennes au lieu de se disperser bêtement.

Cette approche est aux antipodes de ce que nos « politiques » nous proposent depuis des années : ils ne veulent pas choisir, ou choisissent tout en même temps ce qui revient à ne pas choisir, ils ont 15 priorités donc rien n’est vraiment prioritaire. Un libéral nous dirait que nous n’avons pas le budget des Etats-Unis, et que par exemple, pour paraphraser Milton Friedman, nous pouvons avoir une immigration libre en provenance du tiers-monde, et nous pouvons avoir un Etat-Providence complet, mais nous ne pourrons pas avoir les deux très longtemps. Un libéral ne vous dira jamais ce que vous devez faire entre ces deux options, il vous dira simplement (ce qui agace encore plus…) qu’il y a toujours un choix à faire, et un prix à payer, et que le refus de payer entraînera l’échec dans les deux voies. C’est pourtant tout le projet de la Gauche depuis 4 décennies et, par intimidation et par paresse, le chemin implicite de la droite modérée depuis le milieu des années 90.    

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First thing first. Le libéralisme lui-même n’est qu’une sorte de couronnement ; il peut être mis en mode pause en cas de péril. D’abord, une société chrétienne ou à peu près, où de façon girardienne on ne brûle pas les sorcières, même pas Sandrine Rousseau alors que ça peut démanger. Ensuite, la Nation, sinon totalement indépendante (nous n’avons plus les moyens) du moins très autonome, le plus possible, ce qui n’est pas simple quand on ne peut plus battre monnaie. La Nation assure un gros socle d'État de droit et l’ordre social (alors que la République ne veut rien dire, et que des monarchies constitutionnelles font plutôt mieux que nous pour les libertés). La séparation des pouvoirs, des juges qui ne découvrent pas des principes et qui n’interviennent pas dans les élections, un Président qui n’écoute pas 5000 personnes du Tout-Paris pendant des années en toute impunité, etc. Puis il y a le capitalisme, quand les droits de propriété sont bien définis. Et enfin la concurrence, le libre-échange unilatéral et inconditionnel, tout ce qui peut fortifier l’activité industrielle et commerciale. Un libéral comme moi voudra toujours que l’exposant libéral dans la formule capitaliste soit le plus fort possible, mais si nous n’avons plus les fondamentaux de la civilisation, de l’ordre et de l’Etat de droit, cela nous fera une belle jambe.

J’ai vécu à Chicago. Les affaires y tournent bien, de nombreux quartiers sont plus prospères et pacifiques que les quartiers les plus riches de France, on laisse les vélos sans cadenas sur les pelouses, et tout va bien… mais à condition de ne pas rater la bonne bretelle d’autoroute. Car en cas d’erreur, vous pouvez vous retrouver à Chicago Sud. Changement d’ambiance, très net. Un taux de criminalité digne de l’Afrique des grands lacs dans les années 90. En comparaison, les quartiers du Nord de Marseille sont des sanctuaires bouddhistes dédiés à la non-violence. Même en plein jour, les gens vous regardent à Chicago Sud comme si vous étiez un ovni doublé d’un kamikaze. Vous avez 10 minutes pour trouver la sortie, et revenir dans votre quartier de blancs bourgeois. Même phénomène à Baltimore, à Kansas City, partout. Une jolie vie à l’Américaine, à condition de ne pas se tromper de quartier : voilà l’essence du macronisme, et de notre bulle immobilière. Ce n’est pas du libéralisme, c’est du communautarisme, avec pour Dieu l’argent toujours plus hypocrite qui ne sert plus tant à acheter des choses essentielles ou futiles qu’à acheter de la distance sociale et au fond de la distance ethnique. Quitte à s’endetter pour 25 ans pour de la pierre surévalué, comme on peut ; et sans jamais se départir dans l’ordre du discours de la façade polie, euphémistique (« j’ai changé de quartier, rapport aux enfants, tu comprends »). Tout agent immobilier honnête (si tant est que ce ne soit pas un oxymore) vous le confirmera, en off. C’est là qu’il faut agir, si on a le sens des priorités, en commençant par fermer le robinet des flux entrants.

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C’est réclamé par des gens dans L’express, c’est dire si le constat est partagé et la situation très grave : par exemple, hier, Christophe Guilluy : « la réduction des flux est une demande de Français de toutes origines (…) certains quartiers sont devenus des sas, où l’on ne reste pas. Il faut y laisser les habitants vieillir. Quand on aura des petits vieux qui tapent le carton en bas des tours, la donne changera ». On ne saurait mieux dire et il est inutile de conclure.

Pour visualiser les évolutions sociologiques et démographiques en cours et dans le pipeline, il faut lire Jérôme Fourquet. Même la nouvelle ligue des bien-pensants, les fact-checkers partiels payés à temps plein par le contribuable sur France Info, n’a pas réussi à démonter ses chiffres.             

Maintenant les bidouilleries fiscalo-sociales ne sont plus à la hauteur de ces enjeux. Abaisser des charges de 2 points en compensant par une hausse de la CSG de 2 points, la politique de TOUS les gouvernements français depuis 1992 (c'est-à-dire depuis que le gros de la politique économique a été sanctuarisée à Francfort), est hors sujet, grotesquement anachronique. Si nous restons sur notre pente, dirigés par des agences de communication et par la BCE, les petits déséquilibres deviendront de grands déséquilibres, jusqu’à ce que tout implose. Il faudra alors recourir à un Uribe ou pire à un Duterte. Comme nous ne sommes pas prêts psychologiquement, mieux vaudrait agir avec vigueur le plus vite possible.

Il y a quelques années, un sujet comme l’immigration aurait pu, aurait dû être traité par des adultes responsables. On aurait parlé d’une immigration « choisie », et surtout on l’aurait traduite en actes concrets, sur le terrain. Mais comme on n’anticipe jamais rien, comme les adultes en question n’étaient pas responsables mais clientélistes et/ou peureux, et comme de nombreuses personnes sont payées effectivement ou symboliquement pour faire rentrer et ne jamais faire sortir (ne demandez pas à un fonctionnaire de l’OFPRA de rejeter un dossier d’asile, ce n’est pas dans sa philosophie), on en est arrivé au point où les politiques modérées n’ont plus de sens. J’étais le premier à être favorable à la proposition de Jean-Philippe Vincent sur l’immigration payante : une voie économique, intelligente, légitime compte tenu du poids de nos dépenses sociales et de la quasi-gratuité de nos services publics, une voie compatible avec un retour du Parlement (le prix du ticket aurait pu être débattu chaque année), et accessoirement une source de revenus pour les caisses de l’Etat. Mais non, il est trop tard. La machine de l’immigration extra-européenne n’accepte plus aucun filtre, aucune technique de sélection même souple, elle a l’habitude de fonctionner comme une roue libre et désormais tout ce qui prétend l’entraver est raciste, doit être suspendu à une décision du Conseil d’Etat, pour permettre une disparition dans la nature avant une régularisation de plus en plus automatique ; si on ne trouve plus autant de compagnons d’Emmaüs dans certaines régions depuis cet été, c’est parce qu’on régularise tout le monde en ce moment. Nous allons devoir en passer par une phase d’hystérie, Zemmour plutôt que Vincent, à cause des excès de la gauche morale et de la couardise de la droite bourgeoise.

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2/ Tentative : une échelle du libéralisme « prioritiste »

En exclusivité mondiale, en vrac et en toute objectivité, sur une échelle de 0 à 10 :

Le niveau 0 : la gôche insoumise, tenace face au Capital, molle face aux mollahs durs.

Elle n’est pas libérale et ses priorités sont anti-sociales. Elle n’a toujours pas compris qu’il faut choisir : la générosité tous azimuts OU la survie de l’Etat-Providence, des filtres à l’immigration africaine OU des hôpitaux surchargés, etc. Mélenchon est particulièrement dans la mélasse, qui se moque des Baltes et qui combat le plombier Polonais, mais qui n’a pas la dent aussi dure à propos d’autres origines pourtant déjà plus présentes sur le sol national et plus liées à un opium du peuple. Il aurait pu surfer sur la critique marxiste traditionnelle de l’immigration, il ne l’a pas fait, tout en ne systématisant pas non plus le discours gauchiste sur la solidarité internationale. Il a raté l’occasion en 2017, ou alors c’est Hamon qui a fait une fleur au Grand Kapital en ne se retirant pas, peu importe : game over, camarade.  

Le niveau 1 : la gauche gnan-gnan. Hidalgo, Jadot.

Le prêchi-prêcha marche de moins en moins bien, et même l’argent public ne suffit plus pour acheter des voix. Quand les profs sont les premiers à se moquer de la proposition d’un « grand doublement » de leurs salaires, c’est que les carottes d’Hidalgo sont cuites : d’une part il y a partout un besoin évident de « grand récit » et non de mesures clientélistes, d’autre part même cette population pourtant connue pour sa crédulité en économie ne peut plus s’empêcher de tirer quelques conséquences budgétaires de moyen terme. Pour paraphraser Houellebecq, la femme de gauche est mal partie.

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Jadot est certes mieux placé, les concepts de « neutralité carbone » et de « réfugiés climatiques » n’ayant pas encore été bien démontés ; mais promouvoir une lutte à mort contre les énergies fossiles tout en refusant tout investissement dans le nucléaire et tout en écartant (d’un chouia il est vrai) la décroissance, ce n’est guère cohérent. A défaut d’être très libéraux, nos amis écolos ont-ils une priorité ? Vers quels niveaux fixeraient-ils leur fiscalité écolo, leur taxe carbone par exemple ? Privilégieraient-ils le solaire, l’éolien ou l’hydrogène ? Que pensent-ils de Tesla ? Admettent-ils les subtilités de leur sujet, par exemple quand le shale si décrié des américains a permis un assez bon bilan carbone en faisant baisser les prix du gaz (ce qui a accéléré le déclin du charbon) ? Pourraient-ils entrer à nouveau un jour dans un gouvernement productiviste, et à quelles conditions ? Sur toutes ces questions et quelques autres, mon petit doigt me dit que nous n’obtiendrons pas de clarification avant longtemps, alors que les implications budgétaires et sociétales sont lourdes. Pour parler comme un maire écolo en pleine montée des gangs dans sa ville : cela me donne un sentiment d’insécurité.  

Niveau 2 : Macron. « La priorité de l’Etat, c’est moi ».

Beaucoup de bla-bla de la part de notre Grand Soleil national, expert en tout depuis son hypokhâgne, mais sans autre priorité que le maintien du système et de ses hommes. Est-il cohérent d’accuser, en Algérie en 2017, la France coloniale de crime contre l’humanité, pour parler en 2021 de rente mémorielle ? Est-il cohérent de militer en 2016 pour une démocratie plus participative, pour s’imposer comme un Jupiter dès 2017 ? Et la République exemplaire, vous vous souvenez ? Et la réforme de l’Etat, les 125000 postes de fonctionnaires en mois, vous vous souvenez ? Et la « start-up nation » ? Et puis le passe sanitaire, cette anomalie désormais unique au monde parmi les grands pays occidentaux, ça fait plutôt libéral ou plutôt maoïste ?

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Niveau 3 : Le Pen, Montebourg.

Ne sont ni libéraux ni très cohérents dans le temps ni bien placés pour gouverner ni très clairs dans leurs intentions, mais nous avons vu qu’il y a pire, bien pire.

Niveau 4 : Bertrand, Pécresse, Barnier. La droite flambie.

Un libéralisme de loge, édulcoré et chiraquien, et des priorités presque aussi nombreuses que celles d’un Bruno Lemaire aux primaires de 2016. Bertrand répond à tous les problèmes par un chèque, de la concertation et le bon sens près de chez vous ; il devrait candidater pour le ministère de l’Agriculture. Pécresse est inaudible, et découvre l’immigration sur le tard ; mais je ne devrais pas la critiquer car elle a « sauvé l’université française », raison pour laquelle le monde entier nous envie. Barnier a eu plus de 30 ans pour imprimer sa marque, et pourtant il n’est clairement associé qu’à Albertville et à des mesquineries antibritanniques de bas étage. Maintenant il parle de « souveraineté juridique », après avoir servi la Commission !! C’est comme si un ayatollah allumait à Téhéran des bougies pour Hanouka.

Ces dernières années, on n’a pas beaucoup entendu toute cette « droite » sur la PMA, le passe sanitaire, le pouvoir sans contrôle des juges et des banquiers centraux, la déchéance de nationalité pour des terroristes jugés en France. Que faisait-elle ? Elle « gérait » (mal), elle s’interdisait de penser, elle ronronnait en mode country club, comme le parti républicain aux USA. Qu’elle ne vienne donc pas s’étonner ensuite de se faire disrupter, ce ne serait pas par Zemmour ce serait par un autre. Elle n’a produit aucune idée depuis trop longtemps, réussissant même le prodige d’enterrer les recettes gaullistes qui avaient fait leurs preuves (participation, dévaluation, programme nucléaire), et n’a fait émerger qu’un seul leader fort et audible (qui a largement raté son quinquennat, et qui depuis joue en dilettante son rôle de parrain). Avec une telle droite, on n’a pas besoin de gauche.

Pour paraphraser une pauvre journaliste de France info (qui s’exprimait au 1er degré) : ils ont bien travaillé leurs fiches. Il ne leur reste plus qu’à ouvrir des livres, à se forger des convictions, et à se greffer assez de courage pour les appliquer, un jour. 

Niveau 5 : Zemmour.  

Fort éloigné de la note maximale de 10 dans l’échelle du « libéralisme prioritiste », mais on a les politiciens et les intellectuels qu’on mérite ; il faut faire avec l’offre présente et non avec une offre idéale.

De même que Finkielkraut n’est pas dans le faux quand il souligne que les élèves n’ont pas tant besoin de tablettes numériques que de maîtres consciencieux, Zemmour n’a pas complètement tort quand il rabâche que les sujets économiques passent après le rétablissement de l’ordre et d’éléments d’indépendance.

OK, OK, Zemmour n’est pas libéral. On le voit bien à ses infantilismes : sur le « protectionnisme éducateur », l’épopée napoléonienne, Vichy, Poutine, etc. Mais ce ne serait pas la première fois qu’un non-libéral « fait le job » (on pense à De Gaulle), tandis que des libéraux ou prétendus tels se vautrent souvent dans le sado-libéralisme, un libéralisme pour les copains (crony capitalism), ou un ordo-libéralisme à géométrie variable. Il n’est pas hostile à l’économie de marché, ce qui lui assure déjà une moyenne honorable dans le milieu politique. Il n’appartient pas totalement à ce dernier, ce qui l’aidera à trouver des angles nouveaux et des experts différents, là où un Macron ne pouvait pas sortir du système et ne pouvait gouverner qu’avec des énarques.

Sa priorité est assez claire. Et constante. Du coup elle fait un peu obsessionnelle, mais nous sommes encore à des mois de l’élection, et il faut à ce stade penser au 1er tour avant de jouer le 2e. Par rapport à Trump qui parlait des mexicains violeurs et qui promettait un remboursement de la dette fédérale en 10 ans, il y a de la marge, on peut discuter ; mais il est vrai qu’il faudrait un peu améliorer l’économie générale zemmourienne, pour ne pas tomber dans une présidence aussi chaotique que celle du Donald, suivie de la réaction furieuse de toute la gôche américaine ; comment ?

a/ Zemmour ne doit pas présenter qu’un bâton, il doit aussi se doter de carottes, et d’un plan :

Il pourrait dans l’idéal s’inspirer de Jacques Rueff, mais cela supposerait de dévaluer pour sauver l’industrie de moyenne gamme hexagonale, ce qui n’est pas possible depuis que la BCE a fait une OPA sauvage sur les taux de changes. Alors comment finance-t-il le lissage dans le temps des réformes ? Car ce ne sont pas les 50 milliards gagnés sur la fraude sociale qui vont suffire…

Soit il secoue le cocotier de la BCE en exigeant une forme de monnaie hélicoptère et/ou une forme de remise des dettes (je l’invite alors à lire de nombreux articles d’Atlantico, mais il y a du travail, et du rapport de force à prévoir), soit il doit innover. Je lui propose alors la participation, la vraie, pas la cogestion ou une prime d’intéressement pour les cadres sups, la participation, qui a le mérite d’être gaulliste et surtout à notre main, qui couperait l’herbe sous le pied de la gauche (elle fait encore semblant de rêver à des hausses de salaires dans un monde où le « pricing power » du salarié recule et disparaîtra bientôt).

Il y aurait un possible « triple gain » : profiter de la fin de l’immigration pour redessiner enfin le périmètre de l’Etat-Providence dans un sens libéral (simplification, délégation), et avec les ressources dégagées attaquer une institution très illibérale (la BCE, une mine à ciel ouvert pour les conflits d’intérêts, les oligopoles financiers zombies et les magouilles allemandes) pour obtenir d’elle plus de transparence et moins de cadeaux aux banques, tout en invitant la Nation devant la grande table de négociation pour parler de participation, autant dire d’une politique distributiste à la Chesterton. Comme on ne peut décemment distribuer des droits de propriété qu’à des nationaux, et comme la politique de la BCE comme notre fiscalité actuelle encouragent trop le crédit au détriment de la propriété et des fonds propres, tout cela serait cohérent !        

b/ Zemmour gagnerait à ne pas se modérer dans son expression et dans sa critique des médias

Cela n’a pas l’air d’être un gros risque à ce stade…, qu’il continue ! Zemmour connaît le journalisme parisien, ses combines, ses bassesses. C’est un avantage comparatif, il doit le cultiver, appeler un chat un chat, et taper où ça fait mal. Non seulement par souci de rentabilité électorale, mais aussi parce que la lutte contre le politiquement correct fait partie du combat libéral pour la liberté d’expression, et aussi parce qu’il n’y a pas plus illibéral et vérolé que notre système médiatique.

Les slogans officiels sur la liberté d’expression sonnent creux dans un pays où les médias sont cartellisés, subventionnés, dominés par 5 groupes (qui TOUS dépendent des commandes de l’Etat ou de la régulation étatique), tandis qu’un conglomérat que nous pourrions appeler YouTwittFace se constitue, toujours prompt lui aussi à éjecter les dissidents. Un woke de Google à 9000 kilomètres d’ici peut vous éjecter des réseaux, en plus de votre employeur qui vous force à rédiger sous pseudonyme, en plus d’un fou d’Allah qui peut vous trouver : beaucoup de risques pour de petits textes non rémunérés ! On dit que seuls les petites gens redoutent les petits écrits, mais il y a tant de petites gens de nos jours. Dans ce contexte, et d’un point de vue strictement libéral, couper les vivres à France Inter est aussi justifié que de virer les lobbies LGBT de l’éducation nationale, et interdire aux juges d’interdire devrait être la 1ère mesure de la présidence d’un ancien du Figaro ; a fortiori si, comme le propose le candidat du parti communiste (je n’invente rien !), une personne condamnée pour ses propos devrait devenir inéligible.

c/ par contre il gagnerait à revoir sa géopolitique

Là aussi c’est une affaire de priorité. Il nous faut un Président qui tape dur sur les Allemands, à Bruxelles, à Francfort et au Luxembourg, pour obtenir des concessions, de la transparence et de la subsidiarité. Un Président qui n’attendra pas plus de 4 ans pour s’apercevoir que le taux des reconduites à la frontière est quasi-nul avec l’Algérie. Qui ne nous fâchera pas avec nos alliés Anglais, Polonais, mais nous fâchera avec les Saoudiens et les Turcs. Qui saura faire la part des choses avec les Chinois. Sur ce point, il faut que quelqu’un se décide à expliquer à Zemmour que notre pouvoir d’achat présent et futur dépend crucialement de la Chine (quand des lunettes de Shanghai arrivent au port du Havre, elles sont facturées à un euro ! c’est nous qui profitons du travailleur Chinois gratuit !), pour un coût très exagéré en emplois industriels, car notre industrie était déjà mal barrée il y a 25 ans quand la Chine a commencé à représenter une part significative des échanges : l’ennemi de l’ouvrier français est un robot, ou un allemand, ou un socialiste, mais très marginalement un chinois. Si l’Amérique peut (à la rigueur) se permettre une nouvelle guerre froide, ce n’est pas notre cas, nous n’avons rien à gagner d’une glaciation commerciale avec un pays qui représentera bientôt 15% du PIB mondial, en attendant 20% avant le milieu du siècle. Par contre la Russie, qui ne représente que 3% (au même niveau que le Brésil…), et qui reste en « surextension impériale » depuis bientôt deux siècles, ne mérite pas une telle prudence de sioux. Elle est prédatrice, ne respecte que la force et doit être contenue dans tous les domaines. C’est sur ce genre de sujet qu’une approche à la Zemmour, littéraire et historique, romantique en diable, peut être dangereuse. L’étude du passé est importante, mais une grande politique étrangère ne se fait pas dans le rétroviseur.

A ce propos, Churchill était aussi un historien amateur adepte du temps long et de l’atavisme des nations, une plume acéré et un piètre gestionnaire, un politicien proscrit, un aventurier ; il a su être visionnaire et rassembleur au moment important, sans se prendre pour le Sauveur ultime et sans perdre son sens de l’humour. Voilà un meilleur modèle à suivre que Napoléon ou Jeanne d’Arc si l’on souhaite à tous un happy end.          

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