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Le Cercle des entrepreneurs du futur lance la sixième édition du Grand Prix des bonnes nouvelles des territoires.
Le Cercle des entrepreneurs du futur lance la sixième édition du Grand Prix des bonnes nouvelles des territoires.
©Reuters

Le changement viendra d'en bas

Ce gisement d'idées venu du local qui pourrait sauver la France

Actuellement, c'est à l'échelle locale que les innovations fleurissent. Les reproduire à l'échelle nationale pourrait être une réelle source de changement pour le pays.

Michel Godet

Michel Godet

Michel Godet est économiste, professeur et membre de l'Académie des technologies.

Il est l'auteur de Le Courage du bon sens (Odile Jacob, 2009), Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur (Odile Jacob, mars 2011), de La France des bonnes nouvelles (Odile Jacob, septembre 2012) et de Libérez l'emploi pour sauver les retraites (Odile Jacob, janvier 2014) Il anime également le site laprospective.fr.

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Atlantico : Le Cercle des entrepreneurs du futur lance la sixième édition du Grand Prix des bonnes nouvelles des territoires (voir ici). Celle-ci a pour but de récompenser et de mettre en avant des initiatives locales. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? A quoi les opposez-vous ?

Michel Godet : Dans mes livres récents comme La France des bonnes nouvelles, je raconte des histoires de petites entreprises, des sagas d’hommes qui sont partis de rien au fin fond de la France et qui vivaient souvent des situations désespérées. Au lieu de baisser les bras, ils se sont retroussé les manches. Le message se veut porteur d’espoir. Par ailleurs, je ne crois pas à la capacité à changer le pays par le haut.  Mieux vaut regarder ce qui marche dans les territoires et organiser la contagion des initiatives similaires plutôt que d’imaginer des solutions qui ne marcheront pas.C’est un combat contre la France jacobine. Dans mon prochain  ouvrage Libérez l’emploi (sortie prévue en janvier 2014), je lance un appel pour renverser l’Etat jacobin.
J’avance qu’il suffirait ainsi de reproduire à l’échelle nationale ce qui fonctionne localement. Et les exemples ne manquent pas. Un exemple : celui  de la commune de Vitré dont le maire est Pierre Méhaignerie. Dans cette ville on ne compte que 6% de chômeurs  et 42% d’emplois industriels alors qu’ils ont perdu d’un seul coup 1000 emplois en 2002. Quand les acteurs sont compétents et au service de l’intérêt général, cela fonctionne. Je pratique ces constats pour montrer par l’exemple que cela peut fonctionner. La France d’en haut va mal mais la France des acteurs de terrain va plutôt mieux. Elle irait encore mieux si la France d’en haut lui fichait la paix.

La France doit-elle une bonne fois pour toute se décentraliser pour "libérer ses énergies" économiques et créatrices ? Si oui, dans quelle mesure ?

Oui, mais pas pour une décentralisation des mille-feuilles territoriaux. Il faut changer complètement les règles de gouvernance comme Pierre Rosanvallon le réclame. Il faut que la politique cesse d’être un métier afin d’assurer que les hommes politiques aient prouvé leur compétence dans l’exercice de leur profession et  servent bien l’intérêt général et pas seulement leur intérêt personnel. Le système des élections tel qu’il fonctionne n’apporte pas de réponse satisfaisante sur ce plan Il faudrait donc songer à un tirage au sort parmi ceux qui ont réussi dans leur métier. Certains hommes politiques prennent des décisions pour des raisons idéologiques car ils sont coupés des réalités du terrain. Trop souvent, ils n’écoutent pas les acteurs. 

La France est l’un des pays les plus centralisé, si ce n’est le plus, de l’Europe de l’Ouest. Nos régions sont des nains en comparaison des Lander allemands ou même des provinces espagnoles. Quels atouts possèdent-elles alors ? Pourquoi croire en elles ?

Les régions ayant un découpage historique correspondant à leur histoire fonctionnent bien, comme la Bretagne par exemple. Les pays de la Loire fonctionnent moins bien car le découpage de cette région est entièrement artificiel. Je réclame un redécoupage des régions sur une base historique, tenant compte des réalités actuelles ( l’Alsace, les Pays de l’Adour) Les pays de Loire avec Tours comme capitale au centre des châteaux de la Loire  Nantes étant  redevenue la capitale de la Bretagne comme elle l’était avant que le régime de Vichy en décide autrement. C’est d’ailleurs le vœu du Conseil général de Loire Atlantique.
Lorsqu’il y a un facteur identitaire, une union autour de projets et qu’il y a encore suffisamment d’hommes pour porter ces projets, il y a encore des miracles qui se font. Par exemple, les confitures Bonne Maman ont été créées dans le Lot. J’ai pu constater que l’innovation fleurit plus facilement dans les territoires et dans des villes à taille humaine. Les gens pour  être innovant doivent bénéficier d’une bonne qualité de vie. Ce qui n’est pas toujours le cas dans les grandes métropoles où il est difficile de se loger et où l’insécurité est plus forte que dans les villes de province.En plus les gens sont plus socialement mêlés car les inégalités sont moins fortes et moins visibles.
Les atouts des régions, c’est  d’abord la  qualité de vie, l’harmonie sociale, la force des liens autour de projet. Les pôles de compétitivité de demain seront d’abord des pôles de qualité de vie ou ne seront pas.

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