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Canal+/Bolloré : la fausse concurrence du marché TV
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Ma TNT va craquer

Canal+/Bolloré : la fausse concurrence du marché TV

Le groupe Canal + vient de racheter les chaînes Direct 8 et Direct Star, après avoir obtenu la licence de diffusion d'une chaîne sur la TNT. La chaîne cryptée s'installe ainsi comme un poids lourd de la télévision numérique terrestre... au grand dam de ses concurrents.

Pascal Perri

Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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La concurrence fait baisser les prix, elle offre la diversité, elle stimule le progrès, mais la concurrence est fragile. L’actualité économique des médias vient de nous le rappeler. En rachetant Direct 8 et Direct Star au groupe Bolloré, Canal+, à qui une autre chaine bonus sur la TNT gratuite a été promise, est désormais un ogre. C’est assurément un joli coup pour la chaine à péage mais c’est plutôt une mauvaise nouvelle pour le dynamisme du marché.

Dans tous les grands secteurs récemment ouverts à la concurrence, notamment grâce à des innovations techniques, les acteurs historiques, comme les anciens monopoles ont profité de leur taille et de leur proximité avec les « usagers » pour s’adjuger une part de marché décisive. Ils ont multiplié les offres liées en s’appuyant sur leur force de marché et ont dans certains cas découragés les concurrents ! C’est ici une loi d’airain, dans la bataille de la concurrence, les acteurs installés sont plus forts que les nouveaux arrivants. Il convient donc de les protéger, au moins provisoirement, pour éviter le risque de disparition des entrants. Quand M. Bolloré déclare que l’arrivée de Canal+ dans le capital de ses deux chaines "va permettre d’accélérer leur développement en accédant à la formidable bibliothèque de contenus de Canal", il ne dit rien d’autre. On peut imaginer que Canal fera bénéficier ses nouvelles cousines de la TNT gratuites de ses produits originaux, de ses contenus exclusifs, de son savoir faire industriel. Au moins pour partie.

Mais l’enjeu va au-delà de l’attractivité des programmes. Il concerne aussi le financement des entreprises. Les autres acteurs du marché s’inquiètent légitimement de la force de frappe du nouvel ensemble dans le secteur stratégique de la publicité. Comment douter que le pôle C+, Direct 8, Direct star ne profitera pas de sa masse critique pour siphonner le marché de la pub et, du coup,  priver les « plus petits » de recettes supplémentaires. Le nerf de la guerre est là, dans cette nouvelle organisation de marché proche d’un duopole très déséquilibré ! Certains marchés sont assortis de dispositifs anti-concentration, pour protéger les consommateurs et laisser se développer la concurrence. Celui des chaines généralistes, terrain de chasse privilégié des annonceurs, devrait l’être.

Pour faire un peu d’histoire, l’attribution d’une chaine bonus à Canal + était justifiée par le préjudice qu’aurait représenté le passage d’un mode de diffusion technique à un autre. Soit, mais peut-on dédommager une entreprise sur un marché qui n’est pas son marché naturel en prenant le risque de le déséquilibrer. Canal pourra à l’avenir s’appuyer sur un très fort pouvoir de marché. Les autres opérateurs sont menacés du risque d’aspiration ou d’assèchement. De l’autre coté du marché, la bataille des chaines d’information nous rappelle une autre règle du jeu : la concurrence pour être durable a besoin de temps. On comprend l’embarras des dirigeants de TF1 qui voudraient lancer LCI, leur chaine info, sur le marché de la TNT gratuite, mais l’impasse actuelle de LCI n’est-elle pas le résultat de choix stratégiques historiques douteux ? Là encore, les exemples ne manquent pas sur d’autres marchés. On peut accepter l’idée que l’arrivée d’un nouvel entrant élargit le marché, mais seulement quand celui-ci est tant soit peu mature. Quand on ne respecte pas le temps, il vous le rappelle. L’arrivée d’un troisième acteur sur le marché des chaines d’information - LCI pourrait faire son entrée sur la TNT gratuite et concurrencer ainsi BFMTV et i>télé - fait courir un risque vital pour les opérateurs actuels. Les autorités de tutelle qui ont la mission d’accompagner l’évolution du paysage audiovisuel prendront-elles le risque ? 

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