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Business des autoroutes : les péages sont-ils vraiment trop chers en France ?
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Dérapage financier

Business des autoroutes : les péages sont-ils vraiment trop chers en France ?

Week-end le plus chargé de l'année sur les routes. Sur les 11 500 kilomètres d'autoroutes françaises, 9 000 sont à péages. Un système qui présente quelques étrangetés...

Arnaud de Blauwe

Arnaud de Blauwe

Arnaud de Blauwe est journaliste. Il est le rédacteur en chef adjoint du magazine Que choisir.

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Atlantico : Ce samedi marque le début du week-end le plus chargé de l'année sur les routes, avec un chassé croisé entre juilletistes et aoutiens. Deux jours de rêves pour les entreprises qui tiennent les autoroutes en France. Cependant, au 1er février, les tarifs des péages autoroutiers ont augmenté de 2,5 % en moyenne, soit plus que l'inflation en 2011 (2,1%). Peut-on dire que les Français paient leurs autoroutes trop cher, notamment par rapport à leurs voisins (Espagne ou Belgique) ?

Arnaud de Blauwe : Oui. Au tout début, les péages devaient être provisoires. Mais pour financer la construction de nouvelles autoroutes, l'Etat a prolongé les premières concessions. C'est devenu un mode de gestion habituel et courant du système autoroutier français : les autoroutes déjà amorties devaient financer les nouvelles (techniquement, cela s appelle l'adossement). Mais, dans les années 90, l'Europe a interdit cette pratique. Les tarifs des péages des autoroutes concédées n'ont pas baissé pour autant, au contraire.

Il est vrai que les autoroutes françaises sont plus chères qu'en Italie et en Espagne. Il y a quelques années (2008, complété en 2009), dans un rapport remarqué, la Cour des comptes avait dénoncé l'opacité des tarifs des péages et la survivance de pratiques peu loyales pour l'automobiliste comme le foisonnement. Même depuis la privatisation du réseau, il y a six ans, les tarifs du péage restent encadres par l'Etat. Le foisonnement consiste a augmenter annuellement davantage les tronçons les plus fréquentés et pratiquer une hausse faible voire nulle sur les tronçons qui le sont moins. De la sorte, les sociétés respectent le taux de hausse moyen qui leur est accordé. Dans son rapport de 2008, la Cour des comptes avait regretté cette pratique. Les sociétés s'étaient engagées à ne plus la suivre... Mais des relevés récents effectués par Que Choisir montrent encore quelques incohérences. Un même long trajet peut revenir plus cher de quelques euros ou centimes d'euro que si on le fractionne (sortie puis entrée immédiate a la même gare de péage) une ou plusieurs fois. 

La privatisation du réseau a-t-elle entraîné une hausse des coûts ?

La privatisation des autoroutes il y a six ans s'est traduite par une recherche de gain de productivité et d'économies, sans que cela ne profite réellement aux automobilistes. Les tarifs des péages ont continué de régulièrement augmenter et les péages français restent chers. Un exemple : au péage, le nombre d'employés diminue année après année, les opérateurs étant remplacés par des machines. Pourtant, cela n a pas été répercuté sur le ticket de péage payé par l'usager.

Résultat, les autoroutes restent une affaire juteuse pour leur gestionnaire. En 2011, Vinci autoroutes, la plus grosses société autoroutière française a réalisé un chiffre d'affaires de 4,4 milliards d'euros (en hausse de 3,5 % alors que, dans le même temps, le trafic n'a cru que de 0,6 %) et a engrangé 820 millions d'euros de bénéfices (+ 1,4 %).

L'argument de l'entretien des routes, pour justifier le tarif des péages, est-il suffisant ?

Selon plusieurs observateurs, après la privatisation, certaines sociétés auraient bien tenté de rogner sur les dépenses d'entretien. Mais elles n'auraient pas franchi le pas. Les sociétés sont liées par un cahier des charges à l'Etat, qui fixe toute une série d'obligations. Et ces dernières années, l'Etat serait devenu plus attentif, notamment depuis la création du Comité des usagers en 2009, suite aux préconisations de la Cour des comptes et dans lequel on trouve des représentants d'organisations de consommateurs et d'automobilistes.

Concrètement, pour aller d'un point A à un point B, est-il rentable aujourd'hui de prendre l'autoroute en France ?

Non, il est évident que l'alternative de la route est plus économique. Mais elle est aussi plus longue en temps de parcours et plus dangereuse. L'autoroute est nettement plus sûre que le réseau secondaire. Sur autoroutes, la première cause d'accident mortel est l'endormissement.

Que Choisir a demandé l'avis de ses lecteurs dans une grande enquête publiée en juin*. Les Français sont-ils satisfaits de leur réseau autoroutier ?

Le taux de satisfaction des usagers est plutôt moyen, puisqu’il atteint 68%, tous réseaux confondus. Cela peut sembler bon, mais c'est bien inférieur à la plupart de nos enquêtes qualité. Trois autoroutes sortent un peu du lot avec un taux de satisfaction bien supérieur : l’A20 (Brive/Montauban) avec 82%, l’A40 (Macon/St Gervais) avec 79% et l’A 62 (Bordeaux/Toulouse) avec 77%.

Dans le détail, 8 usagers sur 10 se déclarent satisfaits de la chaussée – sauf quand il pleut. Parmi les points noirs, la propreté des toilettes... et bien sûr le péage. Seulement 14% des lecteurs jugent les tarifs justifiés. Et au-delà du niveau des tarifs, les lecteurs condamnent leur opacité.
Enfin, 45% des 17 000 lecteurs qui nous ont répondu regrettent la disparition des opérateurs de péages, remplacés par des machines.

Propos recueillis par Morgan Bourven

* Autoroutes à péages : la qualité fait des zigzags, Que choisir, juin 2012

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