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Bruno Le Maire s'exprime lors d'une conférence de presse à l'Élysée après un Conseil de défense et de sécurité nationale consacré aux conséquences de l'invasion russe en Ukraine. Paris, 28 février 2022.
Bruno Le Maire s'exprime lors d'une conférence de presse à l'Élysée après un Conseil de défense et de sécurité nationale consacré aux conséquences de l'invasion russe en Ukraine. Paris, 28 février 2022.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico Business

Bruno Le Maire promet les sanctions économiques les plus redoutables, mais qui va en payer le vrai prix ?

Après avoir détaillé les sanctions infligées à la Russie, Bruno Le Maire confirme que les Occidentaux ont choisi de livrer une guerre économique et financière totale afin de provoquer l’effondrement de l’économie russe. Il n’a pas caché que cette guerre va avoir un coût pour tous les peuples

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Bien que le ministre de l’économie soit revenu sur les termes qu’il a utilisés, c’est pourtant bien une guerre que l’Occident a déclarée à la Russie. Une guerre économique et financière en représailles à l’invasion de l’Ukraine, et c’est vrai que, jamais dans l’histoire, aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, on ne retrouvera un exemple aussi violent et puissant. Les livres d’histoire nous racontent les blocus de l’Angleterre ou de Saint-Pétersbourg, mais rien à voir. 

L’ensemble des sanctions mises bout à bout a pour objectif de créer une situation économique et sociale qui deviendrait très vite insupportable aux populations russes et par conséquent, aux dirigeants qui seraient alors obligés de reculer ou même de partir. 

L‘ambition est énorme, les moyens utilisés sont gigantesques mais le projet est risqué parce que la réaction de Vladimir Poutine est imprévisible. 

L’objectif des sanctions est d’affaiblir le potentiel économique et industriel de la Russie qui est assez fragile, par les embargos multiples, les interdictions d’importer ou d’exporter, mais il est aussi de provoquer l’asphyxie financière du pays. 

Le gel des réserves de la banque centrale stockées à l’étranger (environ 600 milliards) va priver la Russie de pouvoir réguler le cours du rouble, d’où l’inflation galopante, conséquence de la chute de la confiance de la monnaie et de la hausse des taux d’intérêt pour freiner la baisse de la monnaie. 

Mais le blocage du réseau Swift va aussi paralyser le fonctionnement des banques dans leurs relations réciproques. Les codes Swift portaient avec eux le facteur confiance dans les échanges.  Les banques vont donc très rapidement manquer de liquidités. Y compris pour les consommateurs qui ne trouveront plus de cash et qui auront du mal à utiliser leur carte de paiement.  C’est donc l’ensemble de la population qui va souffrir de la hausse des prix et des pénuries et tout dépend comment cette population va réagir. 

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Mais ça n’est pas tout puisqu’en haut de l’échelle sociale, les plus riches vont se retrouver eux aussi touchés au portefeuille puisque leurs avoirs en banques sont gelés, leurs actifs vont être saisis ou séquestrés et qu’en prime, ils ne peuvent plus voyager. Leurs voitures restent dans les garages qu’ils possèdent près de leur villa ; les yachts sont bloqués dans tous les ports européens ou américains, et leurs avions sont collés au sol. Pour la première fois dans l’histoire, la Suisse, qui était jusqu'à maintenant le refuge ultime en Europe, s’est résolue à partager les décisions de l'Union européenne. Alors cette composante de la guerre totale sera sans doute plus difficile à mener parce que les oligarques ont su se protéger, ils sont accompagnés des meilleurs avocats, il n’empêche qu’ils vont être complètement isolés, bannis du monde occidental dont ils appréciaient beaucoup l’art de vivre. Ces oligarques se retrouvent complètement coincés, parce qu’ils ne peuvent plus faire de business mais en plus, ils ne peuvent pas profiter de l’argent qu’ils ont accumulé. 

Certains commencent à grogner parce que leurs entreprises vont étouffer et leurs avoirs vont perdre l’essentiel de leur valeur. Trois d’entre eux, et non des moindres, ont nommément condamné la politique de Vladimir Poutine. Il est vrai qu’ils sont pour l’instant à l’abri à Londres.

Cette situation prouve néanmoins que les protestations que l’on perçoit déjà à St Pétersbourg ou à Moscou vont se multiplier, parce que le peuple va souffrir gravement des pénuries et de l’inflation, donc de leur baisse de pouvoir d’achat. 

Avec en plus, un mécontentement croissant des élites intellectuelles et du business. La vraie question dans l’équilibre des forces socio-politiques qui a le vrai pouvoir en Russie.

Est-ce que le peuple russe a du pouvoir ? Pas évident. Il a assez peu de moyens d’exprimer son mécontentement ou son avis. Soit dans un sens, soit dans un autre. Les observateurs n’attendent pas que la rue à Moscou fasse la révolution.  

Est-ce que les oligarques ont le vrai pouvoir ?  C’est une vraie question. Beaucoup expliquent que ce sont les oligarques qui ont installé Vladimir Poutine au pouvoir, un homme en qui ils avaient confiance pour qu’il protège leur business ... ce qu’il a fait pendant plus de 20 ans. Avec tous les excès qu’on connaît, mais dans la stabilité. Aujourd’hui, la situation a changé, les oligarques peuvent penser que le régime ne protège plus la situation économique de la Russie et hypothèque leur business. Bref, les mêmes observateurs qui n’attendent pas une révolution de la rue, espèrent à mi-mot une révolution de palais. 

Dans tous les cas de figure, c’est le peuple qui va trinquer. 

Alors on peut aussi penser que la chaine de pouvoir va dans l’autre sens. Poutine tient les oligarques à sa main. Donc ils sont paralysés, ça n’est pas faux. D’autant que Vladimir Poutine n’a jamais hésité à sanctionner sévèrement quelques oligarques. Mais il a toujours fait très attention à ceux qu’il a envoyé en prison, laissant les plus dangereux pour lui s’installer en Europe. Ceux-là sont encore bien vivants. 

A noter qu’une des sources de revenus les plus importantes pour la Russie a été protégée. Les ventes de gaz et de pétrole ne sont pas affectées. L’Europe va continuer d’acheter ces énergies parce que l’Europe en a besoin. L’escalade ultime dans cette guerre économique serait que les approvisionnements en gaz et en pétrole soient interrompus. 

Dans ce cas-là, pour la Russie c’est l’étouffement total, mais pour l’Allemagne c’est le froid et la paralysie en attendant de trouver des fournisseurs alternatifs. On n’en est pas là. 

En attendant le prix à payer sera déjà exorbitant pour les russes de la classe moyenne, (épargne étouffée, crédit impossible, transactions paralysées et usines en panne). 

Mais ce que ne dit pas encore avec précision Bruno Le Maire, c’est que les populations européennes vont être impactées. Dans leur niveau de vie, dans leurs emplois, dans leurs investissements. 

Les prix de l’énergie vont continuer d’augmenter (ceux du gaz et du pétrole) et le commerce extérieur va être plus difficile, donc plus couteux. L’économie française possède 300 entreprises installées en Russie, beaucoup d’investisseurs, beaucoup d’emplois (près de 300 000 emplois) qui font de la France le premier employeur de la Russie.  

Dans les jours qui viennent, il faudra aussi intégrer les milliers de réfugiés qui vont choisir la France et dont l’installation aura forcément un cout. 

Les réponses de l’Europe - et notamment de la France - ont été fortes et puissantes, les changements induits dans le fonctionnement de l‘Europe et les modèles économiques de chaque pays membre seront importants mais tout cela a un cout. Jean Castex, le Premier ministre, a confirmé que le Ministre de l’économie Bruno Le Maire, allait préparer une budgétisation de toutes ces dépenses induites et de leur financement. Après « le quoi qu’il en coute » contre le Covid, il faudra sans doute organiser « un quoi qu‘il en coute contre la Russie ». En espérant que ce « quoi qu’il coute » soit aussi pour protéger la paix et les libertés dont jouissent les Occidentaux. 

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