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Bon alors ce point G, il existe ou pas ?
©Pixabay

Saint Graal

Bon alors ce point G, il existe ou pas ?

Zone (hypothétique) du vagin, le point G a la réputation d'être extrêmement érogène jusqu'à provoquer, lors de sa stimulation, un orgasme dans la plupart des cas. Mais son existence est sujette à controverse.

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : D'après le Quotidien du médecin, le point G, près de l'urètre, serait une invention. Cette idée est récurrente depuis plusieurs années. L'orgasme serait clitoridien et non vaginal. Qu'en est-il ?

Michelle Boiron : L’humain n’a de cesse que de vouloir tout expliquer pour tout maitriser. La sexualité est sur le gril depuis la révolution sexuelle de 68, qui a levé le tabou sur le sexe. Les progrès de la médecine le permettent en partie.  Il y a aujourd’hui pléthores d’études et d’examens comme l’IRM pour "pénétrer" dans notre cerveau pour voir les zones concernées par l’orgasme féminin mais aussi masculin et les comparer. Quant au vagin il est passé d’un lieu mystérieux (qui en faisait son charme) à un lieu qui se visite, se dissèque s’étudie se compare se normalise. Il peut même se réhabiliter par la chirurgie esthétique : opération des lèvres, acide hyaluronique pour accentuer la jouissance dans le point G ou ailleurs. Les piqures de botox réservées aux muscles du visage ont elles aussi gagnées du terrain. Elles sont injectées dans le releveur de l’anus pour contrer le muscle qui ferme l’entrée du vagin de certaines femmes.

Cette découverte du point G dans les années 50 par le gynécologue Grafenberg continue d’alimenter le débat sur l’érogénéité du complexe Clitorido-vaginal.  En effet les positions restent empiriques et aléatoires pour le bonheur des médias et l’inquiétude des femmes sur leur mode de jouissance !

Suis-je clitoridienne ou suis-je vaginale ? Ces dernières années le must étant du côté de la vaginale. Ainsi on est venu valider cette jouissance en décernant à certaines femmes un point G. Quand on sait la méconnaissance de l’anatomie des femmes sur ce qui existe réellement dans leur sexe  féminin comme les racines du clitoris on peut s’étonner de vouloir s’acharner à repérer des zones hypothétiques. Cette zone du point G viendrait valider un savoir-faire du côté de l’homme qui saurait stimuler un point hypothétique bien précis et un savoir être de la femme qui en serait pourvue !

On peut certes reconnaitre qu’il existe de bons amants dont la sexualité serait innée et d’autres pour lesquels la sexualité serait acquise donc nécessitant un apprentissage, ce n’est pas une raison pour faire de l’orgasme un circuit électrique bien codé. On peut néanmoins être d’accord sur l’ignorance qu’ont certains hommes et certaines femmes sur leur corps sexués mais arrêtons de regarder le vagin comme un objet fonctionnel pour redonner à la sexualité une dimension pluriel entre le sexe, les émotions et le cerveau.

Dans quelle mesure son existence ou sa non-existence peut avoir des conséquences sur le plaisir des femmes ?

Après 2000 ans de sexualité taboue et cachée on est arrivé à l’autre extrême c’est à dire une sexualité qui se montre, se regarde à la loupe, voire à la carte ! Technicité et compétence exigées. Or quand on sait que l’organe central de la sexualité est le cerveau, on peut être un peu plus humble. On sait que le désir de la femme procède d’associations mentales inconscientes qui s’activent dans certains contextes émotionnels. C’est pourquoi au cours d’une analyse on peut repérer des postures, des sensations qui se sont "inscrites" dans le corps et le cerveau de la petite fille qui vont inconsciemment se rejouer à l’âge adulte. L’exemple des femmes qui se frottent sur le drap sans avoir recours à la masturbation nous éclaire sur des fixations infantiles qui conditionnent parfois une sexualité qui se fige sur un mode au lieu d’avoir un panel de jouissances, apanage de la femme.

Alors pour ces femmes comme pour celles dont on parle peu et dont l’orifice du vagin est comme un mur impénétrable et que l’on nomme "vaginique" ;  la question pour elle n’est pas tant de savoir si elles sont clitoridiennes, vaginales ou dotées d’un point G. Elles sont aux antipodes de cela et cette question du point G au contraire rajoute un trouble à une sexualité qui est déjà compliquée pour elles.  

Vous l’aurez compris l’existence ou non d’un point G peut rajouter un trouble au questionnement sur la jouissance féminine alors même qu’on n’est pas assuré de son existence ! On est passé d’une jouissance magique et mystérieuse à une jouissance codée et politiquement correcte comme si, après avoir été dégagée de l’emprise des hommes sur leur sexualité, la société devait à son tour  observer et dicter la jouissance féminine !

En revanche la question de la normalité se pose tous les jours pour les femmes, notamment à cause du harcèlement médiatique, sur la sexualité féminine tant en terme de capacité de fréquences de l’acte sexuel que de l’esthétique de leur partie intime et de leurs performances à atteindre ou non l’orgasme et surtout quelles manières ? Les modes passent, espérons que la jouissance reste naturelle ! Les femmes sont passées d’une sexualité de "faire semblant" de jouir à une exigence de jouir.

Enfin comme l’écrivait Louann Bizendin : "Pour que les impulsions parviennent au centre du plaisir et déclenchent l’orgasme, il faut que l’amygdale, centre de peur et d’anxiété aient été préalablement désactivée". Cela nous éclaire d’une part sur la pathologie du vaginisme qui est une phobie de la pénétration et d’autre part sur les femmes qui n’ont ni désir ni plaisir. Elles seraient agies par un mécanisme de défense bien organisé dans le cerveau.

Le discours et les controverses sur le point G et autres réjouissances ont généré voire aggravé des problèmes sexuels chez des femmes qui ne se posaient aucune question jusqu’alors et crée une névrose d’échecs et de non-conformité à la norme ambiante. 

Comment ce mythe a-t-il pu se construire ? 

Quand on cherche quelque chose on le trouve ! Les hommes veulent percer le mystère de la jouissance féminine et ils n’auront de cesse que de pouvoir l’expliquer. La question du point G en est un exemple. Ce n’est pas approuvé par tous les scientifiques mais des pistes de localisation très précises et des dimensions cotées bien précises  l’attestent : il serait situé à l’arrière de la membrane périnéale avec mesures à l’appui : Longueur : 8 mm, largeur 3,6 et hauteur : 4,6.  Pour les tissus qui composent le point G, s’il existe, on a trouvé aussi une explication : le point G serait composé de vestiges de tissus prostatiques… La comparaison avec la prostate est une piste (un début tant recherché d’égalité homme femme). Il reste que la jouissance, elle, n’est pas un mythe que certaines femmes l’obtiennent d’autre pas. La question de savoir si le fait de nommer un lieu dans le vagin fait jouir plus de femmes est une autre question. Le phénomène de persuasion pourquoi pas ? La magie de la jouissance reste secrète et l’alchimie de deux personnes qui se rencontrent dans un acte sexuel désiré, désirant et excitant ne peut s’expliquer encore moins se disséquer au risque de perdre sa magie et son effet !  

Maintenant si la jouissance se robotise et si l’on doit avoir recours à un sex toy ou autre objet machine autant avoir un mode d’emploi qui fonctionne. Alors les zones sensibles pourront être testées et reproductibles dans un fonctionnement, alors que le contexte merveilleux qui fait qu’au cours d’un acte sexuel une jouissance partagée se produise cela n’est pas forcément duplicable…

On n’est pas encore des machines !

Puisque le phénomène existe on peut valider qu’il existe une zone particulièrement innervée et sensible qui peut déclencher un orgasme. De par sa situation près de l’urètre et les racines du clitoris. On parle peu de ces racines de clitoris mais l’on peut émettre une hypothèse : elles pourraient conduire une jouissance interne vaginale à partir du clitoris pendant les mouvements de va et vient pendant la pénétration à condition de ne pas lâcher la stimulation du clitoris.

L’important pour la femme dans sa sexualité, c’est qu’elle ne soit pas divisée en "zones" mais plutôt réconciliée en une unité dans son corps sexué. Plutôt que d’attiser les polémique clitoris, vagin, point G incitons les femmes à maintenir les réelles implications autour du lien qui sont nécessaires à son épanouissement sexuel. 

La zone déterminante du plaisir serait, chez les femmes, le cerveau. Est-ce vrai ?

J’ai en partie déjà répondu à cette question oui l’organe central de la sexualité c’est bien le cerveau ! En revanche il l’est pour l’homme comme pour la femme, même si les zones qui sont concernées par l’orgasme dans le cerveau ne sont pas les mêmes pour les deux sexes. Les femmes auraient trois zones et les hommes une seule.

Les cinq sens participent à notre plaisir mais le visuel est plus présent chez l’homme alors que pour la femme le contexte est plus important ! L’homme peut se déconnecter, la femme elle est toujours branchée avec le contexte.

Le contexte émotionnel reste la clé de la relation sexuelle chez la femme. Pour ceux qui continuent de vouloir percer son mystère  ils doivent tenir compte que le lien et l’attachement sont constitutifs de son désir. Qu’ils ne l’oublient pas ! On ne peut nier qu’elle est aussi conditionnée par ses organes génitaux (avec ou sans point G) et aussi par les hormones dont l’ocytocine qui a un rôle majeur dans l’orgasme.

Même si la science progresse et tente de tout expliquer on peut espérer que la femme ne perde pas son mystère et qu’elle préserve son statut de femme. 

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