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Un comprimé de viagra.
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Serrage de ceinture

Besoin de viagra… La loi de programmation militaire menace-t-elle la France d'impuissance dans ses opérations à l'étranger ?

La loi de programmation militaire doit être débattue à l'Assemblée nationale. Elle entérinera surtout des choix concrets qui porteront sur les coupes budgétaires que subira la Défense dans les années à venir.

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de Questions internationales en fiches (Ellipses, 2021 (quatrième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012). il est également l'auteur de Théories des relations internationales (Ellipses, février 2016). Il participe au blog Eurasia Prospective.

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Atlantico :  A partir du 26 novembre sera discutée à l'Assemblée la loi de programmation militaire (LPM) qui doit mettre en œuvre concrètement les coupes budgétaire imposée à la Défense. Dans quelle mesure cela va-t-il impacter à la baisse notre capacité à agir sur des terrains extérieurs ?

Guillaume Lagane : Les ambitions affichées par la France vont effectivement se réduire puisque ce que l’on appelle le « contrat opérationnel », c’est-à-dire la force de projection de ce que la France peut envoyer à l’extérieur va passer de 30 000 hommes aujourd’hui à 15 000 hommes. C’est une réduction effective, même s’il faut la relativiser car on n’a jamais été capable d’honorer ce contrat. Les 30 000 hommes sont restés un chiffre théorique et il n’y jamais eu autant d’hommes envoyés sur les différents théâtres d’opération. Il y a cependant une réduction des moyens financiers des armées qui aura un impact d'une part sur la réduction des effectifs (baisse de 24 000 hommes) mais d'autre part sur un étalement des programmes d’armement. Ce dernier risque d'être gênant car cela peut vouloir dire que les capacités de transport aérien – avec le fameux A400M – seront moindres, avec un étalement dans le temps. Enfin, sur les capacités d’intervention et le nombre d’armements lui-même, on peut s’attendre à des déficits qui ne seront pas comblés, et je pense notamment à l’achat de drones, qui resteront en suspens.   

Y a-t-il des arbitrages qui doivent encore être réalisés sur la loi de programmation militaire ? Quels sont aujourd'hui les décisions en suspens ?

Ce que l’on sait globalement c’est que des arbitrages seront rendus jusqu’au dernier moment. Le ministère a considéré que les arbitrages plutôt favorables qui avaient été rendus cette année devaient être « payés » par le gel de crédit consécutif au dérapage des budgets finançant les opérations extérieures. Le budget initialement prévu au départ a finalement été doublé, et tous les ministères ont été mis à contribution pour financer ce déficit. Aujourd’hui, on veut revenir en effectuant une compensation sur le budget prévu. Une fois que la LPM sera votée, tout dépendra aussi de son application. Quand on regarde les LPM précédentes, les ambitions étaient souvent élevées mais la LPM n’était pas respectée au cours de son exécution. Cela a d’ailleurs valu pour toute les LPM depuis les années quatre-vingt-dix.   

De nouvelles considérations vont-elles apparaître dans les choix politiques et économiques d'une intervention française ? Quelles sont les nouvelles contraintes qu'il faudra dorénavant prendre en compte ? La France interviendra-t-elle seulement encore ?

Forcément, si vous réduisez les moyens financiers et opérationnels vous devenez plus sélectifs sur le nombre et la qualité des opérations. Ce que l’on peut dire est que la France souhaite rester capable de mener tous types d’opérations et avoir la possibilité de rentrer la première sur un champ de bataille. Mais la question de savoir si l’on pourra le faire sur tous les champs de bataille va se poser. On l’a bien vu au Mali : la France reste dépendante de ses alliés – et notamment les Américains – pour les moyens de renseignements et les moyens de transports. Ce n’est pas un souci majeur car il est rare maintenant que l’on mène une opération seul, mais cette dépendance devra être un facteur à prendre en compte dans le futur. Tant que cela concernera l’Afrique, il n’y aura pas de difficultés car on est plutôt dans une sorte de « sous-traitance » de facto, où la France est surtout chargée de maintenir l’ordre, mais du coup elle devient un peu plus une puissance « régionale » qu’une puissance à vocation mondiale.   

Alors que l'Afrique subsaharienne vit une situation particulièrement tourmentée, la France réduit ses capacités militaires : cette combinaison ne va-t-elle pas marquer le déclin de notre pays dans la région, à un moment où elle aurait pu affirmer son influence ?

C’est vrai qu’il faudra étudier cela avec le regard de l’historien car la France coupe dans ses budgets de Défense au moment où l’Afrique est de fait une zone de crise et de tensions récurrentes. En 2008, on parlait encore à propos de la France d’un « axe Dakar-Kandahar » ; on voit aujourd’hui que la France a quitté l’an dernier l’Afghanistan, que notre engagement en Syrie a surtout été verbal, mais dans le même temps on a un recentrage sur l’Afrique, une spécialisation même. Les moyens seront-ils suffisants ? Difficile de répondre car pour l’instant on navigue encore un peu à vue : on avait pensé fermer les bases africaines, finalement celle de Dakar a été mise sous cocon, mais on a réactivé Abidjan, et on a déployé d’importants moyens au Mali, tout en s’appuyant sur ceux que nous possédions au Tchad. Aurons-nous toujours ces moyens dans l’avenir ? Il ne faut en tout cas pas être obsédé par l’idée d’avoir en permanence des forces en Afrique. Il n’est pas nécessaire de mobiliser des moyens extrêmement lourds dans le domaine car on lutte sur place contre des milices montées sur des pick-up, et non pas des adversaires de premier rang. Le plus important est surtout d’avoir des relais efficaces permettant de déployer rapidement des forces de la métropole vers l’Afrique. C’est donc plus une capacité de renseignements – donc les drones – et de projection – donc les avions de transport – que nos capacités pourraient être rognées alors que nous ne sommes déjà pas autonomes.  

Propos recueillis par Damien Durand

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