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Ben Bernanke.
Ben Bernanke.
©Reuters

Au revoir président

Bernanke, l'homme qui a permis d'éviter que 2008 ne se transforme en une réédition de la crise de 1929

Alors que Ben Bernanke laisse sa place à Janet Yellen à la tête de la Réserve fédérale américaine, l'heure est au bilan. Une inflation maîtrisée aux Etats-Unis et un chômage proche des 7% devraient faire taire les critiques.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Il faut rendre hommage à Ben Bernanke. A l’heure où le président de la Fed a choisi de renoncer à la poursuite de sa tâche, à l’heure où le nom de son successeur, Janet Yellen, est connu. Cet homme a été critiqué de toutes parts depuis cinq ans, jugé incompétent, irresponsable, coupable d'une débauche monétaire sans précédent. Les "cyberautrichiens" voyaient en lui le prophète de l'hyperinflation. Cinq années après la crise, les chiffres sont là aux Etats-Unis : un chômage proche de 7%, une inflation maîtrisée.

Sur cette question, Bernanke était interrogé par le sénateur Bob Corker lors d'une audition devant le Congrès en février dernier. Corker l'accuse alors d'être le président de la Fed le plus laxiste depuis la Seconde Guerre mondiale. Le sénateur aurait mieux fait de se taire, la réponse a été cinglante : "Vous me dites laxiste, peut-être le suis-je sur d'autres sujets, mais mon bilan "inflationniste" à la tête de la Fed fait de moi le président le plus conservateur depuis 1945". En effet, la moyenne d’inflation de Ben Bernanke reste ancrée au seuil de 2,00%. Bob Corker aurait pu se renseigner avant d’accuser le président sur la base de présupposés.

Nous devons à Ben Bernanke d'avoir su convaincre un comité parfois hostile à ses idées. Pour cela, il fera notamment appel à un conseiller en stratégie qu'il verra intensément au cours de l’été 2012. Etre à la tête de la Fed suppose une dimension politique, une capacité de conviction qui lui a parfois fait défaut. Bernanke apprend et avance, il parvient à convaincre ses pairs un par un pour entrer dans une politique ambitieuse de relance monétaire. Adieu le seul objectif d’inflation, un objectif de taux de chômage de 6.5% est fixé.

Cette relance, si souvent perçue comme laxiste, a permis de faire tenir l'économie mondiale. L'Europe ne sera pas d'un grand secours, et les Etats-Unis se retrouvent confrontés à un risque que Bernanke connaît par cœur  la déflation. Encore universitaire, Bernanke a été le plus éminent spécialiste de la grande dépression. Il en connaissait les causes, et ne pouvait, ni ne voulait se retrouver responsable d'un marasme similaire.

Le 8 novembre 2002, Ben Bernanke prononçait un discours à l'occasion du 90e anniversaire de Milton Friedman. Friedman est alors interpelé par Bernanke en sa qualité d'auteur du monumental A Monetary History of the United States, premier ouvrage à pointer la responsabilité de la Fed dans la crise de 1929, co-écrit avec Anna Schwartz en 1963. Friedman et Schwartz y soutiennent que La Fed a permis 1929 par sa défaillance devant la nécessité de soutenir l’économie.

"Laisser moi finir mon discours en abusant un peu de mon statut de représentant officiel de la Réserve Fédérale. Je voudrais dire à Milton et à Anna, concernant la grande dépression, vous aviez raison, c'est notre faute. Nous en sommes désolés. Mais Grâce à vous, nous ne le permettrons plus."

L'histoire a voulu que Bernanke se retrouve confronté à une situation comparable, il a tenu sa promesse, il a fait tout ce qu'il a pu. Il n'est pas toujours parvenu à convaincre rapidement, à agir avec l'ampleur nécessaire, mais il est parvenu à éviter une répétition de 1929. Grace à son action, le monde n'a pas sombré dans les mêmes proportions. Car il a été bien seul au cours des années 2009 à 2013. La BCE est quant à elle restée intransigeante avec des résultats aussi insupportables qu'injustifiables.

Bernanke a réellement sauvé l'économie mondiale, l'histoire lui rendra cet hommage, peut-être aussi tardivement que le livre de Friedman venait conclure les causes de 1929, soit 33 ans après.

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