Benoît Duteurtre : les vertueux ridicules | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Benoît Duteurtre publie « Dénoncez-vous les uns les autres » (Fayard).
Benoît Duteurtre publie « Dénoncez-vous les uns les autres » (Fayard).
©Richard Dumas / DR / Fayard

Atlantico Litterati

Benoît Duteurtre : les vertueux ridicules

Les oukases de la bien-pensance tuent la France de Montaigne et de Voltaire dit Benoît Duteurtre, écrivain, critique musical et producteur sur France-Musique ; l’arrière-petit-fils de René Coty est le seul romancier de ce temps capable de pleurer en douce tout en nous faisant -beaucoup- rire. Précisions.

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est écrivain, critique littéraire et journaliste. 

Voir la bio »

Benoît Duteurtre publie « Dénoncez-vous les uns les autres » (Fayard). Un état des lieux de la France contemporaine. Drôle mais tragique…

« C’est une époque qui juge tout le monde si sévèrement à travers la lorgnette de la politique identitaire que vous êtes d'une certaine façon foutu si vous prétendez résister au conformisme menaçant de l'idéologie progressiste, qui propose l'inclusion universelle sauf pour ceux qui osent poser des questions. Chacun doit être le même et avoir les mêmes réactions face à n'importe quelle œuvre d'art, n'importe quel mouvement, n'importe quelle idée», s‘insurgeait Bret Easton Ellis dans « White » (Robert Laffont). C’était avant le cataclysme du wokisme déferlant en Europe. Avant le virus de la sottise contaminant ceux qui  voulant faire l’ange, faisaient la bête, avant le déferlement de la pensée unique et les perversions du progressisme au pays de Montaigne, de Molière et de Baudelaire. Dans « Dénonçons-nous les uns les autres » ( Fayard), Benoît Duteurtre fait l’inventaire de ce qui tue à petits feux l’esprit critique et que nous acceptons cependant. Entre autres méfaits, le conformisme ambiant  si bien que tout le monde se met à penser la même chose en même temps. Nous  en mourrons demain si nous ne réagissons pas à temps,  prédit Benoît Duteurtre : c’est la fin de ce que le monde entier nous envie : la culture et l’esprit français. Auteur de nombreux romans et essais surtout publiés chez Gallimard et Fayard, critique passionné de musique contemporaine et  -paradoxalement-de chansons françaises et d‘opérette, Benoît Duteurtre est  aussi l’arrière petit- fil de René Coty. L’auteur  de « Dénonçons-nous »devrait siéger bientôt quai de Conti, autant  pour ce qui est de son art de la forme (belle écriture, déliée, fluide),  que pour ce qui est  du bien-fondé de son sujet de prédilection : la défense et l’illustration de la culture française, ce fonds qu’il défend  dans chacun de ses livres, attaquant en solitaire tout ce qui l’abîme et l’étiole. Benoît Duteurtre est allergique à la sottise ambiante.Son  roman « Dénoncez-vous les uns les autres »( Fayard) force le trait pour mieux attirer notre attention sur le ridicule et les dangers de la bien-pensance. Le progressisme exige de chaque citoyen une vertu qui  n’est rien d’autre que l’autre  nom du conformisme. Nous devenons des moutons obéissant aux injonctions de nos  gouvernants. Alors que la terre entière rêve  de pouvoir demain voyager dans l’espace aux côtés Elon Musk, Benoît Durteutre a la nostalgie  des Buffets de Gare d’antan. Et des wagon-lits. Au premier degré, son roman semble une attaque drôle  car féroce des clichés  dans   l’air du temps. Homophobie, transphobie, racisme, sexisme, harcèlement, climato-scepticisme, etc. : nous sommes priés de laisser au vestiaire ces gravissimes travers de papa.   Il faut être vertueux  dans la France 2022, dit Benoit Duteurtre ( Prix Médicis  pour « Le voyage en France » ) dans son nouvel opus  « Dénoncez-vous les uns les autres » . « Il y a des airs de Révolution culturelle dans cette grande Déconstruction  qui pour se maintenir doit gâter les uns pour terroriser les autres » dit-il. Il s’agit en fait  du catalogue des bons sentiments et  vertus obligatoires en Fr     ance, vertus et bien-pensance importés de la culture puritaine du Nord de l’Europe et des pays anglo-saxons. La « Douce France » de Charles Trenet sera morte demain si nous ne refusons pas le conformisme ambiant et la vertu terrifiante des idiots. La France   d’aujourd’hui  est sans pitié pour le malheureux qui par malchance serait non -conformiste. Pour vivre heureux en France ces derniers temps, il faut penser comme les autres, c’est- à- dire ne pas penser. La panoplie de la  vertu du progressiste furieusement mode aurait enchanté Molière, qui repérait le ridicule et les uniformes psychiques des kilomètres à la ronde. Au-delà de la « cancel- culture » et du wokisme, Benoit Duteurtre souffre de ce qu’il voit, de ce qu’il refuse . Entre les mots ( l’écriture est limpide comme toujours chez Duteurtre),entre les pages drolatiques, rôde, tenace et pudique,  un chagrin  d‘enfant. L’auteur rêve d’avoir tort.  Douce France, tu ne peux pas devenir aussi bête, aussi moche songe l’auteur. Son lecteur reconnait  ce sentiment  d’exil, et retrouve donc chez Duteurtre un frère. «  Il avait c été́ condamné avec des circonstances atténuantes, liées à la création du musée de la Femme, et se voyait néanmoins contraint de participer, plusieurs week-ends, à un stage vertueux de sauvetage de la planète. » Et encore ceci : « Interroger le sexisme, renverser les stéréotypes... Robert avait l’impression d’entendre continuellement ce genre de formules comme un robinet d’eau tiède ».

À Lire Aussi

Pascal Quignard : une voix qui s’entend au fond de l’âme

Une tristesse latente, obsédante, discrète mais pernicieuse, hante ce texte  qui fait rire les lecteurs. Peut -on réussir partout et dans toutes les strates de la société ce formatage des consciences ? s’interroge l’auteur qui voit partout les vertueux, les frileux, les alignés,  des moutons en somme remplacer les Gavroche d’hier. « Il y a des airs de Révolution culturelle dans cette grande Déconstruction  qui pour se maintenir doit gâter les uns pour terroriser les autres ».Vertus et bons sentiments deviennent obligatoires, sinon guette la rééducation accélérée : « La dénonciation anonyme est encouragée pour lutter contre le sexisme  ; le recyclage des déchets fait l’objet d’une réglementation kafkaïenne  ; les amateurs de viande doivent abattre eux-mêmes leurs animaux  ; une «  brigade rétroactive  » fouille librement dans le passé de chacun. Quant aux coupables de propos inappropriés ou de complicité d’écocide, ils doivent se livrer à des confessions publiques. »  précise  l’éditeur. Soit la République décervelée «  Nous oublions tout. Que gardons-nous en tête? Pas le réel, non, pas l'histoire. Mais une ligne uniforme de pointillés, la même pour tous, qu'on a pris soin de nous buriner jour après jour dans la mémoire » note  Alexandre Soljenitsyne, dans « L’archipel du Goulag », héros mondial de la résistance  au formatage des cerveaux.

Annick Geille 

Repères

« Benoît Duteurtre est né à Sainte-Adresse, près du Havre. Ses romans racontent la France contemporaine. En 2001, il obtient le Prix Médicis pour Le Voyage en France. Ses livre récents s'aventurent aux frontières du réel : Service clientèle, La Cité heureuse et La Petite fille et la cigarette (2005), ont été traduits dans plus de vingt langues.  Depuis dix ans, Benoît Duteurtre anime une émission sur France Musique:-Étonnez-moi Benoît -»

À Lire Aussi

Pierre André : le solfège amoureux

Extrait 1

Benoît Duteurtre / « Dénoncez-vous les uns les autres » (Fayard)  

Les viandards doivent assumer !

« Le poulet regardait l’homme de ses petits yeux brillants. Bien calé contre sa poitrine, il dressait le cou et agitait le bec sans mesurer ce qui allait lui arriver dans quelques secondes. Pour le rassurer, Mao caressa doucement ses plumes; puis, songeant que le moment était venu, il déposa la volaille sur le plan de travail, juste devant l’assommoir électrique. Les pupilles de sa victime lui adressèrent un dernier regard dont il n’aurait su dire s’il exprimait la curiosité, l’affolement, le désir de vivre ou l’in- différence. Tout en maintenant l’animal immo- bile, Mao fit glisser sa tête dans l’ouverture de l’appareil en forme de « V ». Il appuya doucement pour coincer le crâne entre les bras de la pince reliée aux électrodes. Enfin, d’une voix douce, il murmura « adieu poulet » et appuya sur le bouton de couleur verte. L’assommoir émit un bip. Mao demeura ainsi pendant deux secondes encore et le volatile cessa de remuer. Ce poulet-là ne souffrirait plus jamais.

Il ne restait plus qu’à lui trancher le cou et à le saigner pour la bonne conservation de la chair. Oubliant l’appréhension qui, parfois, lui nouait le ventre, Mao prit le ciseau à volaille et s’approcha du réceptacle en songeant que les choses n’étaient pas si compliquées. Cet oiseau d’élevage n’avait pas perdu de grandes perspectives en perdant la vie. Il s’agissait, somme toute, des relations normales entre l’humanité́ et les espèces domestiques destinées à son alimentation. Dans un souvenir fugitif, il revit, au milieu d’un marché marocain, ce marchand de volailles qui prenait un à un les poulets tout frais dans un panier et coupait leurs têtes à la chaîne, sans même les regarder, comme l’acti- vité la plus banale.

À Lire Aussi

David Haziza : la révolution de la chair, ou la vitalité du monde 

Cette banalité, pourtant, se voyait désormais désignée comme barbare et son éradication progressait à grands pas. La loi ne proscrivait pas la consommation d’animaux morts ; mais le désir d’alimentation carnée faisait l’objet de critiques toujours plus sévères dans la société́, telle une forme archaïque d’irresponsabilité face à laquelle beaucoup réclamaient des mesures radicales. À la pression des mouvements anti- spécistes s’ajoutait la sensibilité grandissante des jeunes générations qui ne pouvaient imaginer sans angoisse d’attraper une truite au crochet d’un hameçon, puis de l’assommer ou de la laisser mourir asphyxiée. La plupart ne parvenaient même pas à̀ comprendre comment la pêche avait pu passer pour un divertissement.

Les partisans du végétalisme intégral n’entaient toutefois pas parvenus à̀ leurs fins en obtenant l’interdiction pure et simple de la viande et du poisson. Des nutritionnistes distingués soulignaient encore le caractère « omnivore » de l’homme et recommandaient que chacun puisse recourir à une alimentation équilibrée – sans abuser de la consommation de viande aux conséquences désastreuses pour la santé et l’écosystème. Les politiques évitaient de trancher, tout en accordant régulièrement de nouvelles concessions aux associations militantes. La réforme la plus emblématique, en ce sens, était cette « loi de responsabilité alimentaire » qui, désormais, contraignait les consommateurs de protéines animales à mesurer la violence de leurs appétits... en appliquant eux-mêmes les gestes meurtriers jusqu’alors dissimulés dans les abattoirs industriels.

Dorénavant, les amateurs de chair fraiche devaient procéder à l’abattage des petits animaux qu’ils consommaient. Mise en place progressivement, cette nouvelle réglementation se résumait dans une formule qui avait fait mouche : Tuez votre viande vous-même. La vente des morceaux conditionnes restait autorisées dans les grandes surfaces ; mais des centres agréés avaient ouvert en ville sous divers noms de marques (Boucheries responsables, Ateliers carnivores) permettant aux consommateurs de venir acheter poulets, dindons et lapins vivants, puis de procéder sur place à leur exécution au moyen d’un assommoir électrique ou d’un pistolet homologué. » 

Copyright Benoît Duteurtre : « Dénoncez-vous les uns les autres » (Fayard-2022)

Lien vers la boutique : cliquez ICI 

Extrait 2

Benoît Duteurtre « Les dents de la Maire »  (Fayard)

« Les ennemis de la démocratie»

« La municipalité́ parisienne, dans sa volonté́ de transformer le parvis de la mairie en centre d’animation permanent, vient ainsi d’ajouter une source de pollution supplémentaire aux nuisances déjà̀ nombreuses dans le quartier. Ce tintamarre vous attaque dès le matin quand on aimerait, simplement, profiter d’un jour de printemps sur les bords de Seine. Mais rien n’y fait. Les autorités adorent offrir tout au long de l’année cette activité́ festive qui leur tient lieu de politique « citoyenne ». Sur la place de grève, où l’on pendait autrefois les malheureux, c’est une succession ininterrompue de rendez-vous à̀ consonance anglophone : Innovation Day, sommet Cities for life, brunch anti-gaspi, fan zones sportives et, pour couronner le tout, dans la chaleur de juillet, le festival Fnac Live Paris qui transforme le parvis en Woodstock municipal sans aucun égard pour les riverains. Si j’avais le temps et l’énergie, j’irais voir les runners pour leur dire : « Ne vous laissez pas faire, promenez-vous au hasard.C’est ainsi que Paris est beau!» Mais une telle mission parait trop ambitieuse et le roulement de tambours continue à les encourager.

Le mieux, pour moi, reste donc de m’éloigner pour explorer des quartiers moins fréquentés. J’y retrouverai le plaisir de ralentir devant une boutique inconnue, puis de dresser la tête pour contempler un immeuble édifié, voici un siècle, à la gloire du syndicat de la chaussure. Le simple chemin jusqu’au métro s’avère toutefois de plus en plus difficile au milieu du ballet tourbillonnant des sportifs et des engins à roues qui, un peu partout, me doublent, me croisent, m’évitent de justesse et finissent par polariser toute mon attention. Une trottinette noire de marque Bird (un euro de prise en charge et vingt-cinq centimes d’euro par minute) fonce dans ma direction, je sursaute. Pour me protéger, je ralentis et j’entends derrière moi la sonnette d’un Vélib’ de couleur verte (trois euros d’abonnement et un euro par demi-heure supplémentaire au-delà des trente premières minutes de trajet) dont l’utilisateur me lance un regard assassin... Ce qui n’empêche pas, un peu plus loin, ce même cycliste de me bousculer sur le passage protègé où il n’a pas droit de circuler. Qu’importe, il protège la planète.

Pour ne pas le contrarier dans cette action vertueuse, je dois donc me serrer sur la mince portion de bitume que l’époque accorde encore aux piétons, mais également au jogger qui déboule droit devant. Lui-même n’entend pas dévier de son chemin tandis que son iPhone compte ses battements de cœur, tout en diffusant dans son casque les informations du jour. Je me demande quel avantage il en tirera pour sa santé quand je vois les centaines de voitures qui patientent et fument à côté de nous sur la chaussée rétrécie. Les conducteurs au volant semblent à la punition, tandis que les adeptes des circulations douces sèment l’inquiétude en slalomant sur la chaussée, au risque de se faire renverser – sachant que l’automobiliste sera toujours le seul responsable. Ils n’en respirent pas moins, tous ensemble, les émanations produites par ces véhicules paralysés, au milieu desquels une ambulance tente de se frayer un passage, sirène hurlante. » 

« Selon cette même logique, la culture au sens patrimonial est toujours jugée un peu trop couteuse – quand la mairie regarde si peu à la dépense pour nous imposer sa vision de l’avenir. Les églises parisiennes souffrent d’un manque chronique d’entretien; et plusieurs théâtres de quartiers, crées sous l’ère chiraquienne, se sont transformés en centres d’animation au détriment de programmations plus ambitieuses. Cette évolution touche le Châtelet lui-même, temple du divertissement musical. La nouvelle direction désignée par Anne Hidalgo et son adjoint Christophe Girard a transformé́ cette fabrique de grands spectacles en maison de la culture alignant les spectacles engagés et organisant des soirées électro qui ont mis en péril la décoration du théâtre. La municipalité́, vigilante, est également montée au front pour refuser d’honorer Henri Dutilleux, sous prétexte qu’il avait composé de la musique durant l’occupation (l’adjoint à la culture a finalement dû s’excuser après avoir découvert, un peu tard, que page158image3744480Dutilleux avait été́ un résistant et qu’écrire de la musique était son métier).

Dans un autre registre, puisque la musique de rue, c’est sympa, et que le désir de silence, c’est réac, les autorités se soucient comme d’une guigne de faire respecter les réglementations. Le métier de chanteur ou de musicien de rue est pourtant encadré depuis des siècles, non par obscurantisme, mais pour protéger la quiétude des citadins dans une ville bruyante – plus encore avec l’aggravation des embouteillages et les percements de tranchées pour les câbles, qu’on rouvre six mois plus tard pour le gaz. Le fait de jouer du saxophone ou de la guitare amplifiée sur le trottoir se voit donc soumis à des autorisations qui ne font plus l’objet du moindre contrôle. Du coup, les places, les ponts et les berges se voient envahis par des cohortes de musiciens et de chanteurs venus de toute l’Europe; sans parler des brigades de pseudo- accordéonistes qui jouent pour les touristes et transforment Édith Piaf en cauchemar pour les Parisiens. La mairie souhaite toutefois montrer qu’elle soutient l’esprit festif et organise des réunions pour « relancer la vie nocturne » – comme si la vitalité de celle-ci dépendait de programmes municipaux.

Une conception particulière de l’égalité la conduit également à pratiquer le nivellement par le bas. Les mairies des quatre premiers arrondissements ont ainsi fusionné dans un « souci d’équité ». Comme l’a expliqué́ la mairie dans une lettre adressée par la « Direction de la Démocratie, des Citoyen.ne.s et des Territoires » (ce qui n’est pas français, mais souligne le combat de la Ville pour l’égalité́ hommes/femmes), ces quatre arrondissements de moins de quarante mille habitants bénéfi- ciaient, avec leurs quatre mairies, d’un avantage indu face aux arrondissements plus peuplés qui disposent d’une seule mairie... Faute de moyens dans cette ville surendettée par des travaux déments, il convient donc d’ôter des services aux plus gâtes plutôt que d’en prodiguer aux moins choyés ! L’opération devrait, en outre, se traduire par un avantage pour le pouvoir municipal : le nouvel arrondissement ayant plus de chances de voter à gauche que les quatre entités précédentes.

Sans doute la Ville a-t-elle toujours été́, pour une part, un champ de bataille idéologique et l’illustration d’une vision politique affirmée à l’occasion d’évènements, foires, expositions et banquets. Désormais, le message municipal se rappelle en permanence, au cours de la moindre promenade, à grand renfort de passages protèges couleur arc-en-ciel (pour lutter contre l’homophobie) ou de signalisations citoyennes (« Paris respire », « Quartier libre ») – en attendant la création d’une « rue aux enfants » réservée, dans chaque arrondissement, aux jeux des bambins et interdite aux voitures – n’en déplaise aux riverains qui n’auront qu’à s’adapter. Mieux encore : la façade de l’Hôtel de Ville, transformée en mur d’exposition, nous rappelle que la vertueuse mairie participe à̀ tous les combats pour la liberté́. Des photos agrandies de prisonniers d’opinion du monde entier à la liste des victimes de féminicide, elle se revêt volontiers de couleurs sombres pour rappeler les Parisiens au devoir de vigilance. Toujours du bon côté, la ville a fait éteindre les éclairages de la tour Eiffel par solidarité, entre autres, avec les rebelles d’Alep-Est bombardés par les forces de Bachar al-Assad... oubliant au passage les Yéménites victimes des bombardements saoudiens.

N’allez toutefois pas dire à Anne Hidalgo qu’elle fait fausse route. Elle vous regarderait de son œil noir, puis ricanerait avec mépris, comme chaque fois que l’opposition s’exprime. Car cette femme ne doute pas. Elle possède l’assurance propre à son camp, toujours persuadé d’incarner la justice et les valeurs morales, quand ses adversaires ne seraient guidés que par l’égoïsme et l’intérêt. Ceux qui ne pensent pas comme elle sont des ennemis de la démocratie.»

Copyright Benoît Duteurtre « Les dents de la Maire, ou les souffrances du piéton parisien » (Fayard)

Lien vers la boutique : cliquez ICI

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !