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Si le problème est Hollande et son bilan, pourquoi Mélenchon est-il à 12% et non pas à 32% ? Pourquoi Montebourg, qui critique le président et sa politique est-il si bas dans les sondages ? Et pourquoi Macron chute-t-il ? Le problème n’est pas là.

4% de popularité

Bal tragique à l’Elysée, François Hollande le président tellement impopulaire qu’il en avait tué tous les prétendants à sa couronne

Le bilan du mandat présidentiel et l'impopularité de François Hollande rejaillissent sur l'ensemble des forces de gauche... qui risquent d'être absentes du second tour de l'élection présidentielle.

Gil  Mihaely

Gil Mihaely

Gil Mihaely est historien et journaliste. Il est actuellement éditeur et directeur de Causeur.

Voir la bio »Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : Selon un sondage BVA-Salesforce publié vendredi dernier, dans l'hypothèse d'une candidature Macron, l'ancien ministre de l'économie, en net recul, est crédité de 11% (-5,5) d'intentions de vote, derrière Alain Juppé (33%, +7), Marine Le Pen (26%, -2) et Jean-Luc Mélenchon (12%, +2). Emmanuel Macron devancerait cependant François Hollande, crédité de seulement 9% (=). Arnaud Montebourg serait quant à lui crédité de 9 à 10% d'intentions de vote. Dans quelle mesure l'impopularité de François Hollande rejaillit-elle sur les autres candidats de gauche ?

Sylvain Boulouque : On assiste là à la problématique de la fin de mandat négatif pour la gauche. Lorsque la gauche sort du pouvoir et accuse un mandat négatif, cela entraîne généralement un mouvement de recul de l'intégralité des gauches. Ce mouvement général, qui touche la gauche modérée comme la gauche radicale ou l'extrême gauche, est accentué en cas de crise économique et sociale, comme celle qui perdure aujourd'hui. 

Indéniablement, le fait que le président de la République n'ait pas tenu un certain nombre de ses engagements de campagne rejaillit sur l'ensemble – ou au moins la majorité – des forces de gauche. En vue des échéances électorales à venir, la gauche apparaît en bien fâcheuse posture. Le bilan électoral de François Hollande, et pas uniquement en tant que président de la République, est loin d'être bénéfique. Rappelons que pendant son exercice du poste de Premier secrétaire du parti Socialiste en 2002, la gauche n'avait pas su se qualifier au deuxième tour. Depuis son mandat présidentiel, l'ensemble des élections ont donné lieu au mieux à des déroutes, au pire à des désastres. Pourtant, le PS était à l'époque le premier parti de France. Il disposait de pratiquement la moitié des villes, plus de la moitié des conseils généraux et pratiquement une région sur deux. Il était en position de force à l'échelon local. La mandature de François Hollande le laisse affaibli, usé.

C'est une situation, finalement, assez comparable à celle de 1993, qui voyait la fin du deuxième mandat de François Mitterrand. Cependant, l'usure des pouvoirs a lieu également à droite et génère de l'alternance. 

Gil Mihaely : Considérer que François Hollande et son bilan sont un boulet qui plombe électoralement la gauche laisse entrevoir un espoir pour cette dernière. En effet, cela signifie que sans François Hollande, la gauche peut bien se porter et avoir un avenir similaire à celui de l'UMP : alors que Nicolas Sarkozy a été rejeté personnellement en 2012, son camp est donné gagnant en 2017. Pas mal ! Sauf que le parallèle ne tient pas. Si le problème est Hollande et son bilan, pourquoi Mélenchon est-il à 12% et non pas à 32% ? Pourquoi Montebourg, qui critique le président et sa politique est-il si bas dans les sondages ? Et pourquoi Macron chute-t-il ? Le problème n’est pas là. Les élections de 2012 étaient un accident électoral. Nicolas Sarkozy a tout fait pour perdre et malgré cela il n’était pas loin de la victoire. En 2007, le PS a subi une défaite et en 2002, il n'était pas présent au deuxième tour. La dernière fois que la gauche a gagné pour ce qu’elle est, c’était en 1988… La stratégie d’Epinay et de François Mitterrand ne marche plus depuis longtemps tout simplement parce que la gauche n’est pas adaptée au monde post-industriel. Son logiciel est obsolète et elle gagne uniquement quand la droite perd. La preuve est que Marine Le Pen et Alain Juppé totalisent presque 60% des intentions de vote : voilà toute l’histoire.  

En 1969, la gauche, qui avait présenté 4 candidats, s'est retrouvée absente du second tour. Par ailleurs, le candidat communiste, Jacques Duclos était loin devant le candidat socialiste, Gaston Deferre. Alors que François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, et Emmanuel Macron font jeu égal dans les sondages (entre 10 et 15% d'intentions de vote) se dirige-t-on vers une situation similaire d'atomisation de la gauche ? Quelle est la probabilité qu'en 2017 la gauche soit absente du second tour ?

Sylvain Boulouque : La situation est effectivement assez similaire. Plus il y a émiettement des forces de gauche, moins il y de chances que la gauche puisse se qualifier au second tour de l'élection présidentielle. Nous en avons eu l'exemple, en effet, en 1969 mais également en 2002. En 2002, on dénombrait huit candidats de gauche, et ce morcellement a évidemment contribué à la non-qualification de Lionel Jospin.

Il est difficile, cependant, de dire ce qui pourrait se passer en 2017. Il est tout à fait possible qu'il y ait moins de candidats de gauche que ce qui est annoncé aujourd'hui. Ce qui se voit aujourd'hui dans les sondages, c'est une gauche fractionnée entre trois à quatre formations… mais nous n'en savons pas beaucoup plus. Ce que l'on constate, c'est que la gauche est globalement en retrait. Avec les candidats qu'elle pourrait présenter aujourd'hui, il y a de fortes chances que cette élection présidentielle se passe mal. Elle fait face, d'une part, à une division et d'autre part, à une dynamique en spirale descendante. Il est très probable que cela engendre de mauvais résultats.

Par ailleurs, cette dynamique négative a tendance à pousser les égos à s'affirmer. Si tous ne pourront pas se présenter, du fait des institutions de la Vème République, c'est une dimension du morcellement de la gauche qu'il ne faut pas sous-estimer. À cause de cette dynamique négative, chacun se replie sur sa micro-identité politique.

Alors que François Hollande n'a pas encore annoncé sa décision de se présenter ou non à sa réélection, dans quelle mesure son bilan, que certains n'hésitent pas à qualifier de désastreux, peut-il   déteindre sur toutes les candidatures de gauche à la présidentielle ? La présidence de François Hollande a-t-elle porté un coup fatal à la gauche ? Dans ces conditions, quel est l'avenir de la gauche et comment peut-elle se projeter ?

Sylvain Boulouque : La présidence de François Hollande a rompu le contrat que le chef de l'État avait conclu avec les électeurs de gauche. En réaction, ces derniers pourraient être tentés de se réfugier dans l'abstention. Cela ne signifie pas nécessairement que la gauche va disparaître de l'échiquier politique. Cependant, elle va se retrouver dans une situation assez critique, potentiellement sans candidat au deuxième tour. Elle pourrait également connaître une faiblesse numérique et électorale rarement égalée…

Pour autant, il est peu probable que François Hollande ait tué définitivement la gauche, mais on ne sait pas comment elle va se recomposer. Si après chaque défaite elle a jusqu'à présent réussi à se recomposer, cela semble plus compliqué aujourd'hui.

Gil Mihaely : Quel avenir pour la gauche ? Pour redevenir pertinente sans perdre son ADN, la gauche doit trouver le moyen de convaincre les 50% de Français qui ne paient pas d'impôts sur les revenus qu'elle porte un projet répondant à leurs attentes. 

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