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Bac de philo : ces questions auxquelles la France aurait tout intérêt à répondre même sans passer d’examen
©FREDERICK FLORIN / AFP

Et pour 65 millions d’habitants, c’est quoi le sujet ?

Bac de philo : ces questions auxquelles la France aurait tout intérêt à répondre même sans passer d’examen

Les étudiants de terminale de toute la France ont planché sur des questions philosophiques telles que : "La morale est-elle la meilleure des politiques ?" ou bien encore "Reconnaître ses devoirs est-ce renoncer à sa liberté ?".

Vincent Cespedes

Vincent Cespedes

Vincent Cespedes est philosophe et écrivain.

Il est l'auteur de L'homme expliqué aux femmes ou encore de L'Ambition ou l'épopée de soi chez Flammarion.

Il tient une page Facebook ainsi qu'un blog.

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Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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Yves Michaud

Yves Michaud

Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le monde entier… quand il n’est pas à Ibiza. Depuis trente ans, il passe en effet plusieurs mois par an sur cette île où il a écrit la totalité de ses livres. Il est l'auteur de La violence, PUF, coll. Que sais-je. La 8ème édition mise à jour vient tout juste de sortir.

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Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Atlantico : Dans le même esprit philosophique quelles sont les questions que nous aurions grandement intérêt à nus poser en France aujourd’hui ?

Bertrand Vergely

La France est aujourd’hui confrontée à trois questions essentielles. La première concerne le bonheur, la seconde la tolérance et la troisième la pensée. Quand on interroge les Français à propos du sens qu’ils entendent donner à leur vie, à une écrasante majorité ceux-ci répondent : « être heureux et rendre son entourage heureux ». Cette réponse devrait réjouir. Or, elle n’est pas aussi réjouissante que cela. Le bonheur, c’est bien, a-t-on envie de dire, mais après ? Constatons le : après,  il n’y a rien.  La pensée reste  non seulement figée mais muette. Aussi convient-il que l’on revisite cette notion de bonheur en se posant cette question : « Le bonheur est-il le but de la vie ? ». Kant offre des éléments de réponse quand il rappelle que le bonheur est inséparable de la vertu. Il faut être digne d’être heureux c’est-à-dire vertueusement heureux, explique-t-il. Le bonheur est heureux quand,  étant, un combat contre l’inertie, il est une œuvre et un art. . 

La deuxième question qu’il importe de se poser renvoie à la tolérance. Que veut dire être tolérant ? Que veut dire l’acceptation de l’autre ? Être tolérant est-ce tout accepter,  tout tolérer ? Et ne pas tout accepter ni tout tolérer est-ce être intolérant ? « Quand est-on vraiment tolérant ? » Kant, là encore, apporte des éléments utiles en invitant à faire de la tolérance une affaire de règle et non de rapport à autrui.  Plaçons-nous avec autrui dans le cadre de la loi. On est dans la tolérance, la personne d’autrui n’étant pas mise en cause quand il s’agit d’exprimer un désaccord. 

Enfin, dernière question. Elle concerne la pensée philosophique. La vraie pensée est une pensée que l’on vit. Or, souvent, trop souvent, la pensée ne vit pas. Elle n’est pas vécue. D’où une apparence de philosophie et, du fait de cette apparence, la justesse de Pascal quand il lance que « la vraie philosophie se moque de la philosophie ». Dans cette perspective, il importe de s’interroger : « À quoi reconnaît-on un philosophe ? »

Yves Michaud :

Pour avoir souvent présidé des commissions de choix de sujets de philosophie au baccalauréat, je sais que les consignes sont impératives : rien d’actualité, rien qui fasse polémique !

Ce ne serait pourtant pas plus mal si la réflexion philosophique portait sur des sujets non pas d’actualité - « l’actu », on en a par dessus la tête - mais par rapport auxquels nous avons à nous orienter.

En voici quelques-uns :

1) La religion est-elle une affaire de conscience, de rite ou de croyance ?

On invoque sans cesse « la religion », mais s’interroge peu sur les dimensions de la vie religieuse : l’expérience dans le for intérieur, le rite pour s’unir à une communauté, la croyance en des « vérités », dogmes, « révélations ».

2) La politique internationale peut-elle être abordée sous l’angle de la communauté des États de droit ou reste-t-elle le domaine du réalisme ?

Cosmopolitisme international ou Real Politik ?

3) Peut-on comparer tourisme et migration ?

Dans les deux cas, il y a des compagnies low-cost, des voyages organisés et des passeurs, un prix à payer, des péages, des contrôles.  Dans les deux cas, on va vers l’Eldorado, etc., etc.

4) Peut-on croire les images ?

Sans commentaire.

5) Tout le monde doit-il payer l’impôt ?

L’impôt marque la participation du citoyen à la Res publica. Pourquoi l’oublie-t-on ? Un fraudeur fiscal, un expatrié fiscal peuvent-ils rester des citoyens de plein droit ?

6) A qui un individu disposant de plusieurs nationalités doit-il être loyal ?

Question pour plusieurs millions de français et d’européens qui y répondent à leur manière….

7) Être politiquement et moralement correct, est-ce être un Tartufe ?

Sans commentaire.

8) Un tueur de masse et un tortionnaire ont-ils une humanité qu’il faut respecter jusqu’au bout ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?

Et une petite dernière : peut-on faire deux choses en même temps ? Si oui lesquelles ? Si non, lesquelles ?

Vincent Cespedes :

La jeunesse

Je dirais qu'il y a une question à se poser sur la jeunesse. On la glorifie en tant que client, en tant que sujet à cerner dans le management mais on ne comprend pas l'immense d'énergie et d'intelligence dont est capable cette jeunesse. Quel lien tisser avec la jeunesse pour rester jeune soi-même ? Quelque chose comme "osez la jeunesse, nous les vieux". Une société condescendante avec sa jeunesse est-elle encore vivante ? Jeunesse et liberté : est-ce aux anciens de donner la liberté aux jeunes ?

Les fake news

Je pense qu'il faudrait une question sur les fake news. Il y a certes une tendance mondiale mais cela touche la France aussi. En France, il y a une immense tradition de recherche de vérité, de science, de raison. Nous sommes quand même de Descartes et je trouve qu'il y a une dérive sur les fake news où des gens cent fois loin de la vérité balancent leurs vérités comme si celles-ci étaient scientifiques avec des pourcentages, des chiffres, et quand on vérifié derrière, on s'aperçoit que c'est n'importe quoi. Nous avons là une question simple en deux mots : Qui croire ? Il y a derrière cela, la notion de religion, la notion de la légitimité, du statut qui est aujourd'hui remis en question à l'heure des réseaux puisque des gamins de 15 ans peuvent dire des choses très intelligentes. Voilà, croire qu'est-ce que c'est ? Est-ce le statut de la personne qui parle, l'âge de la personne, si elle a des diplômes ? Nous sommes dans une société d'expert et de technocrates donc qui croire ? Faut-il croire les experts ? Faut-il croire les gilets jaunes ? Faut-il croire le président de la République ? Faut-il croire les intellectuels qui disent n'importe quoi parfois ? Qui croire ?

L'écologie

Il y a une question sur l'écologie à se poser. Il faut parler de ce combat dont on sait exactement et précisément comment arrêter la destruction de la Terre c’est-à-dire changer de politique. En fait on n'arrive pas à faire passer cela dans la tête des Français. De plus en plus, les jeunes arrivent à s'emparer de cette politique. La question serait le lien entre politique et écologie en posant clairement cette question : une société de compétition et d'accaparation des richesses est-elle compatible avec la sauvegarde de l'environnement ? 

Pierre Bentata

La vérité est-elle une affaire d'opinion ?

La question me semble particulièrement brûlante à l'heure où les débats sont devenus purement idéologiques, que l'on pense aux discussions interminables concernant les causes et solutions au changement climatique, aux revendications des antispecistes ou des théoriciens du genre ou à la problématique des fake news. Or, quel que soit le sujet, l'absence de consensus et l'impossibilité d'aboutir à des solutions pratiques semblent causées par l'abandon de constats scientifiques afin de ménager les croyances diverses et souvent contradictoires.

Dans ce contexte, se pose le rapport de la vérité au relativisme qui résulte d'un égalitarisme poussé à son paroxysme.

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