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De nombreux parents ont dû jongler entre le télétravail et l'éducation de leurs enfants depuis le début de la pandémie.
De nombreux parents ont dû jongler entre le télétravail et l'éducation de leurs enfants depuis le début de la pandémie.
©GUILLAUME SOUVANT / AFP

Nouvelle vie

Avec la pandémie, une part grandissante des femmes américaines disent qu'elles préfèreraient être mères au foyer. Et en France ?

Une enquête du Pew Research Center montre une augmentation, depuis le début de la pandémie, de la part des mères qui estiment qu'il serait préférable pour elles de ne pas travailler.

Gérard  Neyrand

Gérard Neyrand

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. 

Il a publié de nombreux ouvrages dont Corps sexué de l’enfant et normes sociales. La normativité corporelle en société néolibérale  (avec  Sahra Mekboul, érès, 2014) et, Père, mère, des fonctions incertaines. Les parents changent, les normes restent ?  (avec Michel Tort et Marie-Dominique Wilpert, érès, 2013).
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Atlantico : Une enquête du Pew Research Center montre une augmentation, depuis le début de la pandémie, de la part des mères qui estiment que le meilleur arrangement pour elles serait de ne pas travailler. Environ un quart (27%) des mères ayant des enfants de moins de 18 ans à la maison ont déclaré cela dans l'enquête d'octobre 2020, contre 19% dans l'enquête de l'été 2019. La part des mères qui ont déclaré qu'il serait préférable pour elles de travailler à temps plein a chuté de 51 % à 44 % pendant cette période. Comment expliquer cette évolution ?

Gérard Neyrand : Ces chiffres ne sont guère étonnants. Dans des pays comme les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Italie, dans une moindre mesure l'Angleterre, les mentalités sont plus traditionnalistes concernant les formes de familles. La répartition des rôles entre les sexes y est plus prononcée qu'en France et dans d'autres pays européens. Que la période de pandémie ait entraîné dans ces pays-là une augmentation du nombre de femmes qui souhaitent rester à la maison pour élever les enfants n'est pas étonnant, car il s'agit de la culture qui y reste dominante. Ce n'est plus le cas en France, où le travail féminin est plus valorisé, et où les femmes sont plus attachées au travail – ce qui est lié notamment aux capacités d'accueil de la petite enfance, qui sont moins développées dans d'autres pays.

A-t-on des données similaires en France ?

Je n'ai pas connaissance d'une enquête de ce type en France. Il faut noter que déjà, se poser ce genre de question est significatif. Cela montre une vision plus traditionnaliste des fonctionnements familiaux. Je ne sais pas si en France, on se poserait ce type de questions.

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La situation vécue par de nombreux parents en 2020 a été très compliquée, avec la nécessité d'à la fois gérer leur travail, en télétravail, mais aussi de s'occuper des enfants à la maison. Ce chiffre peut-il être vu comme une simple réaction à cette situation, ou est-ce plus profond ?

Il y a en effet une réaction à la situation de pandémie, où les parents avaient une double-charge professionnelle et éducative. Les parents ne sont pas des enseignants, cela a donc posé un certain nombre de problèmes. Les parents des milieux populaires, en particulier, ont eu plus de mal à gérer ces deux aspects, car ils n'avaient pas les connaissances nécessaires pour suivre le travail scolaire de leurs enfants. Ceux des couches moyennes s'en sont plus ou moins bien sortis.

Comment expliquer que ça ne soit pas le cas pour les pères, qui sont très peu nombreux à déclarer vouloir travailler moins ?

C'est un problème de représentation des rôles dans la famille. Dans un modèle plus traditionnel, l'éducation est dévolu à la femme, tandis que le travail est masculin. Que les pères n'aient pas été trop affectés par cette situation n'est pas vraiment étonnant.

Il serait intéressant d'avoir une comparaison avec la France ou les pays du nord de l'Europe, où le modèle est très différent. On peut faire l'hypothèse que les réactions ont été différentes vis-à-vis de la pandémie.

La difficulté, quand on veut analyser l'effet de la pandémie sur les rôles parentaux, c'est la grande diversité des modèles familiaux selon les milieux et les croyances. Ainsi, il est clair que le modèle plus traditionnel est plus présent chez les personnes religieuses que chez les non-croyants. Les familles où les rôles entre les femmes et les hommes sont les mieux différenciés sont aux deux extrémités de l'échelle sociale : il s'agit à la fois des milieux populaires et des couches très aisées, chez les détenteurs du grand capital, où les femmes ont plus souvent un rôle de valorisation du travail de leur mari.

C'est pour cela qu'il est difficile d'analyser l'impact de la pandémie sur les familles françaises, du fait de cette forte diversité des profils.

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