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L'administration française est extrêmement lente.
L'administration française est extrêmement lente.
©Velo Steve / FlickR

Editorial

Au royaume de la lenteur politique et administrative, la croissance française est bâillonnée

Transport par autocar, travail le dimanche... A l'image de la loi Macron, la mise en place effective des réformes du gouvernement est anormalement longue, ce qui pénalise lourdement la croissance française.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Hâte-toi lentement. Telle est semble-t-il la règle en vigueur chez ceux qui nous gouvernent, tant l’accouchement de la moindre réforme prend un temps infini. L’affaire n’est pas nouvelle : on parle depuis belle lurette du train de sénateur auquel évolue la vie politique dans notre pays. Mais le décalage entre la France et le reste du monde s’aggrave. A l’heure où les transformations s’accélèrent, en particulier chez les émergents, notre Hexagone se réfugie dans les atermoiements, les réflexions interminables à l’abri d’un principe de précaution tentaculaire qui multiplie les obstacles, les palinodies qui nous conduisent à prendre sans cesse un retard sur les autres. Pas étonnant dans ces conditions que la France ait tant de mal à reprendre le chemin de la croissance.

Prenons l’exemple de la loi Macron, censée adapter l’économie française à son  temps. Non seulement les transformations annoncées paraissent bien modestes, mais leur entrée en vigueur prend chaque jour un peu plus de retard. Conçue à l’automne 2014, votée après les tribulations que l’on sait à l’été 2015, promulguée le 6 août dernier, elle a vu seulement six articles publiés sur les trois cents qu’elle comporte. Naturellement, on promet chaque jour une accélération dans sa mise en oeuvre. Pourtant, les réalités sont bien différentes. La disposition fétiche concernant la libéralisation du transport par autocar, qui a tout de suite suscité un profond engouement dans l’opinion publique, n’est pas encore totalement opérationnelle en raison de résistances qu’elle rencontre à chaque étape. Et pourtant, c’était une des réformes les plus faciles à mettre en route. Autre exemple : celui du travail le dimanche se heurte à une hostilité définitive de plusieurs syndicats qui empêchent sa mise en route dans la plupart des cas, alors qu’elle serait souvent  souhaitée par le personnel de entreprises concernées. Les mesures nouvelles touchant aux professions réglementées du droit rencontre des résistances de plus en plus  fortes au point qu’on se demande si elles aboutiront d’ici la fin du quinquennat. Il en va de même pour tout ce qui touche à la mobilité bancaire à la facturation électronique dont on sait  déjà qu’elles devront attendre 2017, année de l’élection présidentielle qui pourrait bien tout remettre en question, en fonction de son résultat.

Tout se passe comme si le système institutionnel français, qui se considère comme le meilleur du monde, continuait à s’opposer à la moindre réforme. Le monde politique est traumatisé par la révolution engendrée par la transformation du septennat en quinquennat qui plonge les parlementaires dans une sorte de campagne électorale permanente et mobilise toute leur énergie à la lutte pour la conquête du pouvoir ou son maintien, c’est-à-dire en privilégiant les luttes intestines sur le souci des réformes indispensables. Les syndicats, en plein déclin, tentent de maintenir leurs privilèges en voie de disparition en freinant toute velléité de changement. Les machines administratives et judiciaires sont engluées dans leur conformisme : leur fonctionnement est totalement grippé. Dans ce climat plombé, aucune perspective n’est offerte, car il n’y a aucune  vision en dehors de celle de maintenir envers et contre tout une situation que l’on sait pourtant condamnée. Ainsi, la France angoissée pour son avenir se réfugie sur son passé. Faute de s’effectuer en douceur, les transformations indispensables risquent de déboucher sur des conflits de plus en  plus violents car l’exaspération gronde au risque de profiter au moment du choix des urnes à ceux qui manifestent les opinions les plus extrêmes.

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