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©MEHDI FEDOUACH / AFP

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Après la pandémie : voilà pourquoi nous pourrions bien avoir à réapprendre la sociabilité

La pandémie de Covid-19 a profondément bouleversé les codes sociaux et nos interactions. Quelles sont les méthodes pour les réapprendre et quelles ont été les conséquences de l'épidémie sur notre cerveau ?

Xavier Briffault

Xavier Briffault

Chargé de recherche au CNRS (INSHSSection 35).
Habilité à diriger des recherches (HDR).

Membre du conseil de laboratoire du CERMES3.
Membre du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), Commission Spécialisée Prévention, Education et Promotion de la Santé.
Expert auprès de la HAS, de l’Agence de la Biomédecine, de la MILDT, de l’ANR, d’Universcience.

Chargé de cours à l’Université Paris V Paris Descartes, à l’Université Paris VIII Vincennes-Saint Denis. 

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Atlantico : Après la pandémie, devrait-on réapprendre certains codes sociaux ?

Xavier Briffault :  Il va effectivement falloir réapprendre les codes de la sociabilisation. Celle-ci a été dénaturée à cause de la disruption des grammaires sociales provoquée par la pandémie et les mesures de restrictions. Plus gravement que ça on devra réapprendre à vivre. Au-delà de la phobie sociale, il y a le problème plus grave de la dépression par extinction des stimuli environnementaux et des sources de plaisirs.

Comment peut-on les réapprendre ?

Un article de la BBC propose différentes solutions pour réapprendre certains réflexes sociaux. Ces solutions rentrent dans ce qu'on appelle la remédiation cognitive, c’est ce qu'on utilise pour les gens qui ont des troubles psychiatriques sévères : schizophrénie, autisme, dépressions sévères. On les fait retravailler sur les fonctions primaires en les réentraînant progressivement avec des jeux (serious games), des entraînements sur ordinateurs… Qu’on pense à ce genre de méthode, c'est représentatif de la gravité de la situation.

La biologiste Daniela Rivera recommande même un « enrichissement environnemental » pour atténuer le stress de l’isolement. C’est une notion bien connue, mais chez l'animal. C'est la méthode qu'on utilise avec les animaux de zoo pour ne pas qu'ils s'ennuient dans leur enclos. On commence donc à employer pour l'humain du vocabulaire qu'on utilise pour les animaux... Mais finalement c'est assez logique. Le fait est que c'est ce qui se passe.

Si on se place dans cette optique terrible de la remédiation cognitive collective, il va falloir employer des méthodes qu'on emploie avec les dépressifs sévères. Cela rentre dans le paradigme qu'on prend pour acquis que la situation sanitaire actuelle va perdurer et que la société va continuer à se déliter et donc qu'il faut trouver des solutions palliatives pour garder les gens vivants. Je pense que vouloir adopter cette logique est dangereux. Ce serait pertinent mais à situation constante, en admettant que ça va rester comme ça. Il y a clairement d'autres manières de faire en agissant sur la formation et l'éducation de la population aux comportements de réduction des risques.

On peut parfaitement vivre en diminuant la probabilité de contaminer les autres. Mais ce n'est pas l'option qui est choisie. Le gouvernement a choisi la réduction drastique du nombre de contacts. C'est la plus facile, il suffit de tout fermer. Mais les conséquences psychologiques et sociétales sont désastreuses.

Le quoi qu'il en coûte a dispensé le gouvernement de se poser les bonnes questions. Les gens sont enfermés chez eux mais « ce n'est pas grave car ils sont payés ». C’est ne pas voir que tout cela revient à nier ce qu'est un être humain et même un mammifère. Les animaux meurent de l'enfermement.

Quelles conséquences aura eu la pandémie sur notre cerveau et qui pourraient altérer nos relations sociales ?

Comme toutes les fonctions du corps, tout ce qui ne fonctionne pas se dégrade (use it or lose it, utilise-le ou perd le).

Dans le cerveau, l'hippocampe (impliqué dans la faim, la motivation, la libido, l’humeur, la douleur, le plaisir, l’appétit et la mémoire, ndr) va s'atrophier par manque de stimulation et du fait du stress chronique.

Le stress chronique génère des réactions énergiques au niveau des corticosurrénales et donc du cortisol. Le cortisol est un stimulant de l'attention. Mais à long terme, il devient progressivement neurotoxique, de même que l'excès de glucose qui devient diabétogène, perturbe l'alimentation, génère des problèmes cardio-vasculaires... Cela devient un cercle vicieux. L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien de régulation de la réaction au stress devient hyperactif, ce qui fait qu'il n'y a plus de relaxation possible. La neurotoxicité s'accroît et les neurones se détruisent. C’est un phénomène qu'on connaît bien dans la dépression.

Il y aussi le risque des mécanismes de frayage neuronaux qui font que ce sont toujours les mêmes circuits neuronaux qui sont activés, en particulier ceux de la peur. L’organisme va être conditionné à considérer un risque de danger à l'avenir (enfermement, licenciement...)  C'est le lit du trouble anxieux généralisé.

L’amygdale, impliquée en tant que mécanisme primaire de réaction à la peur, va être suractivée de façon primaire et aussi plus sophistiquée. Beaucoup de personnes ont maintenant des schémas de raisonnement basés sur la peur et l'incertitude. L'incertitude est terrible pour l’être humain car ça empêche de se projeter dans l'avenir et ça maintient les systèmes d'alerte en permanence actifs. Tout se met en boucle avec des impacts psychologiques et neurologiques.

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