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Après l’embargo : quand l’Iran taille des croupières à l’OPEP en vendant sa nouvelle production pétrolière à la Chine
©Reuters

Dindon de la farce

Après l’embargo : quand l’Iran taille des croupières à l’OPEP en vendant sa nouvelle production pétrolière à la Chine

L'augmentation spectaculaire de sa production pétrolière signe le retour de l'Iran. Depuis la fin des sanctions, une nouvelle ère semble se dessiner pour ce pays, même si l'OPEP est en alerte pour éviter une surproduction.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Atlantico : Faisant suite à l'arrêt de l'embargo, l'Iran a vu sa production pétrolière exploser de 2.9 millions de barils en septembre 2015 à 3.6 millions en avril 2016. Une hausse de la production qui semble être massivement absorbée par la Chine. Quels sont les perdants, en termes de parts de marchés, du retour de l'Iran dans le jeu pétrolier mondial ? 

Stephan Silvestre : La hausse de la production iranienne suit les objectifs annoncés par le pouvoir iranien, à savoir revenir à son niveau de production d’avant les sanctions internationales, soit autour de 4 millions de barils/jour (Mbpj). La Chine est depuis des années le premier débouché du pétrole iranien, devant l’Inde et la Corée du Sud. Cette position a été accentuée depuis les sanctions des Occidentaux en 2011 : si les Européens ont joué le jeu, réduisant drastiquement leurs importations, les Chinois ont, eux, maintenu le niveau de leurs achats autour 0,6 Mbpj, ce qui représente maintenant plus du tiers des exportations iraniennes. Les liens entre les deux pays sont forts depuis un accord de partenariat en 2009. Le premier pays à en pâtir serait l’Arabie Saoudite, qui est le premier fournisseur de la Chine, devant l’Angola et la Russie. Plusieurs pays se disputent les parts de marché chinoises et la concurrence est sévère. Dans cette bataille, l’Iran et l’Irak sont bien placés pour écouler leurs productions. Mais la consommation chinoise est toujours en hausse et il n’y a pas vraiment de perdant en ce moment. 

Quelles sont les conséquences de cette brutale transformation sur la situation géopolitique régionale au Moyen-Orient ? 

La première est l’évolution du rapport de force dans l’OPEP. Depuis que l’Irak est passé aux mains des chiites, l’Iran n’est plus isolé et est en mesure de contrecarrer l’hégémonie saoudienne. Cela s’est manifesté le mois dernier lorsque Téhéran a refusé d’assister à la réunion de l’OPEP en vue d’instaurer un gel de la production. La conséquence a été un échec de l’initiative saoudienne. En sous-jacent, on trouve aussi les États-Unis qui cherchent à réorienter leur stratégie diplomatique en faveur de la sphère chiite. Des cercles de pensée influents souhaitent prendre des distances avec l’encombrant partenaire wahhabite, voire casser le circuit financier qui alimente les réseaux islamistes du monde entier. De son côté, la Russie est déjà prête à remplir la place libérée et à jouer ses cartes au Moyen-Orient. 

La Chine a-t-elle également un intérêt particulier à traiter avec l'Iran ? 

La Chine traite avec tout partenaire susceptible de l’approvisionner en pétrole. De ce point de vue, sa stratégie est très pragmatique : elle cherche à diversifier au maximum ses sources pour être sûre de pouvoir continuer de s’approvisionner en cas d’incident géopolitique, comme cela a été le cas en Libye, au Soudan ou en Syrie et comme cela peut encore se produire au Venezuela ou ailleurs. C’est pourquoi elle préfère privilégier d’autres partenaires que son premier fournisseur, l’Arabie Saoudite, et qu’elle a signé des accords avec plus d’une vingtaine de pays. L’Iran est un pays intéressant pour la Chine car il dispose de nombreuses ressources énergétiques, notamment du gaz et de l’uranium, bénéficie d’un excellent niveau technique et constitue un bon marché pour ses produits, avec plus de 80 millions d’habitants. 

Quels sont les objectifs de l'Iran à long terme en matière de production pétrolière ? Veut-il revenir à des standards de production plus importants comme dans les années 1970 ? En a-t-il les moyens ?

Oui, c’est bien le rêve du régime iranien : revenir au niveau d’avant la révolution de 1979, soit 6 Mbpj. Si on ajoute à ce chiffre la production irakienne, qui vient de dépasser 3 Mbpj et celle de l’Azerbaïdjan, 0,8 Mbpj, on voit que la production de la sphère chiite tangenterait celle de l’Arabie Saoudite, ce qui constituerait un élément psychologique important dans la guerre d’influence que se livrent les deux religions. Mais l’Iran est encore loin d’en avoir les moyens. Ses infrastructures ne le permettent pas encore. C’est pourquoi le gouvernement a lancé un plan d’investissement de plusieurs centaines de milliards de dollars dans le secteur pétrolier. Il lui faut cependant des partenaires internationaux, notamment pour acquérir les technologies manquantes. Ensuite, il y a le problème des quotas de production : l’Iran estime avoir été privé d’une importante partie de ses exportations durant la période des sanctions et arbore le retour à son quota OPEP comme un droit inaliénable. De plus, la consommation intérieure iranienne a beaucoup augmenté ces dernières années et, à production égale, sa capacité d’exportation est moindre. Or, le cartel cherche actuellement à bloquer la production de ses membres et fait tout pour empêcher l’Iran d’augmenter la sienne. Cette situation pourrait conduire à un éclatement de l’organisation. Mais la hausse des cours va apaiser les tensions et, si le baril remonte au-dessus de 60$, l’OPEP sera moins regardante sur la production iranienne. 

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