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Une étude vient de prouver que le stérilet était une méthode contraceptive bien plus efficace que la pilule, mais que c’était aussi le moyen le moins utilisé par les femmes.
Une étude vient de prouver que le stérilet était une méthode contraceptive bien plus efficace que la pilule, mais que c’était aussi le moyen le moins utilisé par les femmes.
©Flickr/mr.paille

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Contraception : 20 fois plus efficace que la pilule, le retour du stérilet

Accusé de tous les maux, d'être inefficace, pourvoyeur d'infections, de grossesses non désirées, le stérilet - le plus vieux moyen de contraception - a été abandonné par les femmes et les médecins. Aujourd'hui, de nombreuses études estiment que, bien placé, le stérilet en cuivre serait jusqu'à 20 fois plus efficace que la pilule. Encore une preuve que c'est dans les vieilles marmites qu'on fait la meilleure soupe.

Marie Laure Brival

Marie Laure Brival

Marie Laure Brival est gynécologue obstétricienne, chef de service à maternité des Lilas, Seine-Saint-Denis.

Elle est également une fervente défenseure pour le choix du contraceptif, auteur de Contraception : Pourquoi ? Laquelle ? Où ? : c'est moi qui décide(  Editions Milan 2010) 

 

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Atlantico : Une étude vient de prouver que le stérilet était une méthode contraceptive bien plus efficace que la pilule, mais que c’était aussi le moyen le moins utilisé par les femmes. Comment expliquer que les femmes ne l’utilisent pas plus fréquemment ?

Marie-Laure Brival : Je pense que c’est avant tout en raison des médecins. Ils sont encore influencés par l'évènement de Dalkon Shield, qui était un des premiers stérilets commercialisés dans les années 70, aux Etats-Unis et qui était très différent des stérilets actuels. En effet, le fil était tressé et il y a eu une série d’infections graves qui ont mené à son interdiction. Cette histoire est restée dans les esprits et le stérilet a été associé au risque infectieux. Cette idée a voyagé jusqu’en Europe et s’y est aussi implantée.

Or, très rapidement l’OMS a pris les choses en main en démontrant par des études multicentriques que le stérilet n’était pas du tout dangereux et cela a permis un début de réhabilitation dans les années 90. Malgré tout cela, il est resté dans l’esprit des femmes et des médecins que le stérilet était la cause de nombreuses infections alors que c’était tout à fait faux.

Je crois surtout que les médecins ont eu très peur du risque infectieux et de fait ne le proposaient qu’en méthode de seconde intention pour des femmes ayant déjà eu des enfants afin d'éviter tout risque de stérilité en cas d’infection. Il n’a jamais été proposé à des jeunes femmes en quête d’une première méthode contraceptive qui n’avaient jamais eu d’enfants

Ensuite, un deuxième facteur est venir noircir un peu plus la réputation de cette méthode contraceptive. Dans plusieurs cas, il s’est trouvé que le stérilet a provoqué des grossesses non désirées non pas parce qu’il était inefficace, mais tout simplement parce qu’il a été mal posé par les médecins et qu'il s’était déplacé. En effet, si le stérilet n’est pas bien placé dans la cavité utérine, les contractions, les mouvements peuvent aisément le faire bouger, et avec un stérilet qui n’est pas à sa place, c’est exactement comme si la femme ne prenait aucun moyen de contraception. Il faut donc toujours vérifier, trois mois après la pause, par une échographie, qu’il est bien fixé dans la cavité utérine.

Et enfin, une rumeur selon laquelle le stérilet serait la cause de grossesse extra-utérines s'est propagée, ce qui après de longues études, n’a toujours pas été démontré.

Ainsi, sur le plan médical, il y a eu après Dalkon Shield, une succession de malentendus qui ont entachés injustement la réputation du stérilet.

Pourtant le stérilet, une fois placé, dure parfois jusqu’à 10 ans. Cet argument n’a-t-il pas suffi a séduire certaines femmes ?

Mais justement. Je suis convaincue qu’en raison de cette longue durée, sur un plan commercial, le stérilet n’était absolument pas rentable pour les fabricants. En plus de sa longue durée de vie, son coût oscille entre 27 et 30 euros. Or les femmes doivent acheter tous les mois ou dans le meilleur des cas tous les trois ou quatre mois une plaquette de 21 comprimés dont le coût peut aller jusqu’à 15 euros. Cette rentabilité fait qu’il existe sur le marché une multitude de pilules différentes. Les médecins ont en fait la promotion et les femmes ont pensé que c’était une contraception tout à fait propre avec de nombreux avantages, elle diminuait les règles – alors que le stérilet a parfois tendance à les rendre plus abondantes – elle supprimait les douleurs menstruelles et elle apparaissait comme un médicament moderne par rapport au stérilet qui est la plus vieille des contraceptions.

Cette popularité de la pilule a fini de le marginaliser chez les femmes, chez les médecins, et dans l’industrie pharmaceutique.

Même si les dernières recommandations de la Haute Autorité de Santé ont mis à plat toutes les études sur le stérilet et ont tenté de rassurer sur son efficacité, les médecins gynécologues sont plus que réticents à le prescrire parce qu’ils ne sont pas toujours au courant de ces études.

Et je tiens à le dire, c’est d’autant dommage que le stérilet se rapproche très fortement de la contraception idéale : il n’a aucun effet secondaire sur la santé des femmes contrairement à la pilule, son efficacité est redoutable car son efficacité théorique et pratique sont équivalentes. Or la pilule, en théorie a la même efficacité que lui, mais en pratique ses résultats baissent de près de 40%. Car les femmes l’oublient, la prennent mal, à n’importe quelle heure et cette indiscipline due à une certaine contraintes augmente le risque de grossesse non désirée.  Tous ces écueils sont évités par le stérilet qui est une contraception passive. Bien sûr, il y a des risques pour que certaines femmes ne le supportent pas, de ce point de vue c’est un médicament comme un autre.

Tout ce qu’il faut réellement, c’est avant la pose, un dialogue pédagogique avec la patiente, lui expliquer que si elle a des partenaires multiples, elle n’est pas à l’abri de développer une infection sexuellement transmissible et que si elle n’est pas soignée à temps, les conséquences peuvent s’avérer très contraignantes mais que ce n’est pas dû à son moyen de contraception.

La réhabilitation du stérilet n’est-elle pas aussi due au fait que la réputation de la pilule a été quelque peu chahutée par quelques études alertant sur le fait qu’elle pouvait à terme entraîner la stérilité ?

Oui certainement, même si, soyons sérieux, la pilule ne provoque pas du tout la stérilité. Ce qui a favorisé l’émergence c’est la question écologique qui a le vent en poupe depuis quelques années, et qui s’oppose à tout ce qui est à base de manipulation chimique et d’hormones. Et par rapport à tous les risques qui pèsent sur la santé des femmes, notamment le cancer du sein, ce moyen de contraception ne correspond plus du tout. Les femmes se dirigent  de plus en plus vers des moyens naturels et en cela le stérilet au cuivre est idéal par rapport au stérilet aux hormones par exemple. Il est totalement naturel, n’a aucune influence sur la santé car il va juste être posé dans la cavité utérine. C’est une contraception idéale.

Propos recueillis par Priscilla Romain

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