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André Zylberberg, l’économiste qui explique pourquoi rien de ce qui a été essayé contre le chômage en France n’a marché
©Reuters

Constat d'échec

André Zylberberg, l’économiste qui explique pourquoi rien de ce qui a été essayé contre le chômage en France n’a marché

François Rebsamen présente ses mesures pour lutter contre le chômage de longue durée ce lundi 9 février. Il faut dire que si le nombre de chômeurs de catégorie A n'a été multiplié "que" par 1,7 depuis mi-2008, le nombre d'inscrits à Pôle emploi depuis plus d'un an, lui, a grimpé de 10% en un an, sans parler du chômage de très longue durée qui sur la même période a bondi de 19 %.

André Zylberberg

André Zylberberg

André Zylberberg est économiste au Centre d'Economie de la Sorbonne et Directeur de recherche au CNRS. Il est spécialiste du marché du travail.

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Atlantico : Vous êtes l'auteur avec Pierre Cahuc de Les Ennemis de l'emploi. Le chômage, fatalité ou nécessité ? (Flammarion). Qu'est-ce qui, jusqu'ici, a été essayé pour lutter contre le chômage ? On a le sentiment que dans tous les cas, les politiques menées n'ont jamais fonctionné…

André Zylberberg : En France, on fait toujours la même chose, et effectivement, ça ne marche pas :

  • Les emplois aidés

Les politiques françaises de lutte contre le chômage ont consisté en des emplois aidés, essentiellement dans le secteur non marchand, or toutes les évaluations à l'étranger et en France dont nous disposons montrent que ces emplois sont inefficaces, car une fois terminés, ceux qui en ont bénéficié n'ont absolument pas de probabilité supérieure de retrouver un emploi régulier qu'une personne qui serait restée au chômage. Ils ont même des effets négatifs sur le long terme selon certaines étudescar la personne restée longtemps dans ce type d'emploi en vient à être stigmatisée. En revanche, les emplois aidés sont très utiles pour faire baisser les statistiques du chômage à court terme.

  • La réduction du temps de travail

On a réduit le temps de travail au travers de la réforme des 35h, en pensant que cela créerait de l'emploi. Là aussi les études sont nombreuses, et pas seulement en France, qui montrent que la réduction du temps de travail n'est pas créatrice d'emplois. 35h payées 39, cela équivaut à une augmentation de 10 % du coût du travail. En compensations les lois Aubry, fort complexes au demeurant, mélangeaient la réduction du temps de travail avec des allègements de charges. Si créations d'emplois il y a eu, cela n'a pu se faire que grâce à ces allègements. Les réductions de charges étant concentrées aux alentours du smic,  la baisse du coût du travail se fait sur les emplois peu qualifiés. Voilà une politique qui crée de l'emploi, ou qui à tout le moins atténue les destructions. Mais n'oublions pas que cette politique coûteuse de baisse de charges existe parce que nous avons un niveau de smic élevé. Cette politique gagnerait donc à se rationaliser.

  • La formation professionnelle

Nous mettons énormément d'argent dans la formation professionnelle. Cette politique s’avère très bénéfique pour les partenaires sociaux, y compris patronaux, qui gèrent le système en assurant la collecte des taxes…et beaucoup moins pour ceux qui en ont le plus besoin à savoir les chômeurs de longue durée peu qualifiés.Au fil des années, les dispositifs s’accumulent sans aucune évaluation. Plus généralement, la France souffre cruellement d’un manque d'évaluation de l'efficacité de ses politiques publiques. Une telle évaluation devrait être confiée à des agences indépendantes des pouvoirs publics et des partenaires sociaux.

  • Les politiques d'accompagnement vers l'emploi

Les pays qui marchent bien du point de vue de l'accompagnement des chômeurs sont ceux où il existe des règles précises, des droits et des devoirs, à la fois pour les chômeurs et ceux qui sont en charge de leur accompagnement. Le problème ne réside pas forcément dans le niveau élevé des indemnités, dans un pays à faible taux de chômage comme le Danemark par exemple, elles sont également importantes. Simplement, là-bas les chômeurs sont beaucoup plus accompagnés mais aussi contrôlés dans leur démarche. En France le principe des droits et des devoirs réciproques existe, mais seulement sur le papier :  le plus souvent, un chômeur est peu accompagné, et personne n'est là pour le contrôler. Nous nous contentons d'un « système de guichet », inefficace et coûteux lui aussi.

  • Les contrats de travail

En France nous croyonsprotéger les salariés contre le chômage en posant des barrières protectrices sur les emplois occupés par les personnes bénéficiant d’un CDI. Nous avons l'un des systèmes les plus protecteurs pour ce type d’emploi, et paradoxalement ce sont les salariés français qui disent ressentir le plus l'insécurité de l'emploi. Sentiment éprouvé à juste titre, ai-je envie de dire, car ils savent très bien que s'ils sont licenciés, ils auront énormément de mal à retrouver un emploi. Au lieu de surprotéger les emplois existants, il vaudrait mieux mettre en place une politique de « flexicurité » qui protège les parcours professionnels plutôt que les postes de travail.

Le plan de François Rebsamen, qui doit être présenté lundi soir, est inédit, paraît-il, en ce qu'il intervient sur les "contraintes exogènes" : logement, santé, mobilité, formation, alcool dans certains cas, difficultés à se (re)socialiser… Cette approche peut-elle faire la différence avec ce qui a été tenté jusqu'ici ?

Les politiques axées sur la mobilité sont plutôt efficaces, en règle générale. Si le changement de logement est facilité, par exemple, alors les mesures des M. Rebsamen iront dans le bon sens. Pour le moment en France, les politiques favorisant la mobilité ne fonctionnent pas : le nombre de logements est faible, les propriétaires hésitent à fournir du locatif, les dernières lois Pinel et Duflot n'ont pas accéléré les constructions, etc. Cette réalité constitue une invitation à rester sur place, et si peu d'offres existent là où on vit, le retour à l'emploi va continuer d'être compliqué. Il faudrait aussi faciliter l'accès au permis de conduire pour certains jeunes. Mais telles qu'elles s'annoncent, les mesures de M. Rebsamen ne donnent pas l'impression de s'attaquer au noyau dur des raisons du chômage.

Que faut-il faire pour résorber le chômage ?

Nous pourrions mettre un terme aux aides à l'emploi dans le secteur non marchand, transférer les aides soit vers des emplois aidés dans le secteur marchand, et peut-être encore plus vers l'apprentissage et la formation en alternance. Ces systèmes fonctionnent plutôt bien en France, mais il nous reste encore de la marge pour atteindre les niveaux observés en Allemagne, en Autriche ou en Suisse. Voilà une piste simple dont tout le monde reconnaît l'utilité. Si nous réformions véritablement la formation professionnelle, nous pourrions enfin former ceux qui en ont le plus besoin, à savoir, les chômeurs de longue durée. Par ailleurs, nous avons un coût du travail non qualifié trop élevé nous pourrions faire en sorte de le moduler le smic par régions, secteurs et âges. Cela se fait dans beaucoup de pays.

Enfin,nous avons accumulés des dispositifs divers et variés qui dans de nombreuses situations, rendent un travail rémunéré au smic à peine intéressant. La seule mesure française qui fonctionne bien, c'est le RSA car il permet toujours de gagner plus en travaillant qu’en bénéficiant des transferts sociaux. Il faudrait simplifier les systèmes de transferts sociaux, tout rediriger vers le RSA en renforçant son caractère incitatif. Ce type de dispositif a fait ses preuves aux dans de nombreux pays étrangers.

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